© Moby Dick Films

L’ÉTREINTE, émouvante reconnexion à soi – Critique

Pour son premier long métrage, L’ÉTREINTE, en compétition au Festival Francophone d’Angoulême, l’acteur Ludovic Bergery, donne à voir une femme émouvante qui surmonte un deuil et va à la rencontre d’elle-même.

Tous ces morts, on ne sait  pas quoi en faire, il faudrait qu’ils nous lâchent un peu ” dit Aurélien (Vincent Dedienne), l’un des personnages de L’ÉTREINTE. Cette phrase résume assez bien l’intention de ce premier long métrage: comment se reconstruire après un deuil ? Comment se reconnecter à la vie, aux autres et surtout à ses propres désirs ? Mikhaël Hers avait déjà traité ce sujet avec beaucoup de délicatesse dans Ce sentiment de l’été. C’est aussi ce que fait le réalisateur Ludovic Bergery, en mettant en scène Margaux (Emmanuelle Béart), qui vient de perdre son mari plus âgé qu’elle. Elle s’est installée à Versailles, dans la maison très isolée de sa demi-sœur (Eva Ionesco) avec laquelle elle a peu de contacts, et s’est inscrite à l’université pour reprendre des études de littérature allemande.

Photo du film L'ÉTREINTE
© Moby Dick Films

On devine qu’elle a vécu dans l’ombre de son mari, fascinée par son esprit brillant, et que son absence la rend encore plus perdue dans une société dont les codes relationnels et amoureux ont bien changé depuis ses vingt ans. L’ÉTREINTE donne en effet à voir une femme en décalage, qui doit réapprendre à se faire des relations, utiliser les applications de rencontres, et peut-être retrouver l’amour. Le film montre d’ailleurs très bien l’écart générationnel qui existe entre Margaux, la quarantaine, et les jeunes étudiants qui l’incluent dans leur cercle, aussi bien dans leur manière d’être que de penser. Génération décomplexée et anticonformiste qui a envie, prend, jette et ne s’embarrasse pas de préjugés. Une génération qui assume pleinement sa sexualité et qui ne confond surtout pas le désir avec l’amour.

Un beau portrait de femme, grâce à l’interprétation très émouvante et juste d’Emmanuelle Béart.

Le film dessine subtilement tous les états d’âme de Margaux dont le cœur se comporte plutôt comme celui d’une adolescente dans le corps d’une femme mûre. Ainsi, au gré de ses rencontres avec des hommes (Tibo Vandenborre ou Yannick Choirat), Margaux ose, regrette, tergiverse, fait preuve de maladresse et d’attachement inapproprié, hésite entre le trop peu et le trop. Une question de curseur personnel et émotionnel déréglé en somme.

Photo du film L'ÉTREINTE
© Moby Dick Films

Car Margaux est en transition, sans doute entre deux des cinq phases du deuil décrites par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross : elle est à la fin de la colère, toujours dans la tristesse mais pas encore dans l’acceptation. Une transition que le réalisateur pense qu’elle ne peut se faire que dans le mouvement, les expériences, parfois même la mise en danger. Un mouvement qu’il symbolise d’ailleurs par le train que prend Margaux, au début et à la fin du film. Car L’ÉTREINTE aborde subtilement de façon symbolique le temps qui ne passe pas de la même façon pour tous : certains, comme Aurélien, décident très jeunes des directions à prendre, vivent pleinement leur vie et assument leurs choix. D’autres, comme Margaux, regardent la vie sans s’impliquer vraiment, laissent les autres décider à leur place et font comme ces passagers restés à quai, qui regardent passer les trains remplis de passagers en mouvement.

S’ouvrant à nouveau au monde et à ses désirs, Margaux va passer des pulls sous lesquels elle cache les formes de son corps à de jolies robes et des tenues plus excentriques, symboles de sa féminité retrouvée et assumée. Malgré une sensation de déjà-vu et quelques scènes dans lesquelles le réalisateur force inutilement le trait, L’ÉTREINTE se révèle donc un beau portrait de femme, grâce à l’interprétation très émouvante et juste d’Emmanuelle Béart, filmée au plus près de son visage, de ses yeux et de son corps traversés par de multiples émotions, qui suscitent l’empathie.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : L’étreinte
Réalisation : Ludovic Bergery
Scénario : Ludovic Bergery
Acteurs principaux : Emmanuelle Béart, Vincent Dedienne, Eva Ionesco
Date de sortie : 3 février 2021
Durée : 1h40min
4
Émouvant

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