GARDE À VUE, remarquable – Critique

Pour ce onzième jour de notre Calendrier de l’Avent, on revient sur un film qui presque 30 après sa sortie, fascine toujours autant par sa brillante mise en scène, son interprétation remarquable et ses dialogues aux petits oignons.

Avec GARDE À VUE, réalisé par Claude Miller et sorti en 1981, on est bien loin d’un conte de Noël, même si l’une des scènes clé du film se déroule à Noël. Une scène que raconte Chantal Martinaud (Romy Schneider, dans l’un de ses derniers rôles) à l’Inspecteur Antoine Gallien (Lino Ventura), pendant la garde à vue de son mari Jérôme Martinaud (Michel Serrault). Chantal avait surpris une discussion entre son mari et leur nièce de 8 ans et les conclusions ambigües qu’elle en avait tiré en disaient finalement plus long sur elle, sur sa jalousie déplacée et sur l’absence de communication au sein du couple. Dès lors, le regard sur son mari avait changé et elle avait enfin trouvé l’excuse qu’elle attendait pour lui interdire définitivement l’accès de sa chambre.

Le film met en lumière ce qui fait l’abjection d’un couple qui n’est plus mais qui s’obstine à sauver les apparences et pour éviter à Chantal de revenir dans son modeste milieu social : elle conserve tous les attributs de la femme de notable et Jérôme continue à exhiber cette femme trop belle pour lui. Un trophée contre un autre. Donnant-donnant. Mais, comme le comprend l’inspecteur Gallien, que de souffrances, de non-dits et de malentendus dans ces deux vies ! Et c’est précisément ces sous-entendus et ces interprétations de Chantal qui lui manquaient pour inculper Jérôme du viol et du meurtre de deux petites filles de 8 ans, et pour lui faire avouer où se trouve une troisième petite fille qui a disparu. Car le temps est plus que compté en ces quelques heures de la nuit de la Saint-Sylvestre, au cours desquelles tout se joue. Le coup de grâce de l’épouse lui permet de confondre le mari, croit-il. Une nuit d’interrogatoires, d’indignation et de bousculade du notaire, de complicité, de rentre-dedans, de confidences intimes.

Une nuit de la Saint-Sylvestre au cours de laquelle tout bascule

Grâce à ses dialogues perspicaces et à sa remarquable direction d’acteurs chorégraphiée au centimètre près dans le bureau exigu des policiers, GARDE À VUE montre subtilement comment se crée pendant les gardes à vues ce lien bancal entre un suspect et un policier chevronné, qui tantôt s’apprivoisent, tantôt se rejettent. Un lien oscillant entre respect et défiance, insultes et sarcasmes, calme et agressivité. Mais plus qu’une nuit au cours de laquelle tout bascule, où rien ne sera plus jamais comme avant, et plus qu’une année qui bascule vers une autre, c’est le basculement définitif des trois vies des protagonistes que donne brillamment à voir le film. D’abord la vie de Jérôme Martinaud, qui traverse intimement une palette de sentiments faisant douter jusqu’au bout le spectateur : incompréhension, colère, peur, solitude, écœurement, lucidité, honte, dépit, tristesse et déshonneur.

Grâce à sa puissante mise en scène, Claude Miller fait du spectateur un petit poucet, en lui glissant en parallèle de ce huis-clos étouffant, des indices tels des petits cailloux pour lui faire comprendre que Jérôme n’est pas le coupable. Ainsi le fameux Javelin venu déclarer le vol de sa voiture au début de l’interrogatoire, puis le jeune arrêté pour ce vol, enfin la voiture ramenée dans la cour du Commissariat et qui y reste un long moment en attendant d’être embarquée, avant que l’on découvre le corps de la petite fille dans le coffre.

Car GARDE À VUE raconte une erreur judiciaire rattrapée de justesse mais qui se termine par le suicide de Chantal, motivée par la honte de s’être trompée à ce point. Enfin, bascule la vie de l’Inspecteur, dont on espère qu’il remettra en question ses méthodes, en tout cas celles de son collaborateur Belmont (Guy Marchand). GARDE À VUE avait obtenu pas moins de quatre César, dont le celui du Meilleur acteur récompensant la brillante interprétation dramatique et ambivalente de Michel Serrault, celui du Meilleur acteur dans un second rôle pour Guy Marchand et celui du Meilleur scénario adapté du roman de John Wainwright par Claude Miller et Jean Vautrin, avec des dialogues de Michel Audiard. GARDE À VUE est donc un film remarquable qui n’a pas pris une ride en matière de relations humaines et qui est à voir – ou à revoir – absolument !

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Garde à vue
Réalisation : Claude Miller
Scénario : Claude Miller, Jean Hermann, Michel Audiard, d’après l’oeuvre de John Wainwright
Acteurs principaux : Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand, Romy Schneider
Date de sortie : 23 sptembre 1981
Durée : 1h30 min
4.5
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