Pour sa deuxième réalisation après Another Earth (2011), qui mêlait le drame relationnel à la science fiction, Mike Cahill arrive toujours à convaincre visuellement mais malheureusement pèche un peu sur le plan du scénario. Avec I, ORIGINS, il développe son discours à travers deux parties, une relation amoureuse et une étude scientifique, mais ne va jamais vraiment au bout de chacune, nous laissant indécis avec le sentiment qu’il manque quelque chose. En cumulant les emplois (l’Américain, âgé de 35 ans, est ici réalisateur, scénariste, producteur, monteur et directeur de la photographie) Cahill fait se succéder toutes sortes de bonnes idées, aussi bien à l’image que dans son sujet, mais sans parvenir à lier l’ensemble.

Ian Gray (Michael Pitt), un jeune scientifique tente de prouver que l’œil humain est issu d’une série d’évolutions à travers les espèces. Sa théorie viendrait alors infirmer l’existence des croyances religieuses.
Durant une soirée, Ian rencontre une mystérieuse jeune fille au visage caché qui ne laisse entrevoir que ses yeux. Il parvient à les prendre en photo avant qu’elle ne parte brusquement. Il ne songe qu’à la retrouver. Ca sera chose faite grâce à ce qui semble être un coup de pouce du destin. Ian entame alors une relation avec la jeune fille, Sofi (Astrid Bergès-Frisbey), tout en poursuivant son étude sur l’œil.

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© Jelena Vukotic

I Origins annonce dès son titre le mélange des théories. Prononcé Eye (œil en anglais) il renvoie à l’origine de l’œil humain que tente de trouver Ian à travers ses recherches. L’écriture I (Je) peut faire référence à Dieu dans la Bible. Mike Cahill ne se focalise pas pour autant sur une seule religion et n’emploie jamais le terme de Dieu. Il serait davantage question de réincarnation et il se rapproche surtout de la religion indienne (au cœur de la dernière partie du film). Le titre unit ainsi science et croyances, représenté au sein du film par l’union d’Ian et Sofi.
Avec l’œil au centre de tout, Mike Cahill se devait d’apporter un maximum de soin à l’image. Cette dernière est irréprochable. Au-delà des gros plans d’iris assez fascinants, c’est l’ensemble du film qui dispose d’une attention particulière. On ressent une sensibilité et une simplicité agréable. Le tout accompagné par une bande son envoûtante en adéquation avec l’image qu’elle accompagne.

”Malheureusement le réalisateur saute les étapes et bâcle son scénario pourtant prometteur”

De ce simple œil, que certains considèrent comme la « fenêtre de l’âme » (la formule revient au poète symboliste belge Georges Rodenbach, mort en 1898), le réalisateur amène le film vers des questions philosophiques et spirituelles qu’il confronte à la science. Si ces questions apparaissent logiquement à travers les recherches d’Ian, c’est surtout au sein de sa relation avec Sofi que le discours a lieu. Lui, rationnel, croit aux preuves de la science. Elle, jeune et insouciante, croit en un Créateur et à une présence mystique. Cela fait l’objet de petites querelles entre eux où chacun essaie de convaincre l’autre.
A ce jeu là Sofi se montre un peu plus maligne, utilisant les connaissances scientifiques d’Ian. Alors qu’il est parvenu à greffer un œil à un ver, elle lui explique que cette créature, qui jusque là ne disposait que de deux sens, va découvrir désormais des choses qu’elle ne pouvait imaginer ou ressentir. Par exemple la lumière pourtant présente autour de l’animal. Peut être que l’Homme qui dispose de cinq sens est limité comme ce ver et est donc dans l’incapacité de percevoir le monde mystique qui l’entoure. Une théorie qui laisse Ian muet. Cette histoire d’amour entre ces personnages aux idéologies opposées séduit rapidement. Elle bénéficie des talents d’Astrid Bergès-Frisbey et d’un Michael Pitt excellent qui se montre crédible autant en jeune chercheur dans la première partie du film qu’en père de famille dans la seconde.

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Jelena Vukotic

Cette relation vient se superposer à l’étude scientifique d’Ian, qu’à ce stade on a presque fini par oublier… En effet les scènes de recherche au laboratoire d’Ian sont assez rares. Plutôt que de faire de cette recherche une sorte d’enquête qui apporterait un certain suspense, le réalisateur l’aborde avec beaucoup de détachement. Cela place l’étude en second plan, la rend presque insignifiante puisqu’il n’y a pas de réel partage avec le spectateur.
Mike Cahill, par ailleurs, décide de mettre un terme à la présentation de la relation amoureuse de manière aussi brutale qu’inattendue dans une scène où l’horreur dépasse le pathétique. Malheureusement à partir de là, le réalisateur va trop vite. Il saute les étapes et bâcle son scénario pourtant prometteur – un rebondissement sorti de nulle part lui permet ainsi de développer dans la dernière partie du film, l’hypothèse spirituelle, sans pour autant la soutenir…
Bref. I, ORIGINS reste un très beau film, mais avec un sujet tellement passionnant qu’on regrette juste qu’il n’ait pas fait l’objet d’un développement plus complet.

CASTING
Titre original : I Origins
Réalisation : Mike Cahill
Scénario : Mike Cahill
Acteurs principaux : Michael Pitt, Astrid Berges-Frisbey, Brit Marling, Steven Yeun
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 24 SEPTEMBRE 2014
Durée : 1h46mn
Distributeur : Twentieth Century For France
Synopsis : Sur le point de faire une découverte scientifique, un médecin part en Inde à la recherche d’une jeune fille qui pourrait confirmer ou infirmer sa théorie. Le film retrace le voyage incroyable qui va relier des individus totalement différents, et prouver que la science et les sentiments ne sont pas deux univers séparés…
BANDE-ANNONCE

[critique] I Origins

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