© Léa Ghirardotti / Sony Pictures Entertainment France

UNE SIRÈNE A PARIS, un conte lyrique sur l’amour – Critique

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Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, adapte son livre UNE SIRÈNE A PARIS à l’écran. Au cœur de la capitale, la réalité du XXIe siècle se mêle à la fantaisie et au rêve pour un film emplit de poésie.

Sur les quais de Paris, le Flowerburger recèle de surprises. Dans l’antre de cette péniche restaurant qui déborde de fleurs, de couleurs et de musique, accessible sur mot de passe, se retrouve le Paris rêveur, le Paris féerique, le Paris poétique. Un grand carnaval vintage. Et une histoire de famille.

C’est dans ce repaire créé par sa grand-mère que Gaspard (Nicolas Devauchelle) a grandi et développé son imaginaire. Là où sa mère a enregistré des chansons d’amour. Là où sa famille a laissé tant de souvenirs, de panache et d’enchantement. Trentenaire, il passe ses soirées à y chanter et redoute de voir le cabaret baroque de son enfance fermer ses portes. Un homme étrange qui vit dans un rêve mais qui a perdu le sien : l’amour. Brisé par plusieurs chagrins, il ne ressent plus rien. Un homme seul.

Jusqu’au jour où, alors que la Seine déborde, il recueille une sirène blessée (Marilyn Lima) sur les quais. Tous les hommes succombent à la voix angélique de Lula. Deux notes dans l’air et voilà l’humain ensorcelé, pris dans les filets comme le fut autrefois la femme aquatique. Le cœur s’emballe avant de lâcher. Mais pas celui Gaspard.

Deux âmes chimériques qui se rencontrent. Lui ne veut plus connaître l’amour, elle ne l’a jamais connu.

Photo du film Une sirène à Paris
Gaspard, chanteur dans le sous-sol du burlesque Flowerburger, va recueillir Lula, une sirène blessée échouée sur les quais de Seine. Lui ne croit plus en l’amour, elle ne l’a jamais connu. © Thibault Grabherr – Sony

Après Jacques et la Mécanique du cœur, Mathias Malzieu signe un film qui oscille entre le conte, l’animation et le réel. Un monde où les tuk-tuk colorés remplacent les taxis. Un classique réinterprété où la petite sirène fume une cigarette. Une œuvre qui évoque La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro, le budget en moins, l’artisanat en plus. Mais l’histoire reste semblable : l’amour plus fort que les différences entre un être humain et un être marin. Deux âmes incomprises, qui enfin se retrouvent.

Un voyage musical et poétique. Dispersé et parfois maladroit, il reste un film esthétique et touchant.

C’est dans cette simplicité un peu naïve que réside toute la beauté de UNE SIRENE A PARIS. Des perles pour remplacer les larmes, un théâtre de carton et papier et cet homme qui a conservé son âme d’enfant pour évoluer dans un monde fantastique.

Cet esprit renforce le film, qui ne peut être salué par la performance de tous les acteurs. Marilyn Lima est difficile à croire en sirène Lula face à un Nicolas Devauchelle idéal dans le rôle de Gaspard. Alors que l’actrice semble trop pied-à-terre pour correspondre à l’ambiance générale et camper une sirène, Nicolas Devauchelle incarne un homme grenier qui vit dans le souvenirs et accorde aux objets insignifiants une importance capitale. Les petits soldats, les statuettes en porcelaine, les livres comme des grimoires, une odeur, et l’image d’un amour perdu. Parce que c’est là tout l’autre sujet du film. Quelle place laisser aux fantômes du passé ? A quel point doivent-ils influencer le présent ? Doivent-ils même se garder quand ils polluent l’existence ? Une douce nostalgie pleine d’émotion et de poésie.

Rossy de Palma, dans le rôle de Rossy, voisine excentrique et un peu trop présente, apporte une touche de fraîcheur à cette histoire. Fidèle à elle même, elle n’a pas besoin d’artifice pour s’accorder à merveille à l’esprit du film.

Photo du film Une sirène à PAris
Entre breloques, fleurs et grimoires, Une sirène à Paris questionne la place du souvenir et de l’amour tout en poésie. © Thibault Grabherr- Sony

Le décor burlesque, presque artisanal en fait quelque chose d’authentique dans un Paris mis en lumière. Mais de petits décalages, petits défauts et incohérences sont parfois perceptibles comme des yeux qui s’illuminent trop tard.

En voulant aborder beaucoup de thématiques, Mathias Malzieu s’éparpille un peu dans UNE SIRENE A PARIS, avec des idées dans tous les sens et quelques incohérences. L’amour, les fonds marins et la vengeance, la place des souvenirs, du deuil, la poésie et la musique. Une faiblesse, mais aussi un concentré d’imagination et de folie qui fait du bien dans un monde un peu trop standardisé.

Marylou Czaplicki

Critique publiée le 16 mars 2020

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Titre original : Une sirène à Paris
Réalisation : Mathias Malzieu
Scénario : Mathias Malzieu
Acteurs principaux : Nicolas Devauchelle, Marylin Lima, Rossy de Palma
Date de sortie :17 juin 2020
Durée : 1h40min
3
Pas mal

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