À LIRE ÉGALEMENT – notre critique positive du film !

Avec son rôle dans Drive (2011), de Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling avait pris une véritable ampleur en tant qu’acteur. Bien plus qu’un beau physique, il a incarné depuis avec excellence et intensité des personnages souvent complexes et hantés par un lourd passé. Pour LOST RIVER, Gosling décide de s’effacer entièrement et reste derrière la caméra pour réaliser son premier long métrage. Un film présenté à Cannes en 2014, remonté, et dont la sortie en salle a été repoussée à plusieurs reprises. Jamais de très bonne augure. Et cela se confirme. Car même si le film n’est pas un raté, disposant de vraies qualités visuels et de quelques jolies trouvailles, l’ensemble manque clairement de personnalité et n’offre rien de bien original.

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

© Bold Films Productions

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En octobre 2014, le Showeb de rentrée permettait de découvrir les bandes-annonces des films à venir. N’ayant pas d’images à montrer pour LOST RIVER, Gosling avait préparé une vidéo amusante où le réalisateur Nicolas Winding Refn présentait à sa place (en voix off sur le visage statique de l’acteur) le film qu’il s’appropriait volontairement. On était loin d’imaginer à cet instant l’ironie qui en découlerait. Car tout au long de LOST RIVER, les plans, la mise en scène, le cadrage et la photographie rappellent directement les dernières œuvres de Terrence Malick, Nicolas Winding Refn ou encore Derek Cianfrance (The Place Beyond The Pines), les réalisateurs avec qui l’acteur a collaboré récemment. Gosling semble clairement inspiré par ces réalisateurs, mais pas par ce qu’ils ont produit de mieux. Plutôt que le magnifique The Tree of Life, de Terrence Malick c’est davantage sa caricature A la merveille qui vient à l’esprit. Un décalage entre l’image et des dialogues (voix off intra-diégétique) ou des plans filmés caméra à l’épaule proches des acteurs le regard au loin qui rappellent immédiatement les effets de Malick. Egalement l’ambiance est davantage à prendre du côté de l’ennuyeux et uniquement visuel Only God Forgives plutôt que de Drive de Winding Refn. Car il faut l’admettre LOST RIVER est d’une grande beauté. Ryan Gosling est pour cela allé chercher Benoît Debie, le directeur de la photographie d’Enter the Void, de Gaspard Noé, et Beth Mickle, la chef décoratrice de Drive et Only God Forgives. Les deux techniciens plongent le film dans une esthétique sublime, des couleurs flashy et kitchs, venant contraster avec une ville morte qui brûle à petit feu. Une ville fictive (tourné à Detroit) rappelant cette fois l’ambiance qui planait autour de The Place Beyond The Pines.

”Sans offrir quoi que ce soit d’original puisque déjà vu de manière plus construite chez les réalisateurs déjà nommés, LOST RIVER a vite fait de lasser”

Caché dans cet ensemble les rares idées de mise en scène, un brin personnelles, du réalisateur font désordonnées. Un long plan panoramique vertical par ici, une multitude d’angles de caméra improbables pour casser les codes par là. Il en va de même sur les longues séquences. Bien que fascinante, la scène de danse malsaine de Ben Mendelsohn devant Christina Hendricks cloisonnée et effrayée, tombe de manière surprenante au milieu du reste de la réalisation, sans véritable lien. Cela reste d’ailleurs à l’image du scénario qui ne raconte pas grand-chose en dépit de son potentiel. Avec chaque protagoniste une intrigue se dessine pour diriger le film. Seulement sans jamais en exploiter une définitivement, l’ensemble devient étouffant et alourdi ; Bones est face au dangereux Bully (génial Matt Smith). Il se lie également à Rat qui, elle, doit gérer sa grand-mère inerte depuis des années. De son côté Billy (la mère de Bones) doit accepter la proposition étrange de son banquier Dave et travailler dans une sorte de cabaret gore. Si dans l’ensemble les acteurs parviennent tout de même à porter le film, ce n’est pas le cas d’Eva Mendes, absolument interchangeable tant son rôle est insignifiant. Cette dernière, compagne de Gosling dans la vraie vie, n’apparaît que pour faire jolie.

© Bold Films Productions

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Finalement sans offrir quoi que ce soit d’original puisque déjà vu de manière plus construite chez les réalisateurs déjà nommés, LOST RIVER a vite fait de lasser. Gosling n’a pas vraiment d’histoire et se contente d’un visuel beau, à la limite du fantastique. L’impression d’avoir tourné en rond est d’autant plus forte après la séquence finale, pourtant pleine d’intensité (enfin), qui se conclue, et le film avec donc, d’une simplicité déconcertante.

Les autres sorties du 8 avril 2015

POURQUOI J’AI PAS MANGÉ MON PÈRE, THE HUMBLING, LOST RIVERJAMAIS DE LA VIECLOCHETTE, CAKE, PROFANATION (et Miséricorde), L’ASTRAGALE, DARK PLACES, HISTOIRE DE JUDAS, LEOPARDI, etc

INFORMATIONS

8 avril 2015 - Lost River

CRITIQUE
CONTRE-CRITIQUE
 RENCONTRE avec Ryan Gosling et Reda Kateb

• Titre original : Lost River
• Réalisation : Ryan Gosling
• Scénario : Ryan Gosling
• Acteurs principaux : Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Iain De Caestecker
• Pays d’origine : U.S.A
• Sortie : 8 avril 2015
• Durée : 1h45min
• Distributeur : Warner Bros (États-Unis) The Jokers/Le Pacte (France)
• Synopsis : Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

BANDE-ANNONCE

[contre-critique] LOST RIVER

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