Je fais partie de ces spectateurs un peu psychorigides qui n’apprécient pas beaucoup les suites, excepté dans quelques circonstances particulières (Le Parrain ou bien les séries prévues de longue date, comme Star Wars). Indian Palace : Suite royale en est évidemment une, le réalisateur remettant le couvert après un premier volume plutôt réussi en 2012, qui fut un ‘sleeper hit’, un succès inattendu. On retrouve donc la même bande de retraités ou presque, bien installée dans sa nouvelle vie à Jaipur, une vie organisée autour du ‘Best Marigold Hotel’, tenu par le pétillant Sonny Kapoor (Dev Patel). Après le succès de son établissement pour « elderly and beautiful » (seniors mais sexy), ce dernier tente en effet de constituer une filiale en allant à la pêche aux partenariats financiers afin d’ouvrir, devinez quoi, un second hôtel ! (D’où le croustillant titre original, ).

Tout le monde est de la partie dans cette nouvelle aventure. Evelyn (), qui prospecte des tissus. Douglas (), toujours pas décidé à lui avouer ses sentiments. Madge (), bien décidée, elle, à trouver l’âme sœur auprès de riches Indiens. Norman (Ronald Pickup) et Carol (Diana Hardcastle), qui eux se sont déjà trouvés. Et l’inénarrable Muriel (), cultivant son caractère ronchon à l’accueil de l’hôtel qu’elle tient dorénavant. Il ne manquerait plus qu’un juge, une soubrette et deux ou trois cordes pour rejouer les Dix Petits Nègres. Rien de tout cela ici, heureusement. Indian Palace 2 est d’abord un feel-good movie, qui rappellera par certains côtés Mamma Mia !, où Meryl Streep s’entourait cette fois de Pierce Brosnan et Colin Firth dans son auberge grecque. On y retrouve la même ambiance, celle d’un bon repas convivial entre amis, les épices en plus.

© 20th Century Fox

© 20th Century Fox

Le point fort d’Indian Palace 2, et ce fut également vrai pour son prédécesseur, est en vérité son mélange d’influences, combinant le classicisme du cinéma occidental et l’exubérance de Bollywood dans une immense fusion chaotique. A côté de Dame Maggie Smith, entretenant son flegme shakespearien, a l’air d’un tourbillon vitaminé, forçant sur l’accent indien et les costumes sortis des romans de Rudyard Kipling. Il est en tout cas un bon ambassadeur, et si vous ne ressentez pas une soudaine envie d’Inde après ce film, alors c’est que vous avez sûrement piqué un roupillon. Les monumentales chorégraphies dont le cinéma indien s’est fait une réputation ne font qu’ajouter à cette sensation, en forme d’aller gratuit pour l’ensorcelante Jaipur, sans quitter son siège.

« Indian Palace 2 est d’abord un feel-good movie, […] combinant le classicisme du cinéma occidental et l’exubérance de Bollywood. »

On est loin cependant de la comédie franchouillarde. On parlera à juste titre de comédie-dramatique, interrogation sur le temps comme source d’angoisse, sans aller malgré tout jusqu’à s’apitoyer sur ces pauvres petits vieux. Oui, Judi Dench et Maggie Smith sont aujourd’hui octogénaires. Bill Nighy et (qui campe un mystérieux écrivain amateur) ont tous deux passé le cap des 65 ans. On ne peut pas vraiment dissocier Penelope Wilton de Isobel Crawley, son personnage de veuve au grand cœur dans Downton Abbey. Mais va-t-on sincèrement les plaindre, ces sages de l’écran ? Pas du tout. Cet hôtel familial, dans son concept, est un hymne à l’acceptation de l’inéluctable, un hymne anti-morosité aussi. Il nous dit que les bonnes choses surviennent parfois tard et ses pensionnaires en sont l’illustration parfaite, eux qui ont quitté leur confort à un âge où d’autres se morfondent dans des maisons de santé. A travers eux, les acteurs et actrices exorcisent leurs propres fantômes et revendiquent leur droit à continuer. A ne pas être abandonnés par une industrie qui leur oppose des collègues chaque fois plus jeunes et physiquement plaisants. Le cinéma, ça n’est pas que des joues lisses. Ce peut être aussi un visage marqué, un reflet de la vraie vie face au fléau de la chirurgie esthétique dans le 7e Art.

Une suite était-elle nécessaire, se demande finalement le psychorigide en moi. Ces problèmes avaient déjà été traités par l’original. Il faut bien confesser, après toutes ces louanges, que le filon s’épuise un peu, que l’on ne sourit plus autant en dépit de l’argument du casting, plutôt sans reproche. Une affaire de profit ? Allons bon, se divertir en compagnie de comédiens que l’on apprécie, ça n’a pas de prix. Avec ce numéro deux, on pressent néanmoins que l’histoire a atteint son point de rupture, comme la touchante scène de clôture le prouvera. Et si on s’arrêtait là ? 

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INFORMATIONS


Indiana-Palace-2-affiche

Titre original : The Second Best Exotic Marigold Hotel
Réalisation : John Madden
Scénario :
Acteurs principaux : Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy, Dev Patel, Richard Gere, Celia Imrie
Pays d’origine : Royaume-Uni
Sortie : 1er avril 2015
Durée : 2h02
Distributeur : Fox Searchlight Pictures
Synopsis : Huit mois après les évènements du premier opus, la bande de retraités séjournant au Best Exotic Marigold semble s’être faite à sa nouvelle vie indienne. Sonny, propriétaire de l’établissement, ne pense quant à lui qu’à ouvrir un second hôtel et s’apprête à se marier.

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Aventure
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Aventure

C’est tout à fait ça, un feel-good movie, notamment grâce à Dev Patel, son personnage est savoureux ! (Et les danses, quel plaisir ! Moi qui aime les films Bollywood, je n’ai pu qu’apprécier le spectacle)
Par contre, petite rectification : Penelope Wilton n’interprète pas la comtesse Violet Crawley (c’est le personnage de Maggie Smith) dans Downton Abbey, mais celui de Isobel Crawley :)

robert
Invité
robert

Indian palace – suite royale (2015) (The second best Marigold Hotel)
Ou la saison de trop.

Le premier film était sympathique et le projet bien mené.
Une brochette de grands et vieux acteurs plus ou moins déprimés, se retrouvaient aux Indes, par hasard, dans le même petit hôtel. Avec pour chacun, quelque chose d’intéressant à raconter. Et bien entendu des interactions mouvementées. Les histoires étaient nouvelles, cela donnait envie d’écouter, de regarder…

Le sympathique choc des civilisations était bien mis en scène, même si on pouvait déplorer une certaine condescendance de ces petits blancs envers les indigènes. Si si, relisez Huntington, vous verrez.
A noter qu’avant c’étaient les pervers qui écumaient les pays émergents, maintenant ce sont les vieux retraités qui cherchent à s’en mettre impudiquement jusque là. Le tout grâce à leur avantageux pouvoir d’achat, un brin néo-colonial.
Il faut bien que les uns et les autres aient besoin de se sentir un peu au dessus, pour se décider à se déplacer dans ces bassines à microbes au sein de cette contrariante pauvreté (deuxième degré)

Ce nouvel opus ne déroge pas aux tristes règles du genre « suite ».
On retrouve les protagonistes du numéro 1, les uns après les autres, comme au théâtre. Manque juste la claque derrière.
Mais cela sent sérieusement le formol à présent.
Le tout est sans surprise, car ce sont absolument les mêmes bases qu’avant. On rajoute un Richard Geere pour que la soupe n’ait pas trop un goût de déjà bu. Mais le mal est fait. On s’ennuie.

Les rebondissements sont prévisibles. En tout cas, on sait exactement quand ils doivent se produire. Quand au rebondissement lui-même, le scénariste a le choix des variantes.
A côté du dictionnaire de rimes, du catalogue de synonymes, du livre des quiproquos pour les nuls, il doit bien avoir à sa disposition un bouquin qui ressasse tous les rebondissements possibles.
Bien sûr il peut tenter de compliquer à l’envie pour tenter de nous surprendre. Avec des « vous voyez ce n’était pas ce que vous croyiez ». De toute façon, ce sont des efforts inutiles. Cela en devient de moins en moins crédible et de plus en plus déprimant.

Peu d’intérêt à part de tenter de remplir les poches des avides producteurs, du réalisateur essoufflé et de cette brochette de vénérables acteurs de talent mais qui semblent vraiment ici en fin de piste. C’est sans doute voulu… mais pas tant que cela.

Cependant la prise de vue est bonne et la musique aussi. De quoi faire un joli fond d’écran.

Un autre psychorigide