Souvenez-vous, depuis le 4 février 2010, 8 films, réalisés par les plus grands, sont proposés gratuitement aux internautes sur Le temps presse. Abderrahmane Sissako, Gael Garcia Bernal, Mira Nair, Gus Van Sant, Jan Kounen, Gaspar Noe, Jane Campion et Wim Wenders ont mis leur talent au service des 8 objectifs du millénaire. Adoptés par 191 nations depuis septembre 2000, ils ont pour but de réduire la pauvreté et la faim dans le monde, assurer l’éducation primaire pour tous, et améliorer la qualité de vie des pays les plus en difficulté. A présent de nouvelles pierres ont été rajoutées à l’édifice : d’autres réalisateurs ont proposés leur contribution dans le cadre du concours « Act Now ».

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Danone Communities est l’un des partenaires de ce concours. C’est donc en leur compagnie que Ulike organise une réunion entre blogueurs pour que nous puissions décerner l’un des 8 prix de ce concours : le prix du Jury du millénaire. Tout un programme ! Dans les locaux de Danone ont été projeté ce jeudi 20 janvier les 16 films encore en compétition. Le Blog du Cinéma est l’une des humbles voix qui permettra à l’un de ses films de remporter ce prix.

16 films donc. Une présélection coriace puisque 309 films du monde entier ont été proposé pour ce concours. La soirée fut longue, mais nous étions armées de quelques en-cas. Le plaisir des premiers films laissait, petit à petit, place à la crainte. Celle de devoir choisir parmi un éventail d’œuvres cinématographiques qui n’était composé que de talents. De plus, tous ces courts métrages étaient extrêmement différents les uns des autres : sujets abordés, genre et durée variaient constamment. La qualité, seule, les réunissait. A présent, il faut voter.

Pour conserver intacte cet intenable suspens, je commencerai donc par le court métrage qui se place dans le classement du Blog du Cinéma à la troisième place. Ainsi, le bronze est décerné à Moi, ma sœur et la chose de Kaouther Ben H’Nia. Ce court métrage, inspiré de la nouvelle Le jeune homme, l’enfant et la question de Mohsen Ben Hania, est un regard porté sur la condition féminine en Tunisie. Les premières séquences de ce film dessinent une carte postale de cette inégalité dans les pays où les hommes ont tout pouvoir.

On y trouve, d’une part, ces femmes honteuses pour avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage et qui ne cessent d’être constamment réprimées. D’autre part, il y a celles qui se marient, et qui doivent respecter de nombreuses consignes pour être digne de leur mari lors de leur nuit de noce : « Donne lui tout », « Vas doucement » ou encore « souris ». Une femme, dès lors, objet au service d’un homme. Les femmes, loin d’être l’égales de leurs pairs masculins, n’ont encore que peu d’avenir sans un mari. C’est ce qu’observe Moi, ma soeur et la chose à travers le regard toujours candide d’un jeune frère qui ne comprend pas encore bien les règles traditionnelles. Un personnage tendre et innocent qui, à travers ses erreurs, nous montre l’injustice de ces inégalités. De par ses gestes, le jeune frère exprime une idée : « les choses pourraient être autrement… ».

A voir sur Youtube : Moi, ma sœur et la chose

La seconde place de mon classement est attribuée à Dimanche de Oscar Lalo. Réalisateur mais aussi acteur, nous retrouvons Oscar Lalo dans le casting d’un autre des films présentés dans cette sélection : I Téliya. Dimanche est drôle, mais pas uniquement. Il a su intelligemment tiré parti du langage cinématographique, de son humour et de sa démarche pour transmettre avec justesse son message. En quelques minutes seulement, Dimanche s’impose comme un concentré d’idées fortes. Il démontre tout d’abord que notre douche quotidienne suffit à la survie de plusieurs Africains.

C’est donc, en toute logique, que Dimanche use de moyens terriblement humbles : un plan fixe, un acteur et des cartons en guise de générique. Le film se devait de paraître « sans budget ». Sinon quoi penser d’une œuvre qui a coûté quelques milliers d’euros pour évoquer la pauvreté dans le monde ? Ses idées ne s’arrêtent pas ici, et Oscar Lalo met également en parallèle les cinéastes aux films sans budget qui ont des choses à exprimer, et les gens « sans budget » qui peuvent aussi être notre avenir. Alors, pas de cadres extravagants ou de parti pris cinématographique ambitieux ; seulement un plan, un homme, un film d’une terrible humanité.

A voir sur Youtube : Dimanche

La première place ? N’attendons plus et nommons Amal d’Ali Benkirane. Ce film est l’un des rares à réunir à la fois une mise-en-scène soignée et la force de son message. D’autres films traitaient aussi de l’importance des études dans les pays défavorisés, notamment pour les femmes. Mais Amal a cela de plus qu’il est un court métrage d’une rare beauté, et d’une profonde intensité. Ali Benkirane ne s’appuie pas sur des slogans ou sur de vaines paroles, pour expliquer que les études sont une porte ouverte vers une grande liberté. Ses mots sont la lumière, le son, le montage et le cadre.

Les grands espaces que doit traverser Amal, la jeune écolière, pour aller jusqu’à l’école nous insuffle sa passion et la liberté qu’elle savoure. Finalement, lorsqu’elle apprend par sa mère qu’elle va devoir arrêter les études, le cadre emprisonne la jeune fille, l’étouffe et l’efface dans une nuit noire. La force de la mise-en-scène nous donne l’illusion que cette terrible annonce nous a été adressée, à nous, qui pourtant avons aisément accès aux études. Pour seul réconfort, Amal devra espérer un mari attentionné qui la rendra heureuse. Une dépendance loin de ses rêves de médecine.

Ce film fait écho à d’autres qui évoquent aussi cette nécessite pour beaucoup de pays d’avoir plus de médecins pour subvenir à la survie des enfants ou des mères. Passage de Noémie Shraer-Monnier est l’un d’eux. Ce court métrage, d’une grande intensité, est à considérer avec attention. Son parti pris formel se démarque diamétralement de ses concurrents et clou littéralement le spectateur.

Pour plusieurs des réalisateurs, l’éducation est donc un thème central dans leur démarche. Cela permet non seulement d’améliorer la vie de l’étudiant mais aussi, pour ceux qui étudieront la médecine, d’apporter leur aide au reste de la population. Cette préoccupation doit être centrale : de cette éducation, de nombreux problèmes peuvent s’améliorer. Amal, ainsi, évoque plusieurs des thèmes des objectifs du millénaire : l’égalité des sexes, l’éducation et l’amélioration de la santé des mères et enfants.

A voir sur Youtube : Amal

A voté !
Rendez-vous le 26 janvier pour la remise des prix !

Le temps presse.

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