[CRITIQUE] HÔTEL SINGAPURA

Dernière mise à jour:
• Sortie : 24 août 2016
• Réalisation : Eric Khoo
• Acteurs principaux : Josie Ho, George Young, Choi Woo-Shik
• Durée : 1h44min
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Huitième long-métrage d’Eric Khoo, Hôtel Singapura est un film composé de plusieurs histoires indépendantes, étalées entre l’après seconde guerre mondiale et une époque futuriste, toutes se déroulant au sein d’une même chambre d’hôtel à Singapour. Radioscopie d’une chambre, la 27, où des couples se désirent, s’aiment, se déchirent… Le sexe relie les segments tout comme le fantôme d’un homme amoureux qui semble veiller sur ce lieu. L’ Hôtel Singapura de Khoo distille alors un étrange mélange d’érotisme, de tendresse et de mélancolie.

Le film suit l’évolution sociétale de Singapour au cours du temps, citons par exemple la prostitution légale dans les hôtels avec le segment comique de Rose Chan (ndlr : célèbre artiste chinoise de cabaret) ou la médecine 70’s pionnière dans les chirurgies de changement de sexe avec l’histoire du transsexuel qui vient se faire opérer, accompagné de son partenaire. Ce cadre en mouvement permet à Khoo de faire des variations autour du sexe, du rapport charnel et/ou conflictuel entre amants. Certaines scènes sensuelles comme celle de la femme mariée avec son jeune amant rappellent l’érotisme de certains grands cinémas asiatiques et on pense à l’Empire des sens de Nagisa Oshima tant le désir traverse l’écran.

Photo du film HÔTEL SINGAPURA

Si le sexe se glisse dans chaque tableau, la fable que réalise Eric Khoo est aussi celle du conflit, de l’impuissance du couple, à l’image du fantôme qui hante les lieux mais qui ne peut que rarement intervenir. Tous les locataires sont aussi souvent en prise avec l’amour, amour qui d’ailleurs ouvre le bal des séquences (hors scène d’exposition) et le conclut. Le fantôme en est d’ailleurs le symbole par sa présence auprès d’une membre du personnel de l’hôtel, comme une douce ritournelle. Là encore, épisodiquement, le film convoque les plus grands avec son romantisme, on pense à In the mood for love de Wong Kar-Wai (2000), d’autant plus que le jeu de lumière rappelle le cinéma du cinéaste hongkongais.

« Érotique, fantomatique, mais trop stylistique. »

Le film sait donc être touchant comme les films les plus émouvants de son réalisateur, Be with me (2005) ou My Magic (2008), avec un travail sur le hors champs qui souligne délicatement la mélancolie. Malheureusement si cette variation inventive autour du sexe est à saluer, le film aurait gagné à être plus « simple ». La fable croule en effet sous le trop plein de genres : de la romance à la comédie musicale, en passant par le drame et le fantastique, nous empêchant de nous investir en tant que spectateur tant les virages sont grands et s’enchainent mécaniquement. Ce problème du film à sketches est renforcé par le trop plein de récits, Khoo frôle alors l’effet catalogue avec son exercice de style. Pourtant l’effet de surprise recherché à chaque nouveauté perdure, comme si la question « qui suis-je ? » de la première histoire nous était aussi adressée et visait toujours juste. Les séquences inégales réveillent tantôt nos sens, tantôt notre perplexité mais le parfum de caractère de l’Hôtel Singapura peut justifier de prendre une chambre pour une séance (de cinéma).

Audrey G.
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