Après Knight of Cups et A La Merveille, fascinants, splendides mais aussi clivants et lourds, Terrence Malick conclue sa trilogie de l’amour dans un film plus accessible et empathique avant de retourner au film de guerre.

SONG TO SONG ne marquera pas nécessairement la réconciliation de Terrence Malick avec ses détracteurs. D’aucuns l’accusent de s’auto-parodier et d’autres hurlent mordicus à l’étirement interminable de spots publicitaires d’une parfumerie de luxe, le metteur en scène divise de sorties en sorties. Et après le surchargé Knights of Cups, impossible à digérer, Terrence Malick semble avoir pris la mesure de ce que les cinéphiles lui reprochaient jusqu’ici : s’enfermer dans un trip mystico-symbolique sans prendre la peine d’inviter les spectateurs dans un voyage illuminé. Il faut dire que le texan, après la sublime balade existentielle sur les rives de la vie de The Tree of Life, nous avait laissé perplexes avec les inégaux et hermétiques A La Merveille et Knights of Cups. Frisant, contre toute attente, le ridicule entrelacé de moments de grâce, ses dernières œuvres ne pouvaient que diviser les fans naguère en larmes devant La Ligne Rouge en deux camps irréconciliables : les adulateurs et les railleurs. Pourtant, la vision de la première réclame de SONG TO SONG nous avait laissé espérer que Terrence Malick était bel et bien “back in the game“.

Emmené, comme toujours, par un casting qui ferait pâlir la moindre superproduction hollywoodienne, SONG TO SONG creuse admirablement les tourments sentimentaux de ses personnages et la poésie, sublimée par la photo renversante du maître Lubezki, s’engouffre alors à toute allure dans le long métrage. La voix-off, témoin des errances métaphysiques, se mêle toujours avec autant de questionnements et le quatuor amoureux s’envole dès lors vers une recherche inapaisée de comblement d’un creux existentiel que rien ne semble satisfaire.

« SONG TO SONG est un émerveillement, une auscultation amère de la solitude contemporaine. »

Cristallisé par les dérives aussi romanesques que chaotiques du couple Fassbender/Portman, SONG TO SONG dessine en creux les contours du désenchantement amoureux d’une fraction sociétale qui ne manquent de rien. Alors, Terrence Malick saisi le monde avec sa caméra, il scrute les désillusions d’une société animée par l’égoïste jouissance des biens capitalistes. A l’inverse, l’alchimie du couple Gosling/Mara éclaire par son empathie de fulgurants instants d’une délicatesse oubliée depuis Le Nouveau Monde. Et alors que l’épilogue approche à grands pas, à l’heure de l’inéluctable et bouleversante séparation, les enivrants concerts passés aux côtés d’Iggy Pop et consorts s’inscrivent avec ivresse dans cette fresque liquoreuse.

Bien plus accessible, moins exigeant et ne se refusant plus de faire dialoguer ses interprètes, Terrence Malick semble bien décidé à nous faire partager les oscillations lyriques de l’amour. Certes, des mimiques irritantes perdurent, des séquences à la GoPro raisonnent dans le vide, mais SONG TO SONG est un émerveillement, une auscultation amère de la solitude contemporaine, où la tendresse et la mort nourrissent avec force les déchirements, où la quête du sens défait le sens de la quête. Nous avons peut être retrouvé Malick !  SONG TO SONG est un long métrage qui renoue avec la poésie et la splendeur, avec une émotion qui, ces dernières années, butait sur le quatrième mur.

Sofiane

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[CRITIQUE] SONG TO SONG
Titre original : Song to Song
Réalisation & Scénario : Terrence Malick
Acteurs principaux : Natalie Portman, Rooney Mara, Michael Fassbender & Ryan Gosling
Date de sortie : 12 juillet 2017
Durée : 2h08min
5.0A LA MERVEILLE
Avis des lecteurs 7 Avis


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inderweltsein
Invité
inderweltsein

C’est tout de même le plus imparfait des 4 derniers films (fictions), aussi vous voir écrire qu’on l’a retrouvé est étonnant quand le film est en très léger retrait (surtout qu’il n’avait jamais été perdu, bien au contraire, Knight of Cups, même si ça n’a pas été compris, est un sommet dans son oeuvre, et mérite bien d’être au côté de quelques uns des inoubliables qui ont précédé)

Lorenz
Invité

Merci – je suis d’accord avec vous (poésie, délicatesse, accessibilité…) – et contrairement à “inderweltsein” j’ai eu énormément de mal avec “Knight of Cups” – J’aurai préféré toutefois un petit resserrement du film … j’avais un peu l’impression que le “procédé” primait vers la fin sur le “récit” aussi tenu qu’il soit.

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