Hystérie et références à la pop-culture: Lego Batman pousse à son paroxysme ce qu’il y avait de plus catchy dans La grande aventure Lego. Éreintant et vide.

La grande aventure Lego, c’était ce masterpiece de l’animation moderne que personne n’avait vu venir au sein d’une production dominée par Pixar, Dreamworks, Laïka et Disney. Un film qui explorait le rapport adulte et nostalgique au Lego, l’inventivité inhérente à ce jouet, un rapport à l’inconscient collectif à travers les notions de licences, les aspects mercantiles et leurs extrémités, une critique acerbe de la société de consommation (oui, dans un film dédié intégralement à une marque !!!)… Tout cela et bien d’autres choses mises en perspectives de la manière la plus pertinente possible par un scénario narrant la rébellion des créatifs contre les décideurs (!!!) au sein d’une parodie dystopique de notre propre réalité. Rien que ça.
En marge, la technique du film rendaient photo-réaliste l’animation de jouets LEGO, ainsi que la mise en scène hystérique de Phil Lord et Chris Miller… Bref: La grande aventure Lego est un film quasi parfait, jusqu’à même son final rappelant les grandes heures émotionnelles de chez Pixar.

photo de lego batman

Hollywood étant Hollywood, il aurait été impensable que le studio (Warner) ne capitalise pas sur le succès public du film, 470M$ de recettes monde. Dans la plus grande tradition des univers étendus, Lego Batman tente de pousser à son paroxysme ce qu’il y avait de plus catchy dans La grande aventure Lego : hystérie, et humour via les références à la pop-culture. À l’arrivée, un film débarrassé de toute profondeur, épuisant, et cherchant un peu trop à caresser le spectateur geek dan sle sens du poil. Ce qui malheureusement, ne suffit pas.

La scène d’intro résume assez bien les intentions du film. Le Joker ayant réuni presque l’intégralité des bad guys de l’univers de Batman dans l’idée de détruire la ville, nous assistons à 30 min non-stop de bastons, de courses poursuites pétaradantes, d’explosions disproportionnées et/ou improbables, le tout monté de façon épileptique – sans pour autant que l’ensemble fonctionne, comme chez Lord & Miller.

[bctt tweet=”«Briser le quatrième mur en permanence ne suffit pas à faire un film…»” username=”LeBlogDuCinema”]

L’atout de cette séquence cela dit, ce n’est pas tant le déluge d’action que la richesse du casting déployé, permettant d’exploiter à 200% l’humour typique des œuvres Lego; un humour qui fait du spectateur son complice, puisqu’il utilise sa perception rationnelle pour mettre en dérision un personnage ou une situation, pourtant clairement identifiés dans l’inconscient collectif. Et plus la référence est récente, plus le résultat touchera du monde. Superman ? Mais regardez: c’est un gentil! pourquoi Batman se battrait-il contre lui haha. Robin ? Mais regardez! c’est quand même un gars dont le costume est un slip haha, Mot de passe ? On est tous d’accord: Iron man pue haha. etc.

photo de lego batman

Si comme dans un certain Deadpool, cet humour par brisure constante du quatrième mur ne touche pas toujours juste (voire rarement), et s’il ne suffit pas à pallier à un manque d’ambitions en termes de scénario ou de mise en scène, il s’en dégage malgré tout un indéniable cachet sympathie. Parce que cet humour s’adresse à notre inconscient collectif plutôt qu’à notre jugement critique. Exactement comme la série Stranger Things avec l’Esprit Amblin et les années 80.

Là où le film pourra toutefois surprendre, c’est lorsqu’il poussera par la suite, le concept à son paroxysme, en [SPOIL*]allant chercher des super meta-méchants dans le catalogue des films Warner. De King Kong à Sauron, en passant par les Gremlins ou Voldemort[FIN DU SPOIL]. Surprendre, mais aussi agacer, parce qu’il ne s’agit que d’une seconde exploitation d’une idée forte; une répétition opportuniste qui ennuie passé la surprise. À partir du milieu du film, Lego Batman perd définitivement toute volonté de logique, pour ne reposer que sur le regard ému/surpris/amusé/nostalgique du spectateur. Ce qui s’appréciera plus ou moins en fonction de votre tolérance.

Puis, au milieu de cet avalanche de références, la confrontation avec le Joker. Film-de-gosses oblige, celui-ci ne sera pas le psychopathe habituel ni même un méchant imprévisible, juste un personnage antagonique et unidirectionnel (« je veux tout faire péter »). Un villain bien fade servant juste de catalyseur au développement émotionnel du film : Batman est un être antipathique parce qu’il est seul. En en apprenant à accepter l’autre dans sa sphère intime, même son pire ennemi, il deviendra enfin quelqu’un de respectable, le vrai super-héros que tout le monde veut voir. Quelqu’un de normal quoi. Un scénario à mille lieux donc, de l’anti-establishment de La grande aventure Lego.

Bref: votre gosse sera probablement largué les trois quarts du temps, mais pas grave: quelques bruitages à la bouche et autres bruits de prouts combleront son manque de culture geek, tandis qu’il sera hypnotisé/flippé/endormi par l’hystérie visuelle déployée pour emballer cette soupe de références. Pour la cohérence, l’émotion, pour faire travailler l’imaginaire ou même proposer une morale intéressante… Il faudra repasser. Ou revoir La grande aventure Lego.

Georgeslechameau

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[CRITIQUE] LEGO BATMAN
Titre original : The Lego Batman Movie
Réalisation : Chris McKay
Scénario : Seth Grahame-Smith, Chris McKenna, Erik Sommers, Jared Stern, John Whittington, D'après les personnages de Bob Kane et Bill Finger
Acteurs principaux : Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella
Date de sortie : 8 février 2017
Durée : 1h45min
2.0Épuisant
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