Les habitants de Jivatpur sont galvanisés par le voyage de l’un d’entre eux, parti conquérir « Umrika ». L’Amérique, ils la découvrent à travers les cartes postales qu’il envoie. Mais quand il cesse d’écrire, son petit frère se lance à sa recherche.

Pour le réalisateur indien Prashant Nair, il y a dans ce scénario d’UMRIKA une part de vrai. Pour avoir souvent voyagé et fait la découverte de cultures différentes, il expliquait la portée universelle de son film. S’il s’agit ici d’une population indienne, fascinée par l’Amérique qu’elle fantasme, l’effet serait, selon lui, le même avec un texan qui imaginerait Paris. Chose que le cinéma hollywoodien a longtemps fait (et fait encore par moment) avec les romances des années 1950 (Drôle de Frimousse, Ariane…). Cependant avec UMRIKA, Prashant Nair sépare son film en deux. Portant dans un premier temps sur le regard amusant des indiens sur les coutumes américaines qu’ils découvrent à travers des photos et des lettres envoyées par l’un d’entre eux. Puis dans un second, dans un registre résolument plus dramatique, où la réalité est dévoilée. Non pas la réalité de l’Amérique, mais celle qui se cache derrière les lettres. En mélangeant avec finesse deux genres tout en respectant une cohérence d’ensemble, UMRIKA se montre surprenant et émouvant.

Umrika

Après le départ d’Udai, en route pour l’Amérique tant convoitée, sa famille se retrouve confrontée à son absence. Une épreuve que vivra difficilement sa mère. Leur quotidien, nous le vivrons sous le regard de Ramakant, petit frère d’Udai, incarné par Suraj Sharma – véritable star indienne révélée avec L’Odyssée de Pi. C’est d’abord l’enfance de notre futur héros qui s’offre à nous, accompagnée par la voix de Suraj en off qui nous raconte le récit. Grâce aux nombreuses ellipses, le film parvient à rebondir constamment et à offrir un rythme soutenu. Car ici le ton est à l’humour et aux situations comiques. Par les commentaires sur l’Amérique imaginée à partir de simples photos – de la découverte de toilettes aux hot dog, dont la saucisse, interdite en raison du caractère sacré des animaux en Inde, sera remplacée par une carotte. Mais également dans la relation des parents de Ramakant. Sa mère, une femme au fort caractère, dicte sa loi à son mari, soumis et sans défense. Ainsi, en dépit des mauvaises nouvelles qui suivront, il y a constamment un amusement mêlé à de l’affection qui se dégage de leur duo. Mais alors qu’il fait avancer son film, Prashant Nair nous dirige discrètement vers un drame familial. Dès lors que Ramakant se décide à partir à la recherche de son frère, l’ambiance générale prend une autre tournure. C’est désormais le présent qui se dessine, la voix off devenant absente au même titre que les ellipses.

“Un flot d’émotions variées qui nous laisse avec une profonde mélancolie.”

Désormais les paysages sublimes de montagne aride et le village sont délaissés pour laisser place à la ville. Le réalisateur capte parfaitement cette partie urbaine rongée par la pauvreté. Mais dans le fond il s’agit bien de nous présenter une relation mère / fils des plus déchirante. Ramakant allant jusqu’à privilégier le bonheur de sa mère au sien. Toute la tragédie viendra de cet amour pollué par les non dits. UMRIKA nous fait vivre par sa série de rebondissements un flot d’émotions variées et nous laisse avec une profonde mélancolie. Avec ce film, Prashant Nair colle au renouveau du cinéma indien depuis quelques années, qui tend à s’éloigner du modèle de Bollywood, comme l’on avait pu le voir dernièrement avec The Lunchbox de Ritesh Batra.