Plus de dix ans que nous n’avions pas eu l’occasion de voir un film de , depuis Bon Voyage ! Nous le connaissons surtout pour ses très bons films historiques en costumes : Cyrano de Bergerac,  Un hussard sur le toit ou Les Mariés de l’An Deux. Il doit beaucoup à l’énergie de ses comédiens fétiches Yves Montand, Isabelle Adjani ou  Catherine Deneuve dans d’autres films, tels Le Sauvage ou Tout feu tout flamme. Il s’est ici octroyé les doubles services scénaristiques de son fils Julien Rappeneau, qui a participé à des films comme Cloclo ou plus récemment Bis, et de Philippe Le Guay, récent réalisateur de Floride, d’Alceste à Bicyclette et Les femmes du sixième étage.

Autant dire que BELLES FAMILLES était attendu ! Le résultat est hélas très décevant. L’idée de départ était pourtant bonne, à savoir, faire revenir le héros, Jérôme, sur les lieux de son enfance qu’il a quittés précipitamment pour aller vivre au bout du monde, et faire remonter à la surface les souvenirs, les secrets et les non-dits liés à la deuxième famille de son père décédé pendant son absence.

Photo du film BELLES FAMILLES

© ARP Sélection

C’est à travers les yeux de Chen-Lin (Gemma Chan), la compagne de Jérôme, que nous découvrons cette famille… puis le scénario l’écarte rapidement du jeu pour l’envoyer à Londres, laissant Jérôme libre de ses mouvements pour gérer les problèmes liés à la vente de la maison familiale. Mais franchement, même si nous comprenons que la maison est le véritable personnage du film, centre de tous les intérêts, filmée et éclairée avec amour par le réalisateur et qu’elle est prétexte à l’intrigue, comment parvenir à se passionner pour cet imbroglio administratif ultra-réaliste et qui traite en détail de droit de préemption, de justice, d’huissiers, d’investisseurs immobiliers, de maire et de notaires ?

Si les portraits des notables d’une petite ville de Province sont assez bien brossés, avec le maire en période électorale incarné par un cabotin, en affaires avec Grégoire l’investisseur immobilier () et le notaire (Jean-Marie Wingling) véreux, un mot nous est venu d’emblée à l’esprit, résumant notre ressenti et notre déception par rapport à ce film : facilité !

Facilité dans le scénario : tout est si téléphoné, rien n’est surprenant, et nous ne croyons à aucune des propositions du réalisateur : l’histoire d’amour dérangeante entre le héros et la belle-fille de son père (ouf la morale est presque sauve car nous apprenons très vite que Louise, interprétée par , n’est que la belle-fille et non la fille du père de Jérôme !), l’ex-femme () qui pardonne royalement et avec générosité à la maîtresse de son père (), la maîtresse qui se révèle une femme extraordinaire permettant au père de Jérôme de faire preuve d’humanité dans sa vie, la compagne chinoise du héros qui tombe amoureuse, quand ça arrange tout le monde, d’un compatriote musicien…

« Une pièce de théâtre de boulevard filmée, dont les ficelles sont aussi grosses, mais loin d’être aussi comiques. Du déjà vu chez Rappeneau et ailleurs. »

Facilité dans les choix des interprètes : le jeu des acteurs est sans surprise. chacun est dans son rôle habituel stéréotypé.  en enfant prodigue écorché vif et homme pressé, Gilles Lellouche en ami hâbleur et parvenu et Nicole Garcia en mère dirigiste – surjouant tous trois l’énervement. Guillaume de Tonquédec incarne Jean-Michel, le frère bourgeois coincé scotché à sa maman et qui fait tout pour lui plaire alors qu’elle ne voit que son frère,  Marine Vacth est la belle-fille toujours jeune et jolie et très azimutée, Karin Viard, par ailleurs très mal fagotée et coiffée comme dans les années 1970, est Florence la maîtresse détachée et compréhensive et Claude Perron tient le rôle de Fabienne, clerc de notaire décalée et nunuche.

Facilité dans la mise en scène : c’est une pièce de théâtre de boulevard filmée, dont les ficelles sont aussi grosses mais loin d’être aussi comiques. Du déjà vu, chez Rappeneau et ailleurs, avec toutefois une touche de modernité. On retrouve par exemple l’addiction aux nouvelles technologies ; ça téléphone, ça décroche, ça raccroche, ça coupe, ça chatte… Ça court et ça crie, ça jette des meubles, comme dans Le Sauvage ou Tout feu tout flamme mais ce cinéma là est dépassé… ça fatigue.

Facilité enfin dans les poncifs qui émergent du film : on n’échappe pas à sa famille, ni à sa classe sociale, il faut prendre le temps de vivre, l’amour est parfois près de soi, nul besoin d’aller le chercher loin, on ne connait jamais complètement ses parents, il est important de pardonner à ses parents – même morts – pour avancer dans la vie, la musique adoucit les mœurs, les vieux amours peuvent renaître de leurs cendres, etc…

De fait nous restons en dehors de l’histoire et ne sommes pas touchés par les émotions des personnages… sauf peut-être par la solitude de Grégoire en dépit de tous ses efforts pour sortir de sa classe sociale et son amour désespéré pour Louise. Dommage.

Sylvie-Noëlle
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