Les cinq pièces faciles (Five Easy Pieces) représentent les partitions de musique classique qui façonnent le film éponyme de Bob Rafelson. Considéré comme l’un des plus beaux chef d’oeuvre du cinéma indépendant US des années 1970, FIVE EASY PIECES est un précurseur du genre des road-movies. Fort heureusement, Bob Rafelson y incorpora, en sus, les tourments d’une errance déchirante, décrivant dès lors le sacrifice d’une génération laissée à l’abandon.

Le récit : “Un jeune fils de bonne famille, musicien au grand avenir, a renoncé à sa carrière pour devenir ouvrier et épouser une serveuse de bar. Il retourne au foyer voir son père malade, vit une brève aventure avec la petite amie de son frère et finit par tout abandonner en partant sur la route.”

image de FIVE EASY PIECES

Ce jeune paumé, vous l’aurez compris, est campé par le légendaire mais non moins torturé Jack Nicholson. Son personnage, Robert “Bobby” Dupea, jadis promis à un avenir radieux, se retrouve aujourd’hui coincé dans la boue désertique des exploitations pétrolières. Bobby vagabonde dans les plaines arides américaines, il vit avec sa copine, Rayette, qu’il ne semble pas considérer, lui affichant frontalement un mépris sauvage, proche de l’insoutenable. Malgré tout, elle l’aime à en crever, littéralement. Le cycle quotidien de Bobby se résume à la débauche et surtout, à la recherche active de briser l’ennui par n’importe quel moyen, aussi stupide soit-il. La moindre idée saugrenue est un motif sérieux pour détourner la tristesse répétitive du jour. Alors pourquoi pas retourner dans le passé, sauter sur l’occasion d’un camion transportant un piano et jouer, dans une scène culte, jusqu’au soir durant. Et par dessus tout, tenter d’oublier les tâches ardues d’un travail harassant.

“Bob Rafelson frappe fort avec FIVE EASY PIECES dans l’effervescence grandissante du nouvel Hollywood”

Dès que l’annonce de la mort prochaine du paternel est dévoilée, le film prend son envol dans un road trip à travers une verdoyante Amérique, à l’image de son protagoniste principal : mélancolique et fou à la fois. Par cette occasion, Bob Rafelson construit un récit en cinq temps, dont le voyage – anti initiatique – provoquera la prise de conscience du personnage principal. La mise en scène, ni extravagante, ni démonstrative, puise dans la subtilité tout en esquissant un tourbillon brumeux de regrets que l’on saisit à chaque instant. Pourtant raillé pour son premier long métrage – Head, Bob Rafelson frappe fort avec FIVE EASY PIECES, dans l’effervescence grandissante du nouvel Hollywood. On pensera notamment à ce monologue, un climax bouleversant, balancé au devant d’un crépuscule annonciateur d’un destin funeste, en communion inquiétante avec l’Apocalypse.

Mais l’attention se concentre également sur la société de l’époque, en même temps sacrifiée, mais aussi terriblement conformiste. Si au dîner Bobby ne s’accorde pas sur le repas qu’il peut commander, il n’en reste pas moins frustré. Dès lors, il devient acerbe et très violent, signe d’une génération qui prend un chemin assez tortueux, doucement mais surement, vers l’irascible perdition. Finalement, peut être que cette errance n’est pas infructueuse. Ce nouveau départ, aussi spontané soit-il, est un signe. Celui du renouveau. Cette nouvelle terre promise permettra à son héros malheureux de renaître loin de la morbide aventure qu’il vient de connaître. Et dans la rêverie de ce nouveau périple il y a sans doutes un soupçon de hasard dérangeant, comme si tout cela était écrit d’avance.

 

FIVE EASY PIECES sera visible durant le Festival Lumière, qui aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dans tous les cinémas du grand Lyon.
la programmation
notre couverture

Sofiane

Votre avis ?