se heurte à son double juvénile avec ce thriller qui aurait pu sortir il y a 20 ans, mais enrobé par la technologie d’aujourd’hui. Suffisant pour faire passer la pilule ?

Cinéaste prolifique bien que relativement discret et véritable touche à tout, a souhaité relever un nouveau défi technologique en acceptant de tourner le script de . Jugez plutôt : confronter Will Smith à son double de synthèse avec 30 ans de moins, le tout capté en 3D mais aussi 4K et en 120 images par secondes. Avec ces annonces spectaculaires ont suivies des promesses, notamment celle de faire entrer le cinéma d’action dans une nouvelle ère, un peu comme l’avait fait Avatar en son temps. Gemini Man est un film de commande pour un auteur-réalisateur qui collabore avec le même acteur de After Earth sur le même genre : le thriller SF. C’est exactement ce qu’avait tenté M. Night Shyamalan et le résultat n’avait pas été forcément très probant. Comme nous ne sommes pas masochistes (car nous n’y retournerons pas), nous ne saurons vous dire ce que vaut Gemini Man dans une salle de cinéma non équipée car pour notre part, nous avons assisté à une projection affublée du logo 3D+ avec une inévitable paire de lunettes vissée sur la tête. Et une nouvelle fois, force est de constater qu’à deux scènes près, leur intérêt s’est avéré quasiment nul.

Au-delà des divagations techniques (est-ce filmé constamment à 120 images par secondes ou redescendons-nous parfois à 60 ?), la première « chose » qui nous saute aux yeux est la laideur visuelle des premiers plans qui ouvrent le film. L’image est surexposée, les couleurs bien vilaines et nous avons la désagréable sensation d’assister à une vidéo youtube en salles, sauf que Will Smith se balade au milieu de décors d’un mauvais goût étonnant. Sans doute est-ce le prix à payer avec les nouvelles caméras utilisées. Présenté dans sa routine de tueur professionnel lors du prologue, Henry Brogan (Will Smith) est une sorte d’arme létale qui commence à vieillir, mais reste le meilleur de sa catégorie. Le problème, c’est qu’il se met aussi à penser, ce qui ne va pas être du goût de ses supérieurs. Il va vite se rendre compte qu’il est au centre d’un projet un peu tordu, pour lequel il a été cloné. Emmenant dans sa fuite la très sympathique , il se retrouve traqué par son double alors qu’il cherche des réponses. Ce pitch avait encore la côte à la fin des années 90, dans les actionners que nous regardons désormais avec une certaine tendresse, une larme au coin de l’œil, car ils représentaient une époque désormais révolue. Le problème n’est pas tant de nous le resservir en . Le problème c’est de constater que tous les clichés d’il y a 30 ans, sont toujours présents : mauvais dialogues, antagoniste idiot aux délires mégalos (), manque flagrant d’épaisseur du personnage féminin qui est là juste pour apporter le fameux zeste de charme. Et un peu d’humour. Et ce n’est qu’après la projection que l’on a appris que le projet a été ressorti d’un tiroir datant de 1997…

Qu’à cela ne tienne, Gemini Man ne sera pas un modèle d’écriture, mais au moins saura-t-il nous satisfaire là où on l’attend vraiment : le spectacle ? La réponse est un peu oui mais beaucoup non. Le chaud et le froid, surtout le froid. Explications.

Un embarrassant moment de cinéma, techniquement perfectible et à l’intrigue réchauffée pour la énième fois.

La première grosse séquence d’action du film se transformant en une course-poursuite effrénée à moto va nous faire découvrir bien des choses : la réalité du 120 images/secondes, un brio indéniable dans la scénographie d’un long plan, la multiplication de plans recourant à la vue subjective typée jeu vidéo « fps » et enfin Junior. Junior, c’est Will Smith à 20 ans, il porte des lunettes de soleil et il se déplace comme un super-héros défiant la gravité. Il est assez excitant et drôle de voir la star du film tenter de se dépêtrer de lui-même, qui lui court après et semble être programmé pour tuer, sans aucun sentiment, un peu à la manière d’un Terminator premier du nom. Une sorte de némésis qui ne vous lâche pas. Junior a tout de la prouesse technique annoncée, l’espace d’un instant, lors d’un plan, bluffant pendant quelques précieuses secondes, avant de ne ressembler à rien d’autre qu’à un tas de pixels lissé et à l’animation très douteuse l’image d’après. Malgré la virtuosité technique de la séquence la plus impressionnante du film, la perfectibilité de certains détails empêchent l’immersion la plus totale. À moins que l’on accepte de payer une place de cinéma pour aller voir du jeu vidéo, ce à quoi ressemble bien trop souvent Gemini Man dans ses scènes d’action.Ces scènes ont la fâcheuse tendance, une tendance une nouvelle fois héritée des années 90, de se dérouler de nuit ou bien dans la pénombre dans une pièce. Censées nous époustoufler, elles finissent par nous agacer car tout va trop vite sans que l’on y voit clairement quoi que ce soit. L’utilisation des ralentis n’apporte pas grand-chose en cela qu’ils ne sont pas vraiment justifiés et au final, toutes ces scènes se comptent sur les doigts d’une main. Car au fil des minutes, Gemini Man mute et devient autre chose que le duel effréné « Will Smith contre Will Smith » placardé en haut de son affiche. Il nous ennuie puis nous gêne lorsqu’il tente maladroitement d’introduire l’intime et l’émotion au sein d’une production . L’intention est louable mais les thématiques abordées nous ont déjà été servies à toutes les sauces, des décennies durant dans le cinéma hollywoodien. Et souvent avec plus de finesse.

Plus vraiment en mesure de nous surprendre, Gemini Man se saborde lui-même en s’enlisant dans des dialogues longuets et creux avant de dégainer sa baston finale dans une arrière-boutique, de nuit ( ! ). Il remue même le couteau dans la plaie lors d’un happy end bien trop long et embarrassant. Ang Lee doit à présent rapidement se ressaisir.

Loris Colecchia

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GEMINI MAN, affronter son passé - Critique
Titre original : Gemini Man
Réalisation : Ang Lee
Scénario : Darren Lemke, David Benioff, Billy Ray
Acteurs principaux : Will Smith, Clive Owen, Mary Elizabeth Winstead, Benedict Wong
Date de sortie : 02 Octobre 2019
Durée : 1h57min
1.5Mini Moi
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