Le biopic sur l’icone du funk James Brown a connu une gestation difficile. En effet, il ne sort en salles 8 ans déjà après le décès de l’artiste et Spike Lee, réalisateur engagé initialement dans le projet qui avait tout d’abord les allures d’un simple documentaire, a cédé sa place à Tate Taylor, réalisateur de La Couleur des Sentiments. Ce dernier, même s’il n’a pas l’aura de Lee dans le domaine de la défense de la communauté afro-américaine, va néanmoins réaliser ici un film assez fidèle et respecteux du “Parrain de la Soul”.

Dans la forme, la narration non linéaire dans le temps, le personnage principal qui brise le “4ème Mur” en s’adressant directement au spectateur et l’omniprésence de la musique donnent un ton propre à Get On Up, loin des biopics trop sages et ronronnant de ces dernières années et par conséquent totalement adapté au funky Mister Dynamite. On regrettera peut-être juste la timidité du film à évoquer pleinement certains aspects plus controversés de la vie de l’artiste comme ses addictions, son engagement auprès des Black Panthers ou encore ses affaires de violences conjugales. Ces épisodes sont tout de même évoqués mais le long-métrage se concentre principalement sur l’enfance dramatique et le parcours artistique de son héros. Tate Taylor livre donc ici une biographie plus groovy qu’engagée, mais qui fonctionne dans les grandes lignes, si l’on excepte certaines longueurs (2h19 tout de même).

Photo du film Get On Up

© Universal

Par ailleurs, le casting est assez “sage” avec peu de têtes réellement “hype”. On y croisera entre autres Dan Aykroyd (Blues Brothers, SOS Fantômes) en producteur de l’artiste ou encore Nelsan Ellis (Lafayette dans la série True Blood) en ami du chanteur Bobby Byrd mais aucun acteur ne vole la vedette à James Brown malgré un jeu efficace. Et quel James Brown que celui livré par Chadwick Boseman, jusqu’ici connu pour des apparitions dans des séries policières et des biopics sportifs ! Il incarne réellement le Parrain de la Soul avec le grain de folie nécessaire dans le regard, le rythme et la qualité vocale pour les scènes musicales (quand elles ne sont pas extraites des réelles performances de Brown) et le timbre de voix adapté.

« Un film totalement regardable et agréable pour les aficionados du Parrain de la Soul. »

On appréciera également les dialogues, notamment les tirades de James Brown où il parle de lui à la troisième personne, ainsi que l’omniprésence de la musique du chanteur qui de “Get up (I feel like a) Sex Machine” à “Get up offa that Thing”, en passant par “The Payback” ou encore “Night Train”, et en mêlant versions studio et versions live, couvre l’ensemble du talent funk du musicien. Au final, Get On Up souffre de quelques défauts, principalement ceux inhérents au genre du biopic (longueurs, une certaine forme d’auto-censure…), mais son rythme et la performance de Chadwick Boseman en font quand même, si ce n’est un indispensable, au moins un film totalement regardable et agréable pour les aficionados du Parrain de la Soul.

Éric

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