Il y a déjà trois ans, la sortie de La Danza de la Realidad signait le come-back inespéré de l’un des cinéastes les plus cultes et influents des écrans contemporains : , tel un Malick chilien, revenait à plus de 80 ans avec la première partie d’une saga autobiographique. Trois ans plus tard, c’est POESIA SIN FIN, lui aussi financé par les fans du réalisateur, qui sort dans nos salles. Dès le départ, c’est une évidence, on est face à une suite directe du précédent volet du cinéaste chilien, et il sera difficile de l’appréhender tant thématiquement que scénaristiquement (notamment les relations entre personnages) sans avoir vu La Danza de la Realidad.
C’est presque de l’art naïf que réalise encore une fois Jodorowsky. Dans ses couleurs, dans son trait allégorique et dans ses personnages difformes, on retrouve du Douanier Rousseau, un dessin enfantin – à cela près que la nudité y est banalisée, comme une poutre indispensable de cet ensemble fou, délirant, candide et bon-vivant. Plus qu’un simple auteur, c’est une porte d’entrée à un univers, à un imaginaire incomparable.

POESIA SIN FIN, comme son prédécesseur, entreprend la tâche difficile de relater l’existence d’un homme. Non pas exhaustivement, mais sensoriellement. Des sons, des flashs, des émotions, des rêveries – comme un artisan de la fiabilité fluide de nos souvenirs, Jorodowsky s’amuse de la folie visuelle de notre mémoire. C’est là que son art s’épanouie le mieux, trouvant – entre l’abstraction, la métaphore et l’humour absurde – comme une sincérité totale, pure et déchirante.

”On chante, on vit, on fait l’amour, on explore et on découvre, c’est parfois chaotique, mais il y a pourtant un squelette cohérent derrière ces éparses moments de vie.”

Des multiples facettes – tant politiques qu’existentielles – de POESIA SIN FIN, l’une d’entre elles touche plus que les autres : ce rapport à la filiation, à la figure du père, presque invisible, dont lui et son enfant sont ironiquement interprétés par les deux fils de Jodorowsky. Cet amour couplé à de la haine, cette admiration couplée à un refus, c’est finalement ce baiser inachevé et regretté auquel Jodorowsky rend un hommage, dressant autant sa photo de famille que son propre autoportrait.
Alors que le bateau s’éloigne une seconde fois, le cinéaste nous murmure à nouveau « à suivre ». Le rendez-vous de cette année, s’il était sans grande surprise, souligne toutefois la vivacité et l’inventivité de son créateur. Jodorowsky, à presque quatre-vingt-dix ans, demeure un délice. On chante, on vit, on fait l’amour, on explore et on découvre. cC’est parfois chaotique (certains diront même confus), mais il y a pourtant un squelette cohérent derrière ces éparses moments de vie : un esprit qui se forge, et dont le parcours donne un sens à son expression contemporaine. Fascinant.

KamaradeFifien

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