Coup de cœur du public à Sundance, récompensé par le prix de la révélation au dernier Festival de Deauville, JAMES WHITE ne connaîtra pas la distribution dans les salles hexagonales. Cantonné à la VOD, comme l’excellent 99 Homes, JAMES WHITE est une aventure modeste et humaine sur l’avènement de la vie d’adulte. C’est également la première réalisation du jeune Josh Mond dont il avoue avoir été inspiré de son propre vécu lors de l’écriture du scénario.

Le décor est planté. Banale discothèque, les dernières paroles de Ray Charles résonnent au rythme des virevoltants néons multicolores et floutés. Peu à peu, la musique laisse place à des bruits d’essoufflement de plus en plus cadencés au même temps que le visage de James White – héros malheureux – devient perceptible à la lueur du petit matin. On comprend dès lors que ces aventures nocturnes remplissent son triste quotidien. Cette excellente scène d’ouverture donne le ton, invitant le spectateur dans la monochromie que constitue la vie de James White, un jeune adulte déboussolé au comportement néfaste.

James White – Introduction commentée par Josh Mond

Je voulais que le spectateur soit en empathie totale pour James White mais aussi qu’il discerne avec plus de recul sa situation. Avec mon directeur de la photographie, nous voulions cadrer au plus près du visage. Depuis cette séquence, nous avons décidé d’orienter le film sur cette idée de mise en scène.” Comme l’indique Josh Mond, le travail réalisé porte sur le cadrage, afin que l’œil du spectateur soit attiré presque naturellement sur le visage de son personnage. Initialement pensé pour un plan séquence, la scène va être découpée dans le but de symboliser l’objectivité/subjectivité du point de vue – donc la dualité de la situation du personnageTout ceci est d’ailleurs visible dès qu’il se décide à sortir du club. On ne quitte plus les yeux du jeune homme, ce qui amène à ressentir toute l’anxiété de James à l’instant où il se trouve dehors et on imagine qu’il pousse un long souffle de soulagement. Cette scène montre simplement où il en est dans sa vie.

L’histoire se concentre donc sur James, prisonnier d’un cycle d’autodestruction sans fin. Il a perdu son père et craint désormais la mort de sa mère, dont il s’occupe depuis des années, compte tenu des épisodes cancéreux qu’elle traverse. Il passe sa vie à sortir, faire la fête, errer toute la nuit sans but précis, refusant de faire face à toute moralité. On le récupère en tout début de film, pris dans l’étau d’un schéma vicieux dévastateur. Affichant son désintéressement pour « la vie active », le personnage de James White vadrouille dans un New York pourtant chaleureux, renforçant ainsi son isolement dans un monde dont il ne semble pas accepter les règles. Ainsi, le tortueux cheminent emprunté par le film se dessine à mesure que James s’enfonce dans une détresse aussi criante que malheureuse.

“Creusant la complexité d’un homme effrayé devant le flot de responsabilités qui l’attend, Josh Mond prend le temps de nous dévoiler une relation mère-fils saisissante.”

Comme évoqué plus haut par le réalisateur, la mise en scène se concentre peu ou prou sur les visages des personnages à l’aide de cadrages serrés et dynamiques – caméra à l’épaule. De fait, la réalisation permet de porter au plus haut la performance des acteurs, le trio principal accomplissant un travail impeccable. Christopher Abbott est éblouissant et rentre parfaitement dans son personnage complexe et torturé. Il absorbe la caméra à l’appui d’un rôle qui semble taillé pour lui. A ses côtés, Cynthia “Miranda” Nixon livre une composition honorable, créant l’osmose nécessaire à cette relation filiale faite de haut et de bas. Quant à Scott Mescudi (a.k.a le rappeur Kid Cudi), sa prestation, toute en sobriété, mériterait qu’on le retrouve davantage dans ce type de film.

Photo du film JAMES WHITE

© Diaphana Distribution

Malgré tout, certaines faiblesses de premier film se laissent entrevoir lorsque le métrage s’égare quelque peu dans des développements pas forcément très judicieux. Quelques manquements d’écriture pénalisent également le déroulé de l’histoire et certaines scènes – notamment la fête adolescente – semblent tout simplement malvenues. Aussi, JAMES WHITE n’évite malheureusement pas certains pièges, certes pas évident à déjouer, traduits par la thématique de la maladie. Avec quelques sensations de déjà vu, le récit est entaché de quelques maladresses.

Cela étant, JAMES WHITE réussit à créer l’empathie, notamment par son puissant trio. Creusant la complexité d’un homme effrayé devant le flot de responsabilités qui l’attend, Josh Mond prend le temps de nous dévoiler une relation mère-fils saisissante. En dépit de longueurs dispensables et un excès de pathos évitable, ce premier film trouve souvent la réplique juste, dont l’attention, se focalise sur le talentueux Chrisopher Abbott.

Sofiane
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[CRITIQUE] JAMES WHITE

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