Il s’agit de mon tout premier film de Nagisa Ôshima, que je chronique pour accompagner une rétrospective consacrée à l’auteur par l’Institut Lumière de Lyon, du 28 avril au 3 mai 2015.

LE PETIT GARÇON observe un petit garçon de 10 ans, Toshio (Tetsuo Abe) vivant en 1966 au Japon, avec son père, sa belle-mère, et son petit frère de 3 ans.

Cette famille n’est pas commune : il s’agit d’arnaqueurs. Au départ amateurs, ils deviendront au fil du film, “professionnels” dans leur domaine. Leur combine est ultra-simple : simuler un heurt avec une voiture, accuser le conducteur d’imprudence puis, lui demander une somme conséquente en échange du retrait d’un hypothétique dépôt de plainte.
Chaque membre de la famille fait partie à son échelle, de l’escroquerie. Le père, commanditaire, la mère, exécutrice, le fils, en apprentissage, le bambin, raison officielle de poursuivre ces larcins.

Nagisa Ôshima suit ce petit monde avec une caméra-réalité fort troublante. Une caméra pas particulièrement originale, hormis quelques très jolis plans, ou ces filtres soudains… Mais qui, par la fixité ainsi qu’une distance optimale, force l’immersion dans leur intime. Et ce, dès les premiers plans – focalisés sur le petit garçon. Celui-ci y évolue entre schizophrénie et délires propres à l’enfance. Par l’intermédiaire de la caméra, le spectateur se sent d’emblée voyeur; sentiment toujours dérangeant lorsqu’il s’agit de représentation de l’enfance. Un rapport trouble qui sera ensuite différemment confirmé, par la violence froide mais jamais dénoncée commise envers ce petit garçon Nous faisant presque regretter de n’avoir pas plus profité de la bulle singulière des premières minutes;

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Le petit garçon (comme les autres membres de la famille) est constamment confronté à un choix: embrasser sa destinée toute-tracée, symbolisée par l’uniforme qu’il portera dans chaque plan du film – ou succomber à cet appât du gain rapide, facile mais éthiquement répréhensible. Ces personnages tragiques sont en réalité complètement prisonniers d’une spirale de la déliquescence par l’addiction. À l’argent, à l’affection.

Cette famille dysfonctionnelle symbolise pour moi, ce Japon des 60’s victime de son Histoire; Un Japon en état de vulnérabilité économique, sociale, politique et morale… Un Japon post-occupation américaine, qui se retrouve sujet à la percée du capitalisme occidental, contaminant les valeurs les plus traditionnelles et bousculant les comportements sociaux les plus évidents. Prostitution, corruption, drogues… Ces déviances jusque là culturellement confinées connaissent une percée marquante durant cette période… Une source d’argent bien-entendu illégale, mais également quasi-illimitée. Le proxénétisme déguisé du Petit Garçon en est pour moi une métaphore.
D’un autre coté, la mentalité japonaise visant toujours au dépassement de soi rentre en conflit avec cette humilité forcée causée par la Capitulation. En découle une certaine difficulté, en tant qu’individu, à trouver sa place dans la société.

C’est un peu tout cela que matérialise cette famille; la jeunesse, qui doit se construire sans repères véritable; l’homme, symbole d’un pays humilié par les “blessures de guerre”et s’en servant comme justification à un capitalisme déviant; la mère symbole d’une nation très moderne (son style), mais attachée à ses dogmes et coutumes (sa confiance inconsidérée envers le “chef de famille”).

“Un geste politique fort et intemporel qu’il est important de découvrir et qui permet une certaine remise en contexte de ce qu’est la société japonaise.”

LE PETIT GARÇON possède ce discours très authentique capable de résonner à travers les époques.
Le parcours de l’individu – en soi, passionnante et dérangeante fuite-en-avant vouée à la déstructuration familiale – se mêle avec l’histoire du pays. Celle du Japon des 60’s comme celle du Japon d’aujourd’hui. Un geste politique fort et intemporel, qu’il est important de découvrir et qui permet une certaine remise en contexte de ce qu’est la société japonaise.

Il s’agit bien évidemment, d’une analyse particulièrement personnelle… Une reconstitution distante d’une Culture et de son Histoire, réalisée uniquement par le prisme du cinéma. De Fukasaku à Kurosawa (Kyoshi), en passant par Miyazaki….
J’invite donc tous ceux qui seraient plus spécialistes que moi, à laisser leurs avis dans les commentaires.

Le film sera présenté en salles à L’Institut Lumière, en présence de Charles Tesson, le 28 avril 2015 à 20h, et le 2 mai 2015 à 18h30

INFORMATIONS

NAGISA ÔSHIMA
Le Petit Garçon
La Pendaison
La cérémonie
À l’Institut Lumière du 28 avril au 3 mai 2015

Titre original : Shonen
Réalisation : Nagisa Ôshima
Scénario : Nagisa Ôshima
Acteurs principaux : Tetsuo Abe, Tsuyoshi Kinoshita, Akiko Koyama
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 4 mars 2015 – Date de sortie DVD : 11 mars 2015
Durée : 1h45min
Distributeur : Carlotta Films
Synopsis : L’histoire d’un petit garcon de dix ans, de sa famille et du monde autour de lui. Pour survivre, les parents de l’enfant pratiquent une escroquerie à laquelle ils l’initient.

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[critique] LE PETIT GARÇON de Nagisa Ôshima (1969)

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