A Lyon se tient actuellement le Festival Lumière, qui du lundi 13 au dimanche 19 octobre met à l’honneur Pedro Almodovar. Comme les précédentes années, ces quelques jours sont l’occasion de voir ou revoir de nombreux classiques en version restaurée ; ainsi Le Blog du Cinéma vous proposera des critiques en fonction des séances et des projections. Aujourd’hui, La Traversée de Paris était à l’honneur au Comoedia. Une excellente opportunité de redécouvrir ce film culte de Claude Autant-Lara, au casting monstrueux constitué de Jean Gabin, Bourvil, et Louis de Funès. Bien mis en scène, avec une sobriété bienvenue, et laissant s’exprimer ses acteurs tous plus talentueux les uns que les autres, La Traversée de Paris tient parfaitement ses 90 minutes et demeure un film tout à fait agréable et particulier dans la production française.

En 1942, Paris est occupé par les forces allemandes et le marché noir se développe alors que la pauvreté s’envahit de la ville. Partant d’une période sombre et encore tabou en 2014, la nouvelle de Marcel Aymé adapté par Claude Autant-Lara devient une comédie désopilante bien aidée par les excellents dialogues de Pierre Bost et Jean Aurenche. On note dans l’écriture, dans les situations et même les personnages un petit côté Michel Audiard, et cela veut tout dire concernant la qualité du film. On prends plaisir à voir ces deux potes d’un nsoir vagabonder dans les rues parisiennes, se faire poursuivre par la police, par des chiens, des loups, des gérants de bar…La façon dont s’enchaînent les situations à la fois absurdes et tout à fait vraisemblables, et les envolées lyriques d’un Jean Gabin en grande forme dans le rôle d’un français un peu grande-gueule et définitivement attachant, tout cela contribuent grandement à la réussite d’un film qui se paye en plus le luxe d’être fort bien mis en scène.
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Pour son film, Claude Autant-Lara a eu l’opportunité de reconstruire des rues entières de Paris afin de tourner en studio. Il n’en fallait pas plus pour que son directeur de la photographie fétiche, Jacques Natteau, profite des excellents décors de Max Douy (notamment lauréat d’un césar pour les décors du génial Malevil ) pour plonger le film entier dans un jeu d’ombre et de contraste fortement influencé par l’expressionnisme allemand. L’éclairage, très marqué, contribue à inscrire le film dans une ambiance particulière passant beaucoup par le visuel. A l’inverse, le découpage du réalisateur se fait très discret. Certes maîtrisé, mais manquant parfois de folie et utilisant un peu trop le plan fixe, la mise en scène de Claude Autant-Lara n’en oublie pas pour autant le principal : filmer Bourvil et Gabin et leur permettre de briller et d’entraîner le spectateur dans leur aventure. Pari réussi, le film passe très vite, et on rit franchement. Avec un regard actuel, La Traversée de Paris peut être vu comme un film historique fort intelligent, dont l’écriture et les situations sont pensées comme une caricature très plaisante de ce qu’il pouvait arriver en France sous l’occupation. En somme, toute l’oeuvre se caractérise par un ton très particulier qu’on ne retrouve que dans les comédies françaises de l’époque, et qui n’est aujourd’hui défendu que par quelques réalisateurs qui comme un certain Michel Hazanavicus.

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[CRITIQUE] LA TRAVERSÉE DE PARIS (1956)

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