Synopsis : Francis et Marie, deux amis, tombent amoureux de la même personne. Leur trio va rapidement se transformer en relation malsaine où chacun va tenter d’interpréter à sa manière les mots et gestes de celui qu’il aime…

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 29 septembre 2010
Réalisé par
Film
Avec , , Xavier Dolan
Durée : 1h35min
Bande-Annonce :

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Xavier Dolan, prodige canadien dont Cannes consacre le talent à chacun de ses films (Prix Regard Jeune en 2009 et 2010 et la Queer Palm en 2012) n’a que 23 ans et a déjà réalisé trois films. Les amours imaginaires fait suite à J’ai tué ma mère et précède Laurence Anyways. Le québécois est si investi dans chacun de ses films qu’il légitime la création du néologisme, cinéma dolanien. Le scénario, les dialogues, le montage, la bande originale, les costumes sont autant de segments où Xavier Dolan est seul maitre à bord. Un film dolanien est une expérience très intime – se laisser emporter ou détester.

Deux amis proches, Francis et Marie tombent amoureux du même jeune homme, Nicolas, un séducteur malgré lui, un bourreau des cœurs à son insu. Cet amour commun qu’ils n’assument pas les éloignera pour finalement les opposer.

Xavier Dolan livre un véritable film d’auteur, entre humour et désespoir amoureux, Les Amours Imaginaires est une grande réussite.

Le film s’intéresse au sentiment amoureux en tant que tel. Plus précisément, c’est l’amour solitaire, celui qui n’est pas partagé qui mobilise l’œuvre. L’amoureux éconduit fantasme, par définition, la réalité. L’amour est alors une illusion, une couche de rêve que l’on cherche à calquer sur la désobligeante réalité. Le sexe y est triste car l’amant n’est jamais la personne aimée mais peut être un réconfort. Ces scènes tournées aux filtres de couleurs (façon Le Mépris) sont les exemples les plus marquants de la finesse du regard de Dolan. On remarque une plus grande aisance du réalisateur à filmer la sensualité masculine que féminine.

Malgré le propos assez méta, Xavier Dolan ne navigue pas dans de sombres sphères d’abstractions, il demeure en empathie avec ses personnages. Lui-même amoureux de l’amour, c’est une caméra très lyrique qu’il utilise. Tous les artifices cinématographiques sont employés pour figurer la solitude, le délire et l’amertume de l’amour contrarié. C’est ici que le réalisateur en énerve certains. Il est tellement confiant de ses dispositifs formels qu’une certaine prétention ronflante peut lui être reprochée. Nous pensons, au contraire, que sa sensibilité, son humour et la grande qualité de sa bande originale sauvent entièrement la forme. Le lyrisme est assurément la forme qui convient le mieux à la représentation du sentiment amoureux. A ce titre, le film tranche avec le cynisme et le minimalisme ambiant. Dolan n’a jamais peur d’en faire trop, il assume totalement son emphase.

Les ruptures maniées intelligemment par le réalisateur font oublier les petites irritations de son maniérisme. Il s’agit en premier lieu du rythme qu’il insuffle à ses dialogues. En un regard, les deux amis devenus rivaux  passent de la complicité à l’hypocrisie légèrement voilée aux propos les plus acerbes. Autre rupture, celle entre l’histoire principale et de courts moments de confidence d’inconnus (filmés façon témoignages documentaires). Le québécois raccroche ainsi l’anecdotique à l’universel et ancre son histoire dans le réel. Ce dispositif rappelle Godard, ses mises en abîme. On imagine que le réalisateur français de la Nouvelle Vague a été une grande inspiration pour Xavier Dolan. En effet, les thèmes abordés, les multiples références et ce dialogue du fond et de la forme (il utilise ici une illusion de réalité -faux témoignages – pour évoquer la fantasmagorie de l’amour – onanisme intellectuel, bonjour !) rappelle l’œuvre de Jean-Luc Godard.

Ces moments-là  et beaucoup d’autres dans le récit principal (notamment la ridiculisation de Every breath you take) sont hilarants. Le film échappe définitivement à la prétention que nous pouvions craindre grâce à cet humour cinglant  sur notre bêtise face à l’amour.

Les amours imaginaires est le film d’un homme de 21 ans d’un talent immense qui parvient à retranscrire son infinie sensibilité à l’écran. Xavier Dolan livre un véritable film d’auteur, entre humour et désespoir amoureux, Les Amours Imaginaires est une grande réussite.