Le 5 juin 2013, au Plazza Athénée à Paris, Laurent Graziani remporte le concours des Audi Talent Awards. A 42 ans, ce musicien, ingénieur du son et technicien du spectacle, membre des groupes Lunatic Age et Frankie IV Fingers est le lauréat 2013 de la catégorie « Musique à l’image ». Nous sommes venus à sa rencontre quelques jours après sa victoire. Avec nous, il revient sur cette aventure.

 

Est-ce que les Audi Talents Awards est premier concours auquel tu participes ?

J’avais déjà présenté une candidature l’année dernière mais je n’ai pas été sélectionné, donc c’est la deuxième année que je m’y présente. A part ça, je n’ai jamais fait de concours.

Donc tu es musicien dans deux groupes, qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de la « Musique à l’image » ?

Je me suis présenté l’année dernière sur les conseils d’un ami, Pascal Lengagne (lauréat 2011). On a l’habitude de se faire écouter nos travaux respectifs. Un soir, on faisait un concert et il était venu nous voir. Après le concert, il m’a dit que je devrais m’inscrire à ce concours. Quand je suis rentré chez moi, il était tard alors j’ai regardé sur internet vite fait ce qu’était ce concours. Il restait une semaine avant la clôture des inscriptions donc j’ai fait ça un peu à l’arrache et du coup ce n’était pas terrible. C’est la première fois que je faisais de la Musique à l’image et je me suis vraiment amusé à le faire. Et cette année, je me suis dit que c’était dommage de ne pas y consacrer un peu plus de temps. Donc je m’y suis pris à temps pour avoir plus de confort de travail. J’ai pas profité du tout parce que je l’ai fait hyper rapidement, malgré tout j’étais plus serein de le savoir longtemps à l’avance.

Pour faire de la Musique à l’image, tu as suivi une formation particulière après ?

Non aucune, ça s’est fait comme ça, l’année dernière quand je me suis présenté au concours. Je fais de la musique assistée par ordinateur (MAO) depuis 15 ans et sur le séquenceur principal que j’utilise pour enregistrer, je n’avais jamais essayé la fonction vidéo donc je l’ai utilisée la première fois l’année dernière pour participer au concours. Pour moi, c’est tout nouveau, je n’avais jamais fait un truc pareil avant ! J’ai vraiment trouvé ça amusant. C’est intéressant, captivant, tu as même envie d’y passer ta vie tellement c’est bien à faire.

Comment fait-on de la Musique à l’image ?

Etant totalement novice en la matière, je dirais que c’est un peu prétentieux de donner des conseils ou des modes opératoires parce que je n’en ai pas réellement. Je me suis contenté de faire de la musique, comme je la fait quand je compose pour mes groupes ou pour moi-même sauf que là, il faut coller à l’image, alors forcément il y a des contraintes techniques au départ. Moi, je procède à peu près toujours de la même façon, je regarde la vidéo plusieurs dizaines de fois. Je fais ça jusqu’à ce qu’il y ait une idée qui vienne, un fil conducteur. Dès lors que cette idée arrive, il faut faire plein de bricoles techniques, attention c’est super intéressant (Rires.). On met des marqueurs sur les images « fortes » que tu veux synchroniser, détecter le tempo pour savoir à peu près si ça correspond à l’enchaînement des images. Ces deux choses, les marqueurs et le tempo c’est ça qui prend le plus de temps. A partir du moment où l’idée artistique est là, tu peux t’amuser à développer mais toutes ces contraintes techniques de rythme et de synchronisation à l’image ça prend quand même beaucoup de temps au tout début du projet.

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[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=6OJMPZNtbDw[/youtube]

Quels instruments joues-tu ? 

A la base, je suis guitariste, je joue aussi de la basse et de la batterie; c’est à peu près tout. Pour la composition, j’utilise essentiellement la guitare et la basse, le reste est fait par ordinateur.

Quelles sont tes références musicales ?

J’écoute essentiellement du rock anglo-saxon, après ça va du plus brutal au plus soft. Pour l’habillage sonore, ça reste de la composition et dans la composition, soit je bosse pour moi, soit pour d’autres groupes qui ne sont pas forcément des groupes de rock ou de métal. Donc faire des arrangements sur des musiques de divers styles, c’est une chose que j’ai l’habitude de faire. J’ai même composé et arrangé un album de musique pour enfants, c’est dire. Composer c’est un truc que j’ai l’habitude de faire, la nouveauté c’est de le faire avec l’image bien évidemment.

C’est la première fois que je faisais de la Musique à l’Image et je me suis vraiment amusé.

Comment c’est passé le déroulement du concours sur les Audi Talents Awards ?

Je me suis inscrit le jour même où le lendemain du début des inscriptions, c’est-à-dire deux mois avant la clôture. J’ai été prévenu sur Facebook je crois. Et donc, j’ai fait très vite pour éviter de laisser traîner. J’ai composé sur les deux clips pendant trois jours et trois nuits d’affilée en dormant un peu au petit matin. Après j’ai laissé ça dans le pc pendant une semaine pour me reposer les yeux et les oreilles. Une semaine plus tard, j’ai réécouté mes compos et j’ai partagé avec une poignée de copains qui ont de bonnes oreilles pour avoir leurs avis. J’ai synthétisé leurs avis, fais quelques retouches et j’ai envoyé ça au concours. Ensuite tu attends, tu te demandes quand est-ce qu’on va te répondre, tu t’inquiètes. Après c’est une succession de petits mails, d’abord vous avez été présélectionné donc déjà t’es content et tu te retrouves dans les cinq derniers finalistes, là c’est un peu la fête. Et quand tu montes à Paris c’est plus du tout la fête, le stresse t’envahit, tu te retrouves avec plein de gens que tu ne connais pas. Je suis assez réservé, donc j’étais dans mon coin, je ne savais pas quoi faire ou quoi dire et ça dure longtemps. L’entretien en lui-même, c’était plutôt détendu, les jurés font tout pour essayer de déstresser les candidats et ils y sont arrivés, en tout cas pour moi. Après l’entretien c’est vachement frustrant parce que t’as que 10 min et ça t’en paraît 3. C’est très succinct, je pensais avoir beaucoup de questions artistiques et techniques concernant les deux clips et non pas du tout. C’était des questions beaucoup plus généralistes du genre : « qu’est-ce que tu as fait? », « qu’est-ce que tu aimerais faire ? ». Un juré rebondit sur une réponse, te pose une autre question, c’était un peu fait au fil de l’eau. Ça te met à l’aise mais c’est frustrant parce que trop court. Avant tu te dis, « je leur dirais ça, ça et ça » et en fin de compte j’ai rien dit du tout. C’est une journée super éprouvante qui devient une super journée quand elle finit bien. J’étais très embarrassé pour tous les autres candidats, qui devaient être déçus. Il y a un gagnant et les autres perdent, c’est comme ça. Après la journée se finit très bien, tu bois du champagne et tu es content.

Qu’est-ce que tu retiendras le plus de cette journée ? 

Le fait que tu gagnes c’est marquant évidemment. Mais heureusement qu’ils ont fait une vidéo, tu peux te rendre compte de ce qui s’est passé. Parce qu’honnêtement quand tu es dedans, tu es tellement concentré que tu ne comprends pas trop. Tu n’as aucun recul dessus. Tu attends qu’il se passe ce que tu as toujours espéré en sachant que ça n’arriverait certainement pas et en fin de compte ça t’arrive. Donc sur le moment, tu as énormément de mal à réaliser et à réfléchir à tout cela. Alors le moment à retenir, c’est vraiment le contact avec les membres du jury dans un premier temps. L’équipe des Audi Talents Awards puisque après j’ai pu discuter un peu avec eux, c’était aussi sécurisant de savoir à qui j’aurais à faire. Alors même si c’est dix petites minutes étaient assez frustrantes, elle était tout de même très intenses parce que tu te retrouves face à des gens que tu as vu soit au cinéma ou à la télévision et là ils sont en face de toi, et tu te rends compte que c’est super sympa, ça rigole, l’ambiance était presque chaleureuse. De plus, après la remise des prix il y a possibilité de discuter trois ou quatre minutes avec chaque membre du jury et c’est encore plus intéressant parce qu’on a pu approfondir ce qu’on avait abordé pendant l’entretien qui était très court. Le contact était enrichissant. Après quelqu’un m’a fait remarquer que c’était assez difficile de parler de ce concours parce que d’habitude quand tu gagnes c’est fini et là tu gagnes le droit de commencer. Pour l’instant j’ai gagné un truc mais je ne sais pas quoi, ça commence maintenant et ça va durer un an. C’est ça qui est assez troublant avec ce concours-là.

Parmi les membres du jury il y avait Guillaume Roussel qui a notamment composé la bande originale de Pirates des Caraïbes. Est-ce que tu le connaissais ?

Je le connaissais de nom, en parcourant des sites de son par exemple. J’ai entendu parler de lui pour ce qu’il avait fait, après musicalement j’ai beaucoup de mal à mettre une musique sur Guillaume Roussel.

Et tu parlais de la récompense concernant ce concours, qu’est-ce que cette victoire va t’apporter concrètement ?

Dans les détails je ne sais pas encore. Dans les grandes lignes, il y a quatre-vingt-dix minutes de musique à composer dans l’année. Alors ces quatre-vingt-dix minutes doivent être découpées en plusieurs morceaux pour, je pense, habiller des vidéos interne à la marque sur internet notamment. Une grande partie d’ambiance sonore je suppose. Après ce que je sais c’est avant tout grâce à mon pote Pascal qui a gagné il y a deux ans et qui m’a raconté dans les détails ce qui s’était passé pour lui. Alors moi je ne fais que supposer qu’il m’arrive la même chose. Et dans ces quatre-vingt-dix minutes en principe, il y a deux pubs pour la télévision. C’est très intéressant de bosser sur une heure et demie de musique sur l’année parce que ça fait déjà beaucoup. Après j’ai aucune idée pour l’instant des contraintes artistiques et techniques. Puis les deux pubs télé, c’est très intéressant parce que tu es beaucoup plus exposé, c’est vu par le grand public. Maintenant il n’y a plus qu’à faire des bonnes musiques pour buzzer un peu.

C’est tout ce qu’on peut te souhaiter. Maintenant au niveau de ton actualité personnelle, sur d’autres projets, peut-être avec tes groupes, tu peux nous en parler ?

C’est toujours pareil, la tête dans le guidon pour les deux groupes ! On sort un cinquième album pour Lunatic Age et le deuxième album pour Frankie IV Fingers donc on commence les enregistrements le 30 juin pour F.IV.F et on espère le sortir pour la rentrée scolaire. Pour Lunatic Age c’est autre chose, je suis dessus depuis presque quatre ans. C’est plus spécial, une grande partie du travail est fait et sur l’ordinateur mais je travaille encore dessus. On envoie quelques morceaux sur le web mais c’est encore un peu long.

Est-ce que tu as un site ou une page pour te suivre, toi et tes groupes ?

Alors tu peux nous trouver sur Band Camp (lunaticage.bandcamp.com) (franckie4fingers.bandcamp.com). Il y a à peu près toute notre discographie. Et sinon, Facebook reste le plus simple pour nous suivre (facebook.com/Lunatic-Age)/ (facebook.com/Franky4Dedos)

Et tu as des concerts, des festivals de prévus ? 

Festivals ouais, concerts aussi. Avec Lunatic Age on est concentré sur le studio alors on a pas de dates mais avec Frankie IV Fingers on a tourné un peu cette année et depuis quelques concerts on joue les morceaux qu’on sortira sur le nouvel album pour roder le public. Avec Frankie IV Fingers, on joue le 13 Juillet à Roujan (34) au Chat Noir et le 30 Août c’est un festival qui s’appelle le Fescoubille Rock Festival et c’est à Saint Geniès(34). (festcoubille-festival.weebly.com)

[interview] Laurent Graziani – Lauréat 2013 des Audi Talents Awards – Musique à l’Image

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