LE MEILLEUR RESTE À VENIR, le second long métrage tant attendu de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière après Le Prénom, déçoit malgré les têtes d’affiche Fabrice Luchini et Patrick Bruel.

Ce ne sont pas les films d’amis d’enfance, proches de la cinquantaine, qui manquent au cinéma. Ils donnent souvent à voir un groupe d’hommes qui après de nombreuses années de non-dits et parfois de secrets, règlent finalement leurs comptes, se lâchent et se fâchent. On pense évidemment aux bandes emblématiques de Vincent, François Paul et les autres, Un éléphant ça trompe énormément, Mes meilleurs copains, Le cœur des hommes ou encore Barbecue.

La thématique de ces films est toujours la même à propos de leur amitié: est-elle si indéfectible et sur quoi est-elle finalement fondée ? LE MEILLEUR RESTE À VENIR n’échappe pas à ces questions, puisque Arthur (Fabrice Luchini) et César (Patrick Bruel) se sont rencontrés alors qu’ils étaient collégiens et pensionnaires. Ils se sont fait remarquer pour leur caractère réfractaire et rebelle à l’époque, se sont fait coller ensemble, et sont restés amis.

Photo du film LE MEILLEUR RESTE À VENIR
Mais il n’y a pas plus différent à présent que les deux hommes, ce dont ils sont très conscients, et les réalisateurs scénaristes Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière se sont manifestement beaucoup amusés à caractériser leurs personnages et à accentuer leur opposition. Arthur, très sérieux, est chercheur à l’Institut Pasteur, quand César, qui n’a pas de métier bien défini, se comporte comme un glandeur irresponsable, un épicurien qui va de faillites en faillites.

Arthur est divorcé, mais est encore très amoureux de son ex-femme Virginie (Pascale Arbillot), quand César est un homme à (jeunes) femmes. Arthur est le père de Julie (Marie Narbonne), adolescente avec laquelle il ne sait pas réellement communiquer, quand César n’a pas d’enfants. Arthur aime autant vivre dans l’ombre que César a besoin de briller dans la lumière. Arthur est aussi inhibé que César est décomplexé…. Et aucun ne déteint jamais sur l’autre. Ils se contentent d’être là, de s’apprécier autour d’un verre de vin, de se remémorer leur jeunesse, et de se demander à chaque fois qu’ils se voient ce qu’ils fichent encore ensemble.

Malgré quelques moments émouvants, LE MEILLEUR RESTE À VENIR est un film trop long, qui ne trouve pas son équilibre entre répliques qui tombent à plat et drame.

On se réjouissait pourtant de retrouver Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, sept ans après l’excellent Le Prénom, mais LE MEILLEUR RESTE À VENIR lui arrive à peine à la cheville. Car le souci principal du film est qu’il semble avoir été offert, tel un véritable écrin, à ces deux vedettes avec une intrigue écrite ensuite autour d’elles. Et de fait, il est bien difficile de croire à cette amitié factice et surjouée, ainsi qu’à tout ce qui s’en suit.

Par ailleurs, il serait également temps que les réalisateurs cessent de faire passer Patrick Bruel pour un séducteur invétéré. A soixante ans, cela fait déjà de nombreuses années qu’on n’en peut plus de le voir dans ce type de rôle, dans lequel il n’est plus crédible. Quant à Fabrice Luchini, même s’il est plus juste, il approche plus les soixante-dix ans que les cinquante et écarquille trop souvent les yeux, comme surpris d’être là et d’avoir à dire à chacune de ses répliques, des « Quoi ? », des « Hein ? » et des « Mais ? ».

Photo du film LE MEILLEUR RESTE À VENIR
Mais soit, admettons cette amitié. C’est la suite qui vaut son pesant d’or et va demander des prouesses d’imagination et un sacré paquet de couleuvres à avaler de la part du spectateur. Admettons donc que César soit si fauché, qu’il ne soit pas déclaré à la Sécurité Sociale, n’ait donc pas de carte vitale et emprunte celle d’Arthur. Admettons que la radio de son épaule accidentée établisse que César est atteint d’un cancer du poumon et qu’Arthur, le chercheur de vaccins et donc de solutions, ne prenne même la peine de demander un autre avis – par exemple celui de son ex-femme médecin.

Admettons que, pourtant professionnel de la profession, il se révèle incapable d’avouer à son meilleur ami ce qu’il risque. Bouleversé, il n’a ni le courage ni de toute façon jamais le temps de parler car César lui coupe sans cesse la parole, et lorsqu’une porte de dialogue s’ouvre enfin, Arthur n’est pas fichu de s’y engouffrer. Il bafouille, se perd en analogies et en circonlocutions. Plus d’une heure de tentatives de la part d’Arthur qui font tantôt rire, tantôt de la peine mais qui, toujours se répètent et rapidement ennuient.

Le cabotinage des deux acteurs ne suffit pas à combler l’absence de crédibilité du scénario ni à envier une telle amitié.

Les réalisateurs demandent donc implicitement au spectateur de prendre le parti d’Arthur et de partager avec lui ce terrible secret et ses doutes. Si dire la vérité à son meilleur ami, ce n’est pas simple, c’est aussi le priver de sa capacité de choisir, voire l’infantiliser, et César n’a vraiment pas besoin de ça. C’est aussi prendre, consciemment ou non, le pouvoir sur lui. Mais quand à la faveur d’un malentendu total, César pense que c’est Arthur qui est malade, ne pas réussir à avouer à ce moment est lâche et malhonnête.

Et ce qui l’est encore plus, c’est de demander au spectateur de continuer à éprouver de l’empathie envers Arthur et d’accepter d’être embarqué dans cette aventure du mensonge. Pas le mensonge qui répare, mais bien celui qui évite et qui prend en charge à la place de l’autre, répondant peut-être à une partie de la question initiale, mais sans convaincre totalement : l’amitié, c’est aussi être là quand rien ne va plus pour épargner l’ami de la dure vérité.

Photo du film LE MEILLEUR RESTE À VENIR

Mais encore une fois, admettons. S’ensuivent des situations dans lesquelles César décide d’aider Arthur et de lui apporter de la joie. Il s’installe chez lui, lui fait faire la nouba et autres trucs possibles et inimaginables. Il lui fait surtout rencontrer Randa (Zineb Triki), jeune femme guérie du cancer qui anime un groupe de paroles et sera mise dans la confidence par Arthur. Il réussit même à faire prendre l’avion à Arthur pour lui faire rencontrer un médecin en Inde… alors que ce dernier répète à tout va qu’il refuse absolument de prendre l’avion. Scènes, soit dit en passant, qu’on ne voit hélas pas à l’écran, privant le spectateur de moments qui auraient pu s’avérer justement drolatiques.

Les deux hommes vont évidemment se fâcher quand la vérité sera enfin révélée, mais entre temps, Arthur se sera enfin décoincé au contact quotidien de César. Malgré quelques moments émouvants, LE MEILLEUR RESTE À VENIR s’avère pourtant un film trop long qui ne trouve pas son équilibre entre répliques qui tombent à plat et drame, et dont le cabotinage des deux acteurs ne suffit pas à combler l’absence de crédibilité du scénario, ni même à envier une telle amitié.

Sylvie-Noëlle

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LE MEILLEUR RESTE À VENIR, les derniers quatre cents coups - Critique
Titre original : Le meilleur reste à venir
Réalisation : Matthieu Delaporte, Alexandre De La Patellière
Scénario : Matthieu Delaporte, Alexandre De La Patellière
Acteurs principaux : Fabrice Luchini, Patrick Bruel
Date de sortie : 4 décembre 2019
Durée : 1h57min
2.0Décevant
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LE MEILLEUR RESTE À VENIR, les derniers quatre cents coups – Critique

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