Affiche du film COSMOPOLIS

Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 25 mai 2012
Réalisé par
Film
Avec , ,
Durée : 1h48min
Titre original : Cosmopolis
Bande-Annonce :

Une limo blanche file dans les rues de New-York. Apocalypse du capitalisme. Mais sommes-nous prêts à en accepter les conséquences. Rien n’est moins sûr. Le dernier film de Cronenberg s’ouvre sur cette phrase ironique : « Un rat devient l’unité d’échange ». Et cette question comme un leitmotiv obsédant « mais où vont les limousines à la nuit tombée ? » hante les pensées d’un gold boy aux traits saillants. Une réponse sera susurrée mais sans grande conviction. Il est question de mariage raté, de rapports humains incompris, de désir d’argent sans amour de l’art, d’égoïsme, de sexe consommé comme exutoire, de perdition. Nihilisme poussé à son paroxysme ? La mise en scène au plus proche des protagonistes ne se résout pas à croire à une fin certaine, parce que la parole et le verbe rachèteraient peut-être l’humanité.

« Je suis devenu une énigme pour moi-même » disait Saint-Augustin. La limo va se voir affliger des coups de bombes de peintures et graffitis, déchaînement d’une foule anarchique qui refuse le monde actuel. Le réalisateur canadien nous propose une vision de notre société au bord de l’asphyxie et pourtant lointaine de notre quotient aseptisé. Pattinson est toujours le vampire blafard, seulement il ne se nourrit plus de sang mais du temps devenu argent. Les hectosecondes sont la nouvelle valeur pour quantifier la richesse. Rapidité des transactions. Mais dans un système où les décimales sont maîtres, les hommes ne peuvent que se révolter parce qu’ils sont faits de chair et de sentiments.

Photo (1) du film COSMOPOLIS

L’important pour Cronenberg n’est pas de donner une réponse, seulement de prouver que la force des mots est parfois plus forte qu’une balle dans la tête.

La violence surgit toujours aussi brusquement, marque de fabrique de Cronenberg. Il a pourtant laissé les machines et l’imagerie gore pour un apaisement faussement maquillé. Matérialisme et théorie, le langage est sa préoccupation. On parle beaucoup dans ce film, de martyres immolés pour donner à penser à nos conditions de vie, à nos aspirations. Le cadrage sur le fil des cheveux blonds d’une riche héritière poétesse à ses heures perdues n’est pas sans rappeler la toile de Spider. Seulement le langage a pris le pas sur l’action, capitaliste et anarchisme se confondent, le film est un prétexte pour dérouler la bobine de la rhétorique. Icare s’est brûlé les ailes à vouloir monter plus haut, nous aussi et l’ultime dialogue qui clôture n’aura pas de point final. L’important pour Cronenberg n’est pas de donner une réponse, seulement de prouver que la force des mots est parfois plus forte qu’une balle dans la tête. Et qu’il suffit de murmurer le nom d’une ancienne maîtresse pour déverrouiller une arme. Une larme sur le visage de Pattinson. Rédemption ?

Notre homme d’affaire tourmenté parcourt les ruelles de Big Apple pour se faire couper les cheveux. Un dernier coup de ciseaux avant de se retrouver face à nos contradictions, tel est sans doute notre futur. Cronenberg montre le langage comme une contagion qu’il faut appréhender avec la plus grande des attentions. Et la limo est déjà loin, prête à repartir au petit matin.

Photo (2) du film COSMOPOLIS