Que ce soit en littérature ou au cinéma, le genre du polar noir vise l’accessibilité afin de séduire un public de plus en plus large. Les codes du genre sont largement connus et il est aujourd’hui très facile de tomber dans tous les écueils narratifs : écriture des personnages, déroulé des enquêtes, formalisme esthétique, clichés des situations… À titre d’exemple, la première saison de True Detective, le très efficace La Isla Minima ou plus récemment Triple 9 arrivaient habilement a joué de ces spécificités pour construire un récit haletant et suffocant. Si l’on retrouvait bien une galerie de personnages typique du film noir (flic divorcé ou/et torturés, politiques corrompus, mafia étrangère…), la mise en scène parvenait à hisser ses œuvres à un  niveau bien plus haut que le classique thriller du samedi soir. Ce qui n’est pas le cas d’UN  TRAÎTRE IDÉAL, polar d’une rare paresse doublé d’une adaptation qui ne fera certainement pas honneur à John Le Carré.

Comme d’habitude, quand un film ne se suffit pas à lui même, on va nous le vendre parce que “c’est l’auteur qui vous a offert La Taupe” ou bien le réalisateur s’est fait remarqué il y a quelques années avec un métrage solide. Souvent, la présence de cette phrase sur les affiches visibles depuis les couloirs des réseaux souterrains est un mauvais signe. Ce dernier – écrivain – est donc devenu le chouchou des studios producteurs de films d’espionnage. Après La Taupe, Un homme très recherché, voici donc UN  TRAÎTRE IDÉAL mis en scène par Susanna White.

Photo du film UN TRAÎTRE IDÉAL

Contrairement à ce qu’on peut généralement dire d’un thriller “de bonne facture“, UN  TRAÎTRE IDÉAL ne remplit pas le cahier des charges et ne fait certainement pas le boulot. Les romans de John Le Carré font souvent appel à des rouages très complexes de sous intrigues menées par des personnages écrits avec une précision étonnante. Que dire de plus donc de cette adaptation si ce n’est qu’elle est décevante et inutilement clichée ? Des situations dont la crédibilité narrative est proche du néant en passant par un tableau grotesque de personnages manichéens tout doit sortis d’une parodie, UN  TRAÎTRE IDÉAL accumule les erreurs d’écriture. Quant à l’intrigue a proprement parler, elle souffrira de la comparaison avec le roman quand bien même une adaptation s’apprécie en tant que telle. Mais le constat est là : en l’absence d’un scénario bien ficelé, le long métrage perd le spectateur malgré la putassière présence de scènes explicatives sorties de nulle part. D’autres moments viendront totalement enfoncer UN  TRAÎTRE IDÉAL dans un mélange infecte tourbillonnant de poncifs, où notamment, la banlieue parisienne sera encore à l’honneur. Et c’est terriblement décevant de la part de Hossein Amini, scénariste acclamé de Drive.

“Plat, sans ambitions et exécuté dans la paresse, Un Traître Idéal agace plus qu’il ne divertit.”

Devant un casting alléchant, le gros point noir du long métrage montre progressivement le bout de son nez à la marge d’une direction d’acteurs chaotique. Entre un Ewan McGregor décrédibilisé et un  insupportable Damian Lewis – pourtant excellent dans HomelandStellan Skarsgård surnage difficilement dans ce film aussi creux qu’invraisemblable. Mal aidés par un script brumeux, la brochette de starlettes hollywoodienne ne convainc pas. Sous la houlette de Susanna White, ce petit monde s’agite pour finalement s’effacer devant la faiblesse scénaristique. Tout en poursuivant un idéal du film noir, il n’y a rien de neuf ou d’exaltant, tant en mise en scène qu’en schéma narratif. En effet, la réalisation de Susanna White reste classique voire trop académique pour le genre (photographie sombre, plans obliques, musique lourde et étouffante…) à défaut d’y trouver sa propre personnalité. Plat, sans ambitions et exécuté dans la paresse, UN  TRAÎTRE IDÉAL agace plus qu’il ne divertit.

Sofiane
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