A travers Django, Etienne Comar signe un premier long-métrage qui rend sublimement hommage à l’homme, à l’artiste et à son peuple.

Premier biopic sur Django Reinhardt, le père du jazz Manouche, DJANGO retrace uniquement ses années sous l’occupation, de l’été 1943 à la Libération. L’intention du réalisateur était de montrer que par sa musique si particulière et habitée, le musicien contribua, à sa façon, et sans en être vraiment conscient, à la Résistance. Bien qu’il soit Tzigane, Django bénéficiait de l’admiration et de la protection des allemands qui l’incitèrent fermement à effectuer une tournée dans leur pays, mais ce dernier ne put se résoudre à l’idée de soumettre aux volontés et au plaisir des ennemis de son peuple. Le film évoque ainsi ses années de gloire à Paris puis son passage à Thonon-les-Bains dans l’espoir de gagner la Suisse pour échapper à cette tournée. Si la majorité des faits sont réels (retracés à l’aide du petit-fils de l’artiste), Etienne Comar a pris la liberté de les « agencer » différemment pour soutenir son propos avec plus d’intensité. Cela n’enlève rien à ce qui se révèle être un bijou d’esthétisme et d’éloquence.

DJANGO

Django entouré de sa mère et de sa femme, inquiets face aux descentes des nazi dans leur campement

De la scène d’ouverture aux dernières images de DJANGO, Etienne Comar nous transporte dans un épisode de l’histoire sans cesse porté à l’écran par le prisme de la Shoah, de la déportation du peuple juif, mais quasiment jamais à travers celui du génocide Tzigane. En ce sens, déjà, le réalisateur rend humblement hommage à ce peuple exterminé par les nazi avec la même barbarie. Avec pudeur et délicatesse, sans clichés exubérants, il nous enveloppe de leur chaleur, de leur solidarité, de leur sens merveilleusement élargi de la famille et bien sûr de leur musique. Sans doute cette justesse s’explique t-elle principalement par la composition du casting, qu’il s’agisse des musiciens, des membres du campement, ou de la famille de Django – qui sont tziganes mais pas acteurs et dégagent donc une authenticité non feinte. La personnalité exceptionnelle de Nigros, la mère de Django (Bimbam Merstein) et la douceur bienveillante de sa femme Naguine (Beata Palya), en sont d’ailleurs le plus beau reflet…

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Mais de toute évidence, la réussite de DJANGO tient à Réda Kateb qui l’interprète de façon magistrale. Etienne Comar lui offre son plus beau rôle jusqu’alors et il le porte avec tant d’élégance et de naturel qu’il récoltera sans doute les plus grands honneurs. Il faut avouer également que l’écriture du rôle est intelligente et permet d’explorer de multiples facettes, parfois méconnues, de Django Reinhardt. Le réalisateur, autant que son comédien, parviennent à susciter une empathie croissante envers l’homme qu’il était, au delà de l’admiration que l’on peut avoir d’emblée pour son talent. Au départ, presque suffisant tant il est conscient de son succès, il se sent hors de toutes considérations liées à la guerre en tant qu’artiste, il en est même indifférent au sort réservé à ses pairs. Mais il en vient progressivement à réaliser qu’il est malgré lui concerné et que sa musique peut lui procurer le pouvoir de protéger les siens. Cette prise de conscience se fait grâce à l’intervention de Louise (Cécile de France, toute aussi parfaite) qui est un personnage de fiction mais représente les femmes de l’intelligentsia artistique parisienne qui adoraient Django et l’attiraient vers un milieu différent du sien. Peu à peu se révèle l’homme, le chef de famille et de tribu même, celui qui fait la fierté de sa communauté et sur qui tout le monde compte.

DJANGO

Louise et Django à Thonon-Les-Bains, dans l’attente de son passage en Suisse

Au fil des images absolument magnifiques et de ces mélodies si personnelles, DJANGO dépeint de la plus belle façon qui soit l’importance de la musique pour l’humanité en ce qu’elle porte la vie en elle et permet de se projeter, l’espace d’une chanson ou d’une danse, dans un univers où la guerre et l’Occupation n’existent plus. Pour Etienne Comar, le jazz manouche est une musique « trans-générationnelle qui, par le charme et la jouissance immédiate qu’elle provoque, a quelque chose d’envoûtant, de vital et salvateur ». Django Reinhardt a fini par le comprendre et son surnom (il s’appelait Jean) qui signifie « je réveille » apparaît prédestiné… Celui qui reste l’un des musiciens les plus influents du siècle dernier, leader du Hot club Quintet de France, avait su faire d’un handicap sa plus grande force (il ne pouvait utiliser que deux doigts de sa main gauche suite à un incendie dans sa roulotte à l’âge de vingt ans). Au prix d’un acharnement sans répit et d’une détermination sans faille, DJANGO nous montre de quelle façon, grâce à ce style si particulier qui lui imposait de balader ses doigts sur le manche de sa guitare à une vitesse folle, cet homme savait réveiller l’étincelle de vie en chacun de ses auditeurs, peu importe les circonstances. Mais c’est aussi avec beaucoup d’émotion que le réalisateur termine par le Requiem pour mes frères Tziganes composé par Django Reinhardt durant l’Occupation. Un morceau qui symbolise tout ce qui comptait pour cet homme : la musique et la famille, et la grandeur avec laquelle il se déploya grâce à ces deux composantes.

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] DJANGO
Titre original : Django
Réalisation & Scénario : Etienne Comar
Acteurs principaux : Reda Kateb, Cécile de France, Béata Palya
Date de sortie : 26 avril 2017
Durée : 1h55min
4.0Excellent
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