À LIRE ÉGALEMENT : notre critique positive de FRANK

Inspiré de l’histoire vraie de Chris Sievey – mais seulement inspiré, le film étant majoritairement une fiction –, FRANK s’annonçait, dès l’annonce du projet, comme un objet filmique délicieusement transgressif. Racontant le destin d’un groupe de musique d’originaux dont le leader porte constamment un masque, le quatrième film de , s’il est sorti il y a déjà un an outre-manche, n’arrive qu’aujourd’hui dans nos salles françaises.

Sur le papier, il était assez étonnant de voir la présence de , le visage constamment caché derrière cette grosse tête cartoonesque. Choix de carrière étonnant mais néanmoins assez enthousiasmant quand on connaît le talent du comédien. Bien qu’il soit la figure de proue du film, Fassbender est loin d’en être le seul élément intéressant : , et viennent compléter le casting.

Malgré ses airs de film marginal de ce mois de février, FRANK en demeure très loin : si on passe outre le masque de son acteur principal, le film d’Abrahamson se complait dans un classicisme formel, entre produit indé calibré et petit drame gentillet anecdotique. C’est là le cœur du problème : FRANK évoque des fous, sans folie. Il n’y a presque aucune idée de mise en scène, l’idée du masque n’est jamais exploitée autrement que pour des gags ou des séances drama pas très originales. Abrahamson est un faiseur correct, mais loin d’être un bon réalisateur : son cinéma n’a pas de saveur, pas d’odeur, et pour ce genre de projet c’est une impasse évidente.

© Irish Film Board

© Irish Film Board

Il avait pourtant toutes les cartes en main : Michael Fassbender est sensationnel, dans une interprétation subtile s’appuyant sur les non-dits, les non-joués, les sous-entendus et l’implicite. Son personnage transpire d’humanité, de richesse émotionnelle : il parvient à bouleverser, mais n’inspire jamais la pitié. Le reste du casting est complètement éclipsé par sa présence, mais reste plus que solide, notamment dans les séquences musicales.

Les ficelles narratives sont plutôt prévisibles – et malgré quelques éléments plutôt surprenants (notamment ce qui concerne la nature véritable de Jon, le principal protagoniste du film), FRANK suit une ligne directrice très balisée. Il parvient à toucher, à poser des questions intelligentes, mais jamais à emporter son spectateur, demeurant constamment dans ce carcan scénaristique regrettable. Et c’est vraiment dans sa sublime scène finale – même si le tout dernier plan est de trop – que le film atteint enfin cet état de grâce qu’on a attendu pendant quatre-vingt-dix minutes. Ambiguë, intelligemment réalisée, à la fois d’une folie totale et d’une grande douceur, cette conclusion porte son regard enchanté sur ces originaux au rang d’œuvre d’art.

”Michael Fassbender est sensationnel.”

Réflexion non camouflée sur la marginalité et sur l’ambition, FRANK évite toute facette moralisatrice et c’est une qualité. Porté par un Michael Fassbender dans un des meilleurs rôles de sa carrière – on a l’impression de répéter ça à chaque nouveau film –, le film de Lenny Abrahamson est pourtant un énormément potentiel gâché. On retiendra ses interprètes, sa bande-originale très réussie et sa scène finale mémorable. Le reste n’est que trop familier, sans aucun enjeu d’écriture ou de mise en images.

Les autres sorties du 4 février 2015

CASTING

4 février FRANK



– CRITIQUE
– CONTRE-CRITIQUE

Titre original : 
Réalisation :  Lenny Abrahamson
Scénario :   Jon Ronson, Peter Straughan
Acteurs principaux : Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal
Pays d’origine : Angleterre, Irlande
Sortie : 4 février 2015
Durée :  1h35min
Distributeur : KMBO
Synopsis : Jon, un musicien en devenir, rejoint un groupe de pop excentrique, dont le leader déjanté s’appelle Frank.

BANDE-ANNONCE