Parmi les comédies romantiques présentées durant la 10e édition du Festival du film coréen de Paris, SPELLBOUND était peut-être la plus intrigante et originale. Comme l’explique un personnage du film, une actrice et spécialiste du genre, chaque comédie romantique met en scène un homme et une femme, opposés en de nombreuses choses, mais qui finiront par s’aimer. On suit alors la naissance de leurs sentiments, puis de leur relation jusqu’à l’habituel événement qui provoquera leur séparation temporaire avant le retour de l’un vers l’autre. Si on retrouve sans surprise tout cela dans SPELLBOUND, l’intérêt vient de sa manière d’inclure un autre genre cinématographique, celui du film d’épouvante-horreur.

Synopsis : Jo-Goo, magicien de rue, aperçoit un jour dans la foule une spectatrice d’aspect plutôt fantomatique qui lui donne l’idée du siècle : un spectacle de magie d’horreur. Il lui offre de jouer un rôle dans ce show qui devient rapidement un grand succès. Seulement Yeo-ri, elle, ne participe que peu aux activités de la troupe et ne montre aucun désir de se socialiser. Jo-Goo le prestidigitateur, intrigué par ce personnage atypique, va tenter de cerner les mystères de cette fille dont il est tombé amoureux.

Photo du film SPELLBOUND

Ce mystère nous est rapidement dévoilé. Yeo-ri, la jeune fille étrange, est régulièrement visitée par des morts. La plupart ne sont pas dangereux mais restent dans l’attente de quelque chose de sa part pour pouvoir reposer en paix. A l’exception de l’un de ces esprits, bien plus violent et déterminé à mener la vie dure à Yeo-ri en lui empêchant d’avoir toute vie sociale, et finalement d’être heureuse. C’est pour cela que Yeo-ri est réservée avec ses collègues et qu’elle décline les invitations de Jo-Goo, de peur que ce fantôme ne vienne s’en mêler.

SPELLBOUND utilise donc les codes du genre d’épouvante. Seulement bien plus que des codes, il s’agit avant tout de symboles visuels évocateurs pour le spectateur. Même si on peut retrouver ceux-ci dans le cinéma d’horreur coréen, en France, on pense avant tout à celui du Japon, plus populaire et longtemps mieux distribué. On voit l’évocation de Ju-on (The Grudge, Takashi Shimizu, 2000) avec le fantôme d’un petit garçon. De Ring (Hideo Nakata, 1998) devant l’esprit d’une femme aux cheveux longs qui sort d’un tableau représentant une forêt. Et de Dark Water (Hideo Nakata, 2002) lorsque apparaît du plafond d’une chambre ce même esprit, cette fois dégoulinant. SPELLBOUND ne cherche ni à faire peur, même si quelques frissons se font ressentir, ni à tomber dans une parodie de ces films. Le rire n’est pas moqueur mais est celui d’une comédie horrifique efficace, qui désacralise des images ancrées dans l’inconscient collectif. C’est avec ces passages, qui constituent une grosse première partie du film, que SPELLBOUND nous ravit. D’autant qu’il alterne entre l’humour, porté par le décalage de l’image et des accompagnements sonores et musicaux burlesques, et une part plus dramatique sur la solitude de l’héroïne. Un personnage touchant car délaissé par ses parents et qui ne communique avec ses (deux) amies que par téléphone pour éviter de les mettre en danger.

“SPELLBOUND ne cherche ni à faire peur ni à tomber dans la parodie. Le rire n’est pas moqueur, mais est celui d’une comédie horrifique efficace.”

Seulement si ces passages se révèlent assez originaux et divertissants, il est dommage de voir le film retomber vers le milieu dans de la romance dégoulinante. Malheureusement le réalisateur Hwang In-ho aborde la comédie romantique avec des clichés et des stéréotypes du genre, en particulier dans le rapport entre les personnages. Trop sérieux dans cet aspect, SPELLBOUND devient mielleux et lassant. Le réalisateur, pour qui il s’agissait en 2011 du premier long-métrage, ne semble pas encore sûr du genre qu’il veut traiter. En atteste son second film, Monster (2014), avec lequel il s’attaque au thriller. Malgré un sentiment mitigé, SPELLBOUND reste sympathique, et on tachera de garder de lui la comédie d’horreur au profit de la comédie romantique.

Pierre Siclier
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FESTIVAL DU FILM CORÉEN A PARIS 2015
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[CRITIQUE FFCP 2015] SPELLBOUND

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