Votre mot de passe vous sera envoyé.

On vous dresse le bilan de la 21ème édition du Festival Européen du Court Métrage de Bordeaux, qui s’est tenue du 28 au 30 mars 2018. Au programme: une chouette interview du jury de jeunes stars et une sélection de courts métrages de très bonne facture!

Encore une fois, le Festival Européen du Court Métrage de Bordeaux a proposé une sélection de qualité, avec 21 courts-métrages (de France, de Belgique, des Pays-Bas, d’Espagne, d’Allemagne, de Suisse, du Royaume-Uni , d’Irlande et l’Italie) qui concourraient dans trois catégories différentes: Compétition Fiction, Compétition Animation et Compétition Talents Aquitains. On a vu se dégager une thématique générale tout au long des deux soirées de visionnage, qui s’exprime différemment selon les courts proposés: la communication ou l’absence de communication.


Le jury professionnel

Cette année, l’accent était mis sur le signe de la jeunesse pour la composition des 4 membres du Jury Professionnel. Deux nommés aux Meilleurs Espoirs des César 2018 : Garance Marillier, découverte dans Grave et Finnegan Oldfield, vu dans Marvin ou la belle éducation. Puis Yoann Zimmer, croisé dans Les enfants partent à l’aube, l’un des 24 courts-métrages sélectionnés par l’Académie des César 2018. Et enfin Victor Inthepanda, vidéaste cinéphile sur sa chaîne Youtube.

Les membres du jury professionnel : Finnegan Oldfield, Yoann Zimmer, Garance Marillier et Victor Inthepanda

On a eu le plaisir d’interviewer avant les projections les 4 membres d’un jury de très bonne humeur et quelque peu chahuteur. Ils n’ont pas eu leur langue dans leur poche, à l’image de cette jeune génération qui sait ce qu’elle veut et assume ce dont elle n’a pas envie. Ils nous ont tout dit sur leurs attentes en tant que jurés, leur regard sur les courts métrages par rapport aux longs métrages, leur retour sur les César et leur envie de passer un jour de l’autre côté de la caméra!

INTERVIEW DES MEMBRES DU JURY : FINNEGAN OLDFIELD, GARANCE MARILLIER, YOANN ZIMMER ET INTHEPANDA

Honorés d’avoir été choisis comme jurés (pour la première fois pour Garance Marillier et Yoann Zimmer) de ce festival organisé par des étudiants, ils ont pris très à cœur la responsabilité qui leur incombait. Garance y voyait l’occasion de découvrir de nouveaux talents et de voir émerger les univers de jeunes réalisateurs, présentant souvent leurs premières œuvres. Victor Inthepanda espérait même une sélection parmi des films de science-fiction ou d’horreur, regrettant que ce genre ne soit pas assez représenté en France en raison des financiers qui ne prennent pas de risques. Indulgents mais néanmoins exigeants, et dans l’attente d’émotions fortes, Finnegan Oldfield y voyant quant à lui un bon moyen de se laisser surprendre et de passer d’un univers à un autre. Tous savent à combien il est difficile de raconter des histoires en 10-15 minutes et dixit Victor, à quel point le court métrage doit faire preuve d’ambition et du sens de l’efficacité, sans qu’il se transforme rapidement en un truc bâclé, mais en quelque chose d’intelligemment fait qui permette de faire oublier que certains courts ont pu manquer de moyens.

D’autant que les trois acteurs ont aussi bien tourné dans des courts que dans des longs métrages. Yoann reconnaît d’ailleurs aux courts métrages plus de prise de risque et un côté plus débrouille et système D, proche de la colonie de vacances malgré le travail très intense sur deux semaines. Quand Finnegan y voit la possibilité de plus de décontraction et donc d’improvisations sans la pression de saboter un plan qui peut finalement être gardé. Garance estime quant à elle qu’un long métrage est quand même plus intense, parce qu’il y a un rythme et un budget à tenir. Et tous trois sont prêts à retourner dans un court métrage, que Yoann considère comme une forme à part entière et pas juste le petit frère du long. Finnegan y perçoit l’opportunité de continuer à jouer et pratiquer, sans attendre qu’on lui propose des longs métrages et Garance sera d’ailleurs en tournage en Mai.

On a profité de leur présence pour connaître les impressions, avec le recul, de Garance et Finnegan à propos de leur nomination aux César. Reconnaissant son plaisir et le fait que cette nomination soit hyper flatteuse, Finnegan n’oublie pas qu’il bosse avant tout pour lui et que tout ça reste un jeu et une compétition qu’il n’aime pas trop. Fière d’avoir représenté Grave, Garance considère elle aussi que c’est son travail qui importe et que le fait d’avoir un césar ne fait pas jouer mieux. Ils disent être tous les trois prêts à tenter une carrière à l’international, et pourquoi pas, à tourner dans un film produit par Netflix, malgré quelques réticences pour Finnegan, qui a bien du mal à envisager de voir un Scorcese sur son ordinateur. Pour Yoann, pouvoir mater des films sur la plateforme est quand même une bonne chose pour les jeunes qui n’ont pas d’oseille. Enfin on les a interrogés sur leur envie de passer un jour de l’autre côté de la caméra et se lancer dans la réalisation. Autant Garance estime qu’elle ne se sentirait pas à sa place, autant les garçons ont clairement cette envie. Yoann saute d’ailleurs prochainement le pas avec un court qu’il a écrit et qui sera produit par la société de production Wrong Men. Finnegan rêve quant à lui de réaliser, quand il aura réuni tout ce qu’il a déjà écrit.

On retrouvera prochainement sur les écrans Garance dans Ad Vitam, série pour Arte de Thomas Cailley, Finnegan dans Le Poulain de Mathieu Sapin et Yoann dans Les Fauves de Vincent Mariette.

 

Deux autres jurys ont décerné des prix : le Jury Étudiant et le Jury France 3 Nouvelle-Aquitaine.


Le Palmarès

Courts métrages récompensés par le Jury Professionnel

Même si on n’a pas été séduit par les choix du jury professionnel, ils correspondent à leurs attentes exprimées en interview et sont en phase avec le regard d’un public jeune. 

Prix Fiction: Scratch de l’espagnol David Valero

Les jurés ont désigné à l’unanimité, touchés par son esthétisme, ses personnages et son histoire. 

Pitch
JM est un jeune DJ avec un handicap mental; son handicap le rend ignorant du monde marginal qui l’entoure. une nuit, il est témoin d’une agression.

Notre critique : Ce court métrage punchy ne laisse pas indifférent. Il mobilise aussi bien le regard que l’ouïe du spectateur. Les couleurs sont criardes et le son de la musique de boite de nuit est fort, à l’image de la violence actuelle et du manque de communication qui se dégage de ce monde de brutes. Cette histoire montre très bien la transformation de ce jeune garçon et sa nouvelle confiance en lui.

Prix Animation: Framed de l’italien Marco Jemolo

Pitch
Dans un monde que quelqu’un d’autre a façonné pour nous, sommes-nous vraiment maîtres de notre destinée?

Notre critique : Stop motion en pâte à modeler, ce court métrage fait un peu froid dans le dos, décrivant un monde dystopique, paranoïaque et désespéré.

Mention spéciale

Le jury a souhaité remettre une Mention spéciale au film Sacrilège du suisse Christophe M.Saber.

Pitch
De l’argent a disparu de la mosquée de Saint-Etienne. Saoud le chef de bande est suspecté.

Notre critique : Ce court métrage pose la question de l’incidence d’une rumeur sur le règne d’un chef de bande et du regard critique porté par sa bande, ses proches et l’Imam. Car le film renvoie aussi aux rapports générationnels sur la pratique de la religion et aux socles d’un respect mutuel.

Courts métrages récompensés par le Jury Étudiant 

– Prix Fiction: Vihta du belge François Bierry, qu’on a trouvé audacieux et original. Il vient aussi de remporter le Prix spécial du jury du Festival de Clermont-Ferrand.

Pitch
Serge et ses quatre collègues sont salariés d’une petite entreprise, fraîchement rachetée par un grand groupe. En cadeau de bienvenue, ils sont conviés par leur nouvel employeur à une journée détente dans un centre thermal.

– Prix Animation: Negative Space des français  Max Porter et Ru Kuwahata, qui était en lisse pour les Oscars. Un vrai petit bijou de tendresse.

Pitch
 Mon père m’a appris comment faire une valise

Coups de cœur du Public  

Le public a choisi deux prix coups de cœur parmi la sélection:

Scratch de l’espagnol David Valero

Inlove des français Les Frères Lopez. Les réalisateurs parviennent à faire faire rire sur le sujet grave de l’amour en temps de guerre au Moyen-Orient.

Pitch
Au cours d’une patrouille dans un pays du Moyen-Orient, une escouade d’une armée occidentale fait une halte dans le village d’Iqmarba….

Enfin, le Jury France 3 Nouvelle-Aquitaine a décerné son prix  Talents Aquitains à Les petites mains du belge Rémy Allier, qui fait partie de nos coups de cœur.

Nos 5 coups de cœur

On a beaucoup aimé les 5 courts métrages suivants – 3 de fiction et 2 d’animation. Poignants ou originaux, ils abordent aussi bien des sujets difficiles que d’actualité.

Les petites mains du réalisateur belge Rémy Allier    
Producteurs Wrong Men et Films Grand Huit

Les petites mains

Pitch
Léo, deux ans, est le fils du directeur d’une usine. Quand les employés apprennent la fermeture, Bruno, un ouvrier plus radical, enlève Léo pour négocier… Dans le point de vue de l’enfant, on s’enfonce peu à peu dans cette tentative désespérée de sauver l’usine.

Notre critique : on a été littéralement scotché par ce court-métrage, qui a d’ailleurs figuré dans la liste des nommés pour le meilleur Court-Métrage de fiction aux Magritte du Cinéma. En très peu de temps, il donne à découvrir le coup de folie, geste désespéré d’un ouvrier en pleine crise sociale. Car enlever un enfant en signe de représailles n’est pas anodin. Le réalisateur maintient un très bon suspense grâce à une caméra qui embarque le spectateur au plus près des personnages (Jan Hammenecker et le petit Emile Moulron Lejeune bluffants, car parfaitement justes). Tout du long on a peur pour le petit garçon malmené. L’évolution du comportement de cet homme attachant pendant cette parenthèse de quelques heures est très angoissante, depuis sa colère et ses doutes jusqu’à sa prise de conscience finale. Les petites mains est un beau film poignant qui interroge sur notre part d’humanité et sur ce que l’innocence de l’enfance renvoie au monde adulte.

Wave des irlandais Benjamin Cleary & TJ O’Grady Peyton
Producteur Assembly

Wave

Pitch
En sortant du coma, un homme se met à parler une langue parfaitement structurée mais incompréhensible, semant le trouble parmi les plus grands linguistes de la planète.

Notre critique : Wave est un film très original sur la communication par le langage, sans laquelle l’homme ne pourrait vivre. Sur un rythme soutenu, grâce à la musique et à la voix off, on suit les aventures de ce personnage attachant en quête désespérée de relations humaines. Le film porte aussi un regard acéré sur la société et dénonce le pire d’Internet (cyber-harcèlement) tout autant qu’il encense le meilleur (chaîne humaine). C’est fin, drôle et décalé à souhait.

A distance du réalisateur français Gauthier Battoue
Producteur Easy Tiger

A distance

Pitch
Dans un lieu tenu secret, Sophie et Bruno observent la vie des villageois au moyen-Orient depuis un drone qui vole dans le ciel. Il suffit qu’ils pressent la gâchette de leur joysitck pour que quelqu’un meure à l’autre bout du monde.

Notre critique : A distance place d’emblée le spectateur aux côtés de deux pilotes de drones qui ont le pouvoir de décider, en très peu de temps, de la mort d’ennemis potentiels ou avérés. Sous pression constante, ils doivent évaluer les situations, garder la tête froide et ne pas faire de sentiments avec les dommages collatéraux éventuels. Le film montre très bien à quel point cette double mise à distance, physique et émotionnelle, est difficile et régulièrement remise en question entre ces deux copilotes aux parcours différents. C’est glaçant de réalisme avec une chute et une morale inattendues. Marina Hands et Damien Jouillerot sont remarquables.

 

 Paris est noire du français Robin Deriaud
Producteur De l’autre Côté du Périph

Paris est noire

Pitch
Dans la nuit de Paris, un graffiti de chat prend vie pour nous raconter l’histoire d’Ed, un des plus fabuleux street-artistes de son époque.

Notre critique : Petit bijou d’originalité, Paris est noire mêle astucieusement animation et fiction. En peu de temps, on s’attache à ce gros chat qui slame brillamment les aventures de ce street-artiste solitaire.  On découvre l’univers éphémère du graffiti et du groupe fermé des graffeurs.

5 ans après la guerre du français Samuel Albaric
Producteurs Les Fées Productions et Miyu Productions

5 ans après la guerre

Pitch
Comment grandit-on avec un père irakien absent et une mère juive omniprésente? Tim, traversé par les grands bouleversements du monde actuel, essaye tant bien que mal d’y trouver sa place.

Notre critique : En choisissant l’animation pour faire témoigner avec beaucoup d’autodérision le personnage de Tim sur son enfance, et ses errances de jeune adulte, le réalisateur de 5 ans après la guerre s’est donné les moyens d’entrer subtilement dans son esprit, voire ses fantasmes. La quête de son père et du sens de sa vie l’interrogent aussi bien sur la religion, la guerre et les super héros. On a  été un peu moins convaincu par l’intégration des images des retrouvailles du vrai Tim et de son vrai père, qui cassent le rythme de ce récit onirique et jovial.

On vous donne rendez-vous l’année prochaine pour la 22ème édition de ce chouette Festival Européen du Court Métrage de Bordeaux !

Sylvie-Noëlle

Laisser un commentaire

avatar
  S'abonner  
Notifications :