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The day after de Hong Sang-soo sera présenté en sélection officielle – en compétition, au prochain Festival de Cannes. L’occasion de vous proposer un petit portrait du réalisateur coréen.

L’histoireBongwan, directeur d’une maison d’édition, a trompé sa femme avec son employée. Au cours d’une journée, la lâcheté de Bongwan va provoquer les humiliations successives de chacune des femmes qui l’entourent.

Comme pour un peu tous les longs-métrages de cette compétition cannoise… notre attente d’un film en particulier est proportionnelle à notre connaissance de l’oeuvre du cinéaste qui en est l’auteur – ses obsessions formelles et/ou thématiques, son approche du septième art, sa vision du monde.

C’est donc par cette optique que nous envisageons le prochain Hong Sang-soo, et on serait tentés de dire que c’est bien la seule option possible, tant les à-priori sur son travail l’ont précédé d’une réputation négative, celle d’un “auteur qui réalise chaque année le même film ultra-chiant, depuis 17 ans”… On ne pourra même pas se reposer sur le matériel promotionnel de THE DAY AFTER pour le défendre, puisque le seul visible actuellement est une ignoble captation de  “teaser”, ressemblant à une parodie coréenne d’un film de Philippe Garrel

Source du teaser: nos nouveaux confrères blogueurs de Furyosa, qu’on vous recommande par ailleurs

Pourtant on s’évertuera à le dire : le réalisateur coréen vaut beaucoup plus que tout ce qui pourrait résumer son travail. Qu’il s’agisse de l’étiquette qu’on lui accole, des bandes-annonces de ses films, ou même de l’explicitation de son travail d’auteur qu’on s’apprête à vous proposer.

Alors oui: chaque film de Hong Sang-soo raconte peu ou prou la même chose et ressemble de loin à tous les autres… Car il y aura toujours cette mise en scène immersive (mais effectivement hermétique), alignant les plans-séquence filmés par une caméra résolument fixe captant de longs dialogues, ponctués par ces capitaux zooms/dezooms recentrant l’attention sur les visages, et par extension sur d’invisibles fluctuations émotionnelles. Et parmi les personnages, il y aura systématiquement cette (belle) femme définie par le doute, l’hésitation et les questionnements existentiels, ainsi que cet homme – que l’on suppose être un avatar du cinéaste vu sa fonction de professeur artiste -, un “expert” dans son domaine professionnel de cinéma d’auteur pour loosers, mais une merde en relations. Et souvent ces deux personnages feront partie d’un triangle amoureux – la variable inconnue faisant partie des surprises made in HSS. Et souvent encore, l’alcool, désinhibant les personnages, sera l’élément récurrent servant à installer les atmosphères propices à diverses sortes d’éclats.

Pas de chronologie dans ces galeries d’affiches; chaque film de Hong Sang-soo est à voir comme la version divergente de l’histoire d’un autre, et ainsi de suite.

Pourtant, une autre constante du cinéma de Hong Sang-soo est sa capacité à faire varier de façon aussi infime que significative, ces postulats. Le nombre de prétendants autour d’une femme par exemple, allant du rien au hors-champ, en passant par la multitude – participe à notre plaisir d’assister aux théâtrales confrontations et marivaudages – ou tout à l’inverse, aux introspections et réflexions existentielles -, choses qui peuvent prendre plus ou moins de place au sein d’un film. Parfois encore, HSS s’intéressera plus à l’homme qu’à la femme, comme cela semble être le cas dans THE DAY AFTER.
Également variables, les ages des protagonistes, leurs vécus (altérant leurs émotions du présent), leurs origines (Mori, le japonais perdu et mélancolique de Hill of Freedom, ou Isabelle Huppert, “femme” chez Hong Sang-soo, cela vaut le détour !), les lieux, et les contextes de l’action… La richesse de son écriture nous époustoufle toujours par sa capacité à donner vie à tant de personnages persistants différents, tout en conservant une certaine unité dans leurs caractères et comportements – l’un permettant à l’autre cette fascinante série d’interactions, aussi imprévisibles que familières. Enfin, constituer chaque film comme une variation d’une même histoire, permet à ceux-ci d’interagir entre eux. C’est ainsi lorsqu’ils (les films, les personnages et leurs interactions, leurs émotions) sont replacés au sein d’un tout mythologique, qu’ils trouvent leur valeur.

 

Même s’il n’y a pas d’ordre particulier à respecter pour découvrir HSS, on vous conseillera néanmoins de commencer par le récent Hill of Freedom, le film qui nous a introduits à l’auteur.

Ce qui rend de plus chaque film singulier, ce sont ces variations de mise en scène, de montage, de narration ou de ton et d’immersion dans un univers; Hong Sang-soo s’autorise fréquemment à multiplier les points de vue à l’intérieur du même film sur la même histoire, ou même à bouleverser la narration des événements. À noter qu’il n’y a jamais et ce malgré leur puissance, aucune ostentation à propos de ces effets narratifs, comme s’ils étaient tout à fait normaux et adéquats pour exposer l’histoire et les personnages. Plus intéressant encore, lorsque le prétexte sentimental sert à explorer les fondements de la création artistique (comment et pourquoi fabrique t-on un film ?), ou à réfléchir en sous-texte sur des sujets politiques (les conséquences de la colonisation de la Corée par le Japon). Le must: lorsque l’humour vient mettre son grain de sable, dans une mécanique que l’on pensait immuable, ancré dans le fameux cliché que l’on peut avoir du cinéma de l’auteur. Chacun de ses films est finalement très ludique pour une raison bien différente, tout en conservant cette patte reconnaissable entre mille, et cette liberté artistique que n’auraient pas renié un Almodóvar, ou nos chers auteurs de la Nouvelle Vague.

Par tout cela, Hong Sang-soo construit et alimente une sorte de mythologie labyrinthique qui n’appartient qu’à lui, une sorte de cinéma redondant mais pourtant uber-stimulant qui ne serait véritablement compréhensible que pour ses immémoriaux followers… ceux qui ont tout vu de son oeuvre et su faire les liens entre ces personnages découverts il y a quinze ans et dont les déboires amoureux et existentiels se poursuivent encore aujourd’hui, évoluant au fil de leur maturité et de celle de leur auteur. Le but des films de HSS serait alors disséminé de par son oeuvre: il s’agirait de cartographier quels sentiments peuvent exister voire perdurer entre hommes et femmes, et d’évaluer l’indéfinissable complexité des relations humaines.

Ce qui nous amène à THE DAY AFTER , dont on pourrait imaginer, en juxtaposant le synopsis et ce premier teaser à notre perception du travail d’auteur de Hong Sang-soo, qu’il traitera effectivement une fois de plus d’un homme qui ne comprend pas les femmes… Tout en proposant une énième originalité dans la mise en scène de ce postulat, ainsi qu’une nouvelle toile de fond – le milieu de l’édition. On s’attend en tous cas à être TRÈS surpris.

Pourquoi pas un récit façon Un jour sans fin, où le protagoniste masculin revivrait une rupture sous différents angles correspondant à autant de facettes de la figure féminine..? Ou une étude de la soumission féminine face à l’homme ?.. Un sujet finalement peu traité chez HSS, la femme y étant plutôt dominatrice quoique en prises avec l’indécision…  Le film relèvera t-il en outre, du fantasme ou de l’empathie ? Quel forme prendra le gimmick narratif utilisé par Hong Sang-soo ? Qui sera son actrice muse ?  Va t-il enfin y avoir du cul chez HSS ?

Réponse à toutes ces fantastiques questions, lors du prochain Festival de Cannes.

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