Ennio Morricone, au revoir Maestro

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Une légende internationale de la musique de film vient de s’éteindre à l’âge de 91 ans (1928-2020). Retour non exhaustif sur le parcours d’un homme discret, qui laisse derrière lui une carrière immense et un travail inoubliable.

Les deux amis

Tout commença par une rencontre, dès l’école primaire à Rome. Nous sommes à la fin des années 30 et Ennio partage la même classe que Sergio (Leone). À cette époque, les camarades sont bien plus intéressés par l’école buissonnière que les cours, passant parfois des après-midis à s’évader dans une salle de cinéma. Une scène sans doute commune à de nombreux italiens de l’époque, Fellini l’ayant reconstitué dans son Amarcord, inspiré de tous ses souvenirs de jeunesse.

Ennio Morricone et Sergio Leone ne se quittent plus et c’est ainsi, au début des années 60, lorsque Sergio quitte son poste d’assistant pour devenir réalisateur, qu’il engage immédiatement Ennio afin de composer la musique de ses premiers westerns. Une alchimie qui perdurera, Leone le considérant comme son « scénariste attitré ». Des films qui deviendront mythiques pour des bandes sonores qui ne le seront pas moins. Le style de prédilection du musicien naît, à savoir celui d’un chercheur expérimental. C’est d’ailleurs ainsi que le cinéaste Giuseppe Tornatore le voyait. Paradoxalement, c’est cette recherche de la singularité musicale à travers de nombreux mélanges et variations, qui contribuera à populariser son style. Il s’inspire du rire des hyènes dans ses chœurs, utilise la guimbarde, la flûte et l’harmonica pour déconstruire le classicisme hollywoodien.

Période italienne

Les années 60 et le début des années 70 sont marquées par des collaborations éclectiques avec ses contemporains italiens. Morricone touche à tous les genres cinématographiques, de l’enquête criminelle d’Elio Petri (Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon), au film à sketchs de Pasolini (Le Decameron puis l’inclassable Salo) jusqu’au giallo de Dario Argento (sa trilogie animale), en passant même par le téléfilm érotique d’un certain Tinto Brass (La clef, un peu plus tard en 1983). Mais le téléphone n’arrête pas de sonner et traverse très rapidement les frontières, le compositeur se retrouvant sollicité dans toute l’Europe, puis le monde entier lorsque les américains entrent en scène. Une alliance franco-italienne se développera pendant quelques années, lors de co-productions mélangeant comédiens et équipe technique, tout en filmant entre la France et l’Italie. C’était le cas de comédies ou de films policiers emmenés par Bébel ou Ventura, sur lesquels Ennio Morricone composait des musiques dans un style plus évolutif. Car l’une de ses plus grandes forces était sa capacité à se renouveler sans cesse. La cage aux folles, Le clan des Siciliens, Le Professionnel ou Peur sur la ville en sont de bons exemples.

L’Europe, puis Hollywood et l’Oscar

Il collabore avec Terrence Malick en 1978 pour Les Moissons du Ciel, contribue à la palme d’or décrochée par Roland Joffé pour son score avec Mission (1986), travaille avec Polanski (Frantic) et Almodovar (Attache-moi !) et signe une de ses dernières partitions dans le film du français Christian Carion (En mai fais ce qu’il te plait). Au milieu de tout cela et étalé sur différentes périodes, Hollywood vient frapper à sa porte et c’est ainsi qu’il rencontre Don Siegel pour la bande originale de Sierra Torride, dans laquelle un instrument remplace le hennissement de l’âne monté par Shirley MacLaine, prostituée déguisée en nonne. Il se met au synthé pour John Carpenter dans The Thing. Wolf de Mike Nichols et U-Turn de Olivier Stone sont aussi signés par Ennio Morricone à la musique. S’il gardera une relation professionnelle privilégiée avec Tornatore qui débuta sur Cinema Paradiso (dans lequel son fils Andrea compose le Love Theme), l’une de ses collaborations internationales marquantes demeure celle entretenue avec Brian De Palma, avec notamment Les Incorruptibles, dont il trouva le thème dans l’ascenseur au terme de son rendez-vous d’embauche dans les bureaux de la Paramount. De Palma fera appel à lui à nouveau pour Outrages (1989) et s’est dit particulièrement ému lorsqu’il découvrit le thème de l’alien quand il tournait Mission to Mars (2001).

Aussi populaire et talentueux à la musique que ne l’est Spielberg à la mise en scène, Ennio Morricone est resté un homme sincère et discret, qui n’a jamais croulé sous les récompenses. Il s’est marié et a aimé la même femme jusqu’à la fin et en dépit de très nombreuses nominations tout au long de son extraordinaire carrière, il décrochera l’Oscar de la meilleure musique de film grâce à Quentin Tarantino en 2016 seulement, avec Les Huit Salopards, âgé de 87 ans. À jamais dans nos cœurs et nos oreilles, addio Maestro.

Loris Colecchia

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