IT’S A SIN éclaire avec brio l’épidémie de sida des années 80 – Critique

Depuis quelques mois, les associations britanniques de lutte contre le VIH observent un record de tests de dépistage. La raison ? La diffusion de la série IT’S A SIN, consacrée au sida dans les années 80.

Aussi bouleversante que lumineuse, cette nouvelle création du réalisateur Russell T. Davies raconte l’histoire d’un groupe d’amis qui vit à Londres. Jeunes et innocents, trois garçons emménagent dans la capitale londonienne en espérant enfin pouvoir vivre leur vie, loin des diktats familiaux et des carcans hétéronormés. Mais une mystérieuse épidémie va rapidement impacter ce nouveau départ. Après avoir imaginé un monde secoué par de nombreuses instabilités dans Years and Years, le réalisateur a cette fois-ci choisi de s’inspirer de sa propre vie. Pour redonner vie à cette décennie charnière qui a bouleversé la communauté homosexuelle internationale, Russel T. Davies a choisi certaines têtes d’affiches pour des rôles secondaires (Neil Patrick Harris, Stephen Fry…) mais surtout de jeunes acteurs prometteurs pour les protagonistes : Olly Alexander, Omari Douglas, Callum Scott Howells, Nathaniel Curtis et Lydia West dans les rôles respectifs de Ritchie, Roscoe, Collin, Ash et Jill.

© Red Production Company and all3media international

Au début des années 2000, Russel T. Davis avait déjà abordé des problématiques liées à l’homosexualité, notamment dans Queer as Folk, une série sur des homosexuels à Manchester. Par la suite, le showrunner avait redonné le blason de Doctor Who en devenant scénariste pour le célèbre Docteur. Cette période a par ailleurs permis à la série de recevoir le British Academy Television Award de la meilleure série télévisée dramatique ainsi que deux prix Hugo, récompense de science-fiction. Néanmoins, Russel T. Davis est toujours connu pour son engagement pour la communauté LGBTQ+ à travers son activisme. Fervent défenseur de la représentation de l’homosexualité, on continue grâce à lui à prendre mesure de notre ignorance sur les débuts de l’épidémie de sida. Et c’est une des raisons pour lesquelles il était aujourd’hui indispensable de faire la lumière sur une génération perdue dans les années 1980.

Russel T. Davis donne la première place à des vies, des sexualités et des combats souvent relégués au second plan.

En plus de cette nécessité historique, IT’S A SIN est bien loin du queerbaiting dont Netflix est souvent accusé, grâce à son authenticité, de sa sensibilité et de sa justesse. Aucun personnage ne prend le dessus sur un autre. Chaque individu est respecté et a droit à un arc narratif construit. Cette complexité permet non seulement de s’attacher aux personnages et de ressentir pleinement le désespoir et l’incompréhension de cette génération mais également d’entendre des voix singulières dans cette époque troublée. Ainsi, la série aspire à écraser et à dépasser les stéréotypes qui sont souvent omniprésents dans les représentations de la communauté LGBTQ+ dans les médias.

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Néanmoins, parmi ses personnages, il y en a un qui se démarque : Jill (Lydia West). Jill est un personnage intéressant bien qu’il ne soit pas aussi développé que les autres protagonistes masculins. Son parcours a notamment été inspirée par des femmes qui se sont montrées solidaires pendant la crise. Parmi ces dernières, Jill Nalder, une amie de Russel T. Davis qui avait fait du bénévolat pour défendre et prendre en charge les hommes qui avaient contracté le sida dans les années 1980. Véritable pilier du groupe, Jill semble incarner ici le care : une notion intraduisible qui englobe le soin, l’empathie et l’attention à l’autre.

Jill est la première à s’intéresser réellement à l’épidémie quand tous pensent qu’il s’agit d’un mensonge. Elle s’occupe de ses proches et les pleure en silence. Elle les écoute, les soutient et les soulage quand ils sont malades. En pleine épidémie, cette illustration rappelle que ce concept devrait être parfois remis au centre des politiques en valorisant les enjeux relationnels et l’attention à autrui — en particulier envers ceux dont le bien-être peut dépendre d’une attention particularisée.

© Red Production Company and all3media international

En parallèle de la mère de substitution incarnée par Jill, les familles de ces garçons représentent une variété de réactions possibles non seulement face à l’homosexualité mais également face à l’épidémie. Parmi eux, il y a notamment Valerie (Keeley Hawes), la mère de Ritchie (Olly Alexander), qui se distingue par un comportement motivé par la douleur et l’ignorance. Au fur et à mesure de la série, ce personnage incarne rapidement une forme de bouc-émissaire en raison de son déni mais aussi parce qu’elle questionne la définition d’une « bonne mère« . Une réflexion intéressante puisque c’est la mère qui est spécifiquement visée et non pas elle et son époux en tant que parents comme la journaliste Ludovica Anedda a pu le souligner.

Bien qu’abordant un sujet difficile, IT’S A SIN est une belle célébration de la vie. Entre rire et larmes, la mini-série est aussi inébranlable et insatiable que ses personnages. Et jusqu’aux derniers instants, le groupe d’amis restera fidèle à son désir brûlant de faire la fête et de vivre.

Sarah Cerange

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Titre original : It's a Sin
Réalisation : Russell T Davies
Acteurs : Olly Alexander, Omari Douglas, Callum Scott Howells, Lydia West, Nathaniel Curtis
Date de sortie : 22 janvier 2021
Durée : 5 épisodes
4
Lumineux

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