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Après un passage de l’autre côté de l’Atlantique avec New York Melody, dans lequel Keira Knightley se lançait dans la création d’un album original en guise de pied de nez à son ex, le John Carney revient à son Irlande natale avec SING STREET.

Révélé par Once, où un couple se formait autour de leur passion pour la musique, le réalisateur (et ancien bassiste) garde la même volonté (propre aux trois films) de construire son œuvre entre récit classique et passages musicaux, parfois proches de clips vidéo. En dépit de toute sa sensibilité, Once y trouvait dans cette omniprésence musicale justement son principal défaut. Car dès lors que la musique ne parvenait à intéresser, l’ennui se laissait gagner face à une histoire limitée à trop peu de choses. New York Melody de son côté se révélait bien plus agréable, grâce à un scénario plus consistant (personnages et sous-intrigues variés). Avec SING STREET le réalisateur poursuit son expérimentation de la musique au sein d’une œuvre filmique. Mais cette fois, c’est en allant puiser dans son propre vécu qu’il parvient, à la fois à justifier et rendre évidente cette utilisation musicale, et à nous captiver par une histoire riche et intime pleine de fraîcheur.

Photo du film SING STREET

© Mars Films

A Dublin, dans les années 1980, tandis que l’Irlande, en pleine récession économique, voit sa population immigrer en masse vers l’Angleterre dans l’espoir de trouver du travail, le jeune Conor, quinze ans, change de lycée pour une école chrétienne publique où règne la loi du plus fort ; élèves comme professeurs. Inspiré par les clips de Top of the Pops de l’époque, Conor monte un groupe dans le but premier de passer du temps avec Raphina, jeune fille mystérieuse qui vit en face de son école et qui devient bien vite sa muse et l’actrice de ses clips.

Avec cette histoire de romance adolescente, John Carney s’éloigne drastiquement de ses précédentes réalisations et propose cette fois une vraie histoire originale – sans être autobiographique, ses films précédents laissaient trop entrevoir la proximité entre les fantasmes de son réalisateur/compositeur et ses œuvres – à laquelle l’identification devient naturelle. Car la musique n’est pas simplement un moyen pour Conor de séduire la belle Raphina (sublime et envoutante Lucy Boynton) mais plutôt un outil de construction à un âge rempli d’indécisions. Cela passera par le style vestimentaire comme musical du groupe (et de Conor donc). En alternant de la pop façon Duran Duran au look de David Bowie (années Ziggy Stardust évidemment) en passant par le style gothique des Cure, Conor devient une représentation de la musique populaire des années 1990 en Grande-Bretagne. Ces mêmes musiques qui accompagnent justement le film. Tandis qu’il n’utilisait que des compositions originales pour Once et New York Melody (écrites en collaboration), Carney propose cette fois des musiques additionnelles parfaites, des Clash à Motörhead en passant par The Jam ou a-ha, qui viennent toutes se greffer à l’univers et aux thématiques de SING STREET.

“Une histoire riche et intime, pleine de fraîcheur.”

Evidemment comme chaque adolescent Conor se cherche. Et sous les conseils de son grand-frère, qui l’initie à la musique, Conor évolue et apprend à comprendre ses sentiments et à s’en servir pour la création de sa musique. Pour autant, le réalisateur évite de tomber dans le cliché de « l’adolescent looser mais attachant, martyrisé par la brute du lycée ». Au contraire, il propose là un jeune homme qui n’a pas froid aux yeux et n’a pas peur de s’opposer à l’autorité – les Clash chantant I Faught The Law apparaît alors comme une évidence dans son opposition avec son professeur principal.

On retrouve ainsi dans SING STREET la même volonté du réalisateur de mettre en image de véritables clips vidéo. Si on restait sceptique sur l’utilisation répétée de ce procédé pour New York Melody, le réalisateur dispose ici du sujet parfait pour pouvoir expérimenter autant que rendre hommage. Car c’est autant dans sa bande sonore particulièrement réfléchie – globalement les compositions originales semblent sortir tout droit des années 1980 – que dans sa réalisation que Carney parvient à reproduire l’ambiance d’origine. Des looks de ses personnages, aux lieux utilisés en guise de décors pour les clips, nous découvrons la naissance de ce qui pourrait être un vrai groupe irlandais des années 1980.

Photo du film SING STREET

© Mars Films

En parvenant à nous garder dans le rythme durant ces passages musicaux – où il se permettra même une sympathique référence à Retour vers le futur et à La Fureur de vivre – le réalisateur évite que l’ennuie ne s’installe, comme cela pouvait parfois être le cas avec Once ou New York Melody. Preuve de la maturité et de l’expérience acquises par le réalisateur. Celui-ci nous fait suivre la courte aventure de Conor avec autant d’humour, de tendresse et de drame. Un parfait mélange obtenu par le développement des personnages qui accompagnent son protagoniste principal. Ses parents, qui ne cessent d’être en conflit et s’apprêtent à se séparer, oubliant l’affect sur leurs enfants. Son frère, plein de regrets, n’ayant jamais pu vivre sa passion comme Conor et qui voit ce dernier le dépasser. Et bien sûr Raphina, pleine de détresse et dont les décisions sont rarement judicieuses. SING STREET apparaît au final comme la continuité des deux précédents films de Carney, avec davantage de maîtrise et une sensibilité personnelle toujours plus forte.

Pierre Siclier
Lire notre interview de l’actrice Lucy Boynton
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peurouYAEL IFRAH-GIROTboursol Recent comment authors
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boursol
Invité
boursol

Tr_s bon film que je recommande. Merci pour cet article

YAEL IFRAH-GIROT
Invité

super film. message. acteurs. on y sort rassasiés

peurou
Invité
peurou

superbe film .
merci merci