À lire également, notre analyse de FREE STATE OF JONES, centrée sur sa portée socio-politico-économique au delà du thème de l’esclavage

Des films sur l’esclavagisme, la ségrégation raciale et la guerre de Sécession, il y en a eu. Un bon nombre d’ailleurs. De franches réussites ou bien des plus mitigés ont défilé dernièrement sur nos écrans. appartient, à n’en pas douter, à cette dernière catégorie, entremêlant avec maladresses le genre du drama-biopic tout en y parsèment des pointes de documentaire.

Se refusant de trancher parmi le faisceau des orientations prises dans la construction de sa mise en scène, ce mélo historique cafouilleux entend retracer l’histoire d’une vie, d’un incroyable destin. Celle de Newton Knight, campé par l’inévitable , un fermier d’un État du Mississipi (Sud, esclavagiste), se retrouvant malgré lui au milieu d’une guerre sanglante. Il décide, à la suite d’un choc, de déserter et d’abandonner le combat dont il ne reconnait pas la légitimité. C’est par la force des choses qu’il va se retrouver propulsé leader de la rébellion progressiste, au cœur d’un territoire résolument décidé à ne pas voir son modèle sociétal s’effondrer.

Passé une exposition longuette, FREE STATE OF JONES s’attache à narrer l’infatigable insurrection d’hommes, autoproclamés libres, face aux résistants Sudistes, sans grand panache. , aux commandes de l’écrasant premier Hunger Games, avait l’ambition de nous décrire la cruauté de ce conflit, de nous éclabousser de la bravoure de son héros, et par dessus tout, de contextualiser l’histoire dans l’Histoire. Par conséquent, il échafaude sa réalisation en un tryptique drame / biopic / documentaire ARTE. La première de ces composantes reste très classique, adaptant le point de vue de Newton Knight à travers les années et les ellipses. Les scènes dramatiques étant entrecoupés de segments belliqueux forts réussis, reconnaissons le, restent très en deçà de l’électrochoc empathique. Là où un formalisé 12 Years a Slave parvenait à libérer les émotions, FREE STATE OF JONES joue, à contrario, maladroitement sur les événements malheureux, peu aidé par un montage illisible.

MATTHEW McCONAUGHEY stars in THE FREE STATE OF JONES

Bien sûr, Gary Ross replace tout son récit dans un passif américain faisant, nécessairement, acte de résonance d’une actualité de plus en plus anxiogène. C’est ainsi que les grandes avancées temporelles sont régulièrement accompagnées d’images d’archives, de photographies et de textes explicatifs. Le long-métrage revendique donc un aspect pédagogique, certes intéressant, mais à peine contextualisant. Aussi, la généalogie des Knight est exploitée dans un récit parallèle, nous ramenant dans les USA des années 1940. Dans un fâcheux procès, nous découvrons la descendance de Newton, clouée au banc des accusés, témoin historique de la vive et durable blessure laissée par ce conflit. Cette dernière facette scénaristique constitue ainsi le prolongement dans le temps d’un pays meurtri au plus profond de son humanité. Ceci étant elle n’apporte rien de plus convaincant, ou même, de significatif à FREE STATE OF JONEShormis des longueurs, s’il en fallait plus, à un long-métrage déjà quasi fleuve. 

« Malheureusement, le métrage est phagocyté par l’omniprésence d’un Matthew McConaughey mal dirigé, s’éparpillant dans une architecture multi-facettes, dépourvue de ses saillantes paillettes. »

Gary Ross adule Matthew McConaughey, c’est une évidence. Ce dernier occupe largement l’espace sur ces deux heures et dix neuf minutes. Son jeu, désormais reconnaissable entre mille, se rapproche ostensiblement de l’inspecteur Cole (True Detective, saison 1). Cette nonchalance à laquelle nous sommes accoutumés, laissant traîner les phrases et mots en longueur, n’évoque donc rien de neuf. Dès lors, c’est l’intégralité des personnages secondaires qui passe à la trappe. Amputés de tout développement substantiel, réduits au triste statut de faire-valoir. Non loin de décevoir, FREE STATE OF JONES rêvait en grand, portait l’ambition de mystifier le combat respectable de Newton Knight. Malheureusement, le métrage est phagocyté par l’omniprésence d’un Matthew McConaughey mal dirigé, s’éparpillant dans une architecture multi-facettes dépourvue de ses saillantes paillettes.

Sofiane

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