Après deux premiers volets efficaces et enthousiasmants, IP MAN 3 se rate quant à lui dans les grandes largeurs. Alors que les deux précédents scénarios parvenaient à maintenir une certaine rigueur historique tout en y exaltant leur teneur dramatique – Ip Man (2008) plantait son décor dans les années 1930 pendant l’invasion de l’armée japonaise de la ville de Foshan tandis qu’Ip Man 2 (2010) s’intéressait à l’arrivée du maître à Hong-Kong et les difficultés rencontrées pour ouvrir son école de Wing Chun (art martial chinois) – le scénario de ce troisième épisode perd pratiquement toutes ces qualités d’écriture. En effet, les deux premiers films avaient eu l’intelligence d’intégrer une dimension tragique aux sensationnelles chorégraphies qui parsemaient le récit à l’image de cette scène d’anthologie dans le premier film où Ip Man affrontait dix combattants japonais pour venger la mort d’un ami. Ou encore, à l’image de cet affrontement entre le boxeur anglais et Ip Man qui, dans le deuxième film, s’inscrivait dans la pure tradition du film de Kung-fu, à savoir démontrer la suprématie d’un art martial par rapport à l’autre.

Photo du film Ip Man 3

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En outre, cette saga possède de nombreux points communs avec celle des Rocky (1977-2016). A l’instar de l’acteur/réalisateur Sylvester Stallone, Donnie Yen a parfaitement su donner ses traits, ou plutôt ses bras et ses jambes, à la figure emblématique du Wing Chun (les deux épisodes intermédiaires signés Herman Yau, Ip Man : la légende est née et Ip Man : Le combat final, ne peuvent en effet tenir la comparaison tant les deux autres interprètes d’Ip Man sont un cran en dessous de Yen en matières de pratiques martiales). Techniquement irréprochable, Yen est l’archétype de l’artiste martial confirmé qui excelle dans de nombreuses disciplines (taekwondo, MMA, tai-chi) au point d’en faire oublier certaines lacunes de jeu. Il suffit pour s’en convaincre de revisionner certaines séquences de Flashpoint (2007) ou de Kung-fu jungle (2014). La structure narrative des films fait également référence à la celle de certains Rocky avec, par exemple, une dimension prolétaire et sociale dans le premier et des élans nationalistes dans le second. Mais les défauts d’écriture propre à ce troisième volet qui, maladroitement choisit de s’éparpiller en sous-intrigues lourdingues à l’image de celle qui amène le (trop court) combat contre Mike Tyson – promoteur immobilier pour l’occasion (sic), reflètent par certains égards l’attitude complaisante des auteurs du film. Souhaitant rentabiliser sur le dos de leur figure héroïque, ils en viennent à parodier un univers et un personnage de manière totalement incongrue et aberrante (cf. l’apparition grotesque de Bruce Lee).

“Il est tout à fait passionnant de voir la star hongkongaise Donnie Yen tenter Ip Man après Ip Man, de rejoindre, voire dépasser, ces illustres prédécesseurs que sont Bruce Lee et Jet Li.”

Si le duel entre Tyson et Yen a tout du « pétard mouillé », on remarque qu’un tel combat – fantasmatique aux yeux des cinéphiles amoureux du genre – revêt d’une importance toute particulière pour la carrière de son acteur principal. En effet, il est tout à fait passionnant de voir la star hongkongaise tenter, films après films, de rejoindre, voire dépasser, ces illustres prédécesseurs que sont Bruce Lee et Jet Li (Li et Yen ont d’ailleurs tous les deux interprétés Chen Zhen, héros de La fureur de vaincre (1972), immortalisé à jamais par Bruce Lee). A la vie comme dans les arts martiaux, tout est affaire de suprématie nationale, puis internationale. Ainsi, affronter une star mondiale (Chuck Norris, Dolph Ludgren, Mel Gibson, Jason Statham, etc.) a tout de la reconnaissance ultime pour l’artiste martial chinois ; sorte de Saint Graal cinématographique, ou simple porte d’entrée à Hollywood – ses seconds rôles dans Highlander 4 (2000), Blade 2 (2002) et Shanghai Kid 2 (2003) n’ayant jamais donné suite – ce type de duel doit offrir à Yen la possibilité de franchir de nouvelles frontières. En 2016, il est notamment attendu dans la suite de Tigre et Dragon réalisé par Yuen woo-ping (chorégraphe d’IP MAN 3) et surtout, dans ce qui pourrait être le rôle de la renommée internationale, le spin-off de Star Wars, Rogue One, à bientôt 53 ans (à titre de comparaison, Jackie Chan a 44 ans dans Rush Hour et Jet Li a 35 ans dans L’Arme Fatale 4). Bien que les puristes préféreront toujours les affrontements entre deux artistes martiales confirmés – Jet Li vs. Donnie Yen (Il était une fois en Chine 2) ou Jing Wu vs. Donnie Yen (SPL) – ces face-à-face « mondialisés » traduisent une volonté très vidéo-ludique – le modèle empirique de notre époque – de faire affronter les plus grandes forces de la nature tous pays confondus lors de combat homérique.

Photo du film Ip Man 3

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Toutefois, une fois la case marketing remplie, Wilson Yip monte une nouvelle histoire traditionnelle de suprématie entre Yen et un pauvre porteur de pousse-pousse interprété par Jin Zhang. En attendant de connaître l’identité du véritable maître du Wing Chun, le film empile les séquences (kidnapping, mafia immobilière, etc.) qui se concluent généralement par une scène de combat collective un brin redondante. Et lorsque arrive ce fameux duel entre experts, Wilson Yip réintègre cette dimension tragique qui animait les lignes de force dramatique des précédents films, du moins la verve sentimentale, disons-le rarement subtile, que les cinéastes hongkongais manient de manière extrêmement généreuse pour ne pas dire ostentatoire, voire outrancière. La chorégraphie du combat final jouant essentiellement sur les ralentis et les projections de corps (et du sang) assume ses effets dramatiques au détriment d’une exigence ou performance martiale des comédiens. Un mal qui germait déjà dans les précédents combats et qui, ici, dévoile les limites de ce type de représentation pour le moins caduque. Peut-être la conséquence filmique du diptyque The Raid de Gareth Evans qui privilégiait face aux effets démonstratifs une rigueur martiale (le Silat) et une violence jusqu’au-boutiste. Finalement, si mauvaise soit l’écriture scénaristique, ce sont bien les scènes de combats, c’est-à-dire leur originalité et leur chorégraphie, qui seront juger en premières instances dans ces films d’arts martiaux. Et aux regards de ces scènes-clés, ce troisième opus ne fait que reproduire la « formule gagnante » des deux précédents. Sans aucune idées visuelles ou chorégraphiques innovantes, Wilson Yip et Donnie Yen sont en « pilotage automatique » ce qui laisse évidemment à penser qu’IP MAN 3, pur objet mercantile, offre une bien piteuse sortie à un personnage historique, érigé en légende, puis en icône par les différents films, et qui ne méritait en rien le pastiche et la vulgarisation dont il fut la victime pour son dernier hommage.

Antoine Gaudé

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INFORMATIONS

Copyright M6 Distributions

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Titre original :葉問3
Réalisation : Wilson Yip
Scénario : Lai-yin Leung, Edmond Yong, Chan Tai-li
Acteurs principaux : Donnie Yen, Mike Tyson, Patrick Tam, Jin Zhang, Lynn Hung…
Pays d’origine : Hong-Kong
Sortie DVD : 27 avril 2016 en DVD
Durée : 1 heure 45 minutes
Editeur : M6 Distributions
Synopsis : Lorsque qu’une bande de gangsters dirigée par un promoteur immobilier corrompu cherche à prendre le contrôle de la ville, Ip reprend du service. 

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