Nous partons sur la plage du Majestic à l’occasion du 62ème Festival de Cannes, à la rencontre de Farid DMS Debah qui nous parle de la préparation du film Wagon 7.

Premier 45 tours enregistré à l’âge de 14 ans, première société d’informatique à 16 ans et premier film ( Venin Mortel avec Elodie Navarre ) réalisé à 20 ans, à quoi est due cette réussite ?

Ah c’est pas une réussite, c’est peut-être une envie d’entreprendre des choses, mais assez précoce, oui c’est vrai, mais la réussite, elle, ne vient qu’avec la persévérance. Je ne considère pas que j’ai réussit, bien au contraire, je suis toujours à la recherche de challenges, de nouveaux projets à monter, et puis, depuis que je suis petit, j’ai toujours essayé de rechercher des projets qui me stimulaient.

J’ai jamais voulu, inconsciemment en tout cas, être dans la norme, j’ai toujours voulu suivre un petit peu mon instinct et faire des choses qui me plaisaient et puis voilà. (…) C’est véritablement la passion qui a pu me guider dans tous les choix que j’ai pu faire et les entreprises que j’ai pu monter.

Quelle est l’étincelle qui vous a poussé vers la musique dès 14 ans ?

Ah l’étincelle ! En fait, comme j’ai un frère qui est compositeur et qui a 4 ans de plus que moi, je l’ai suivit un petit peu. Cette époque là, c’est particulier. (…) J’ai vécu une partie de mon adolescence en Algérie, et à l’époque, en Algérie en tout cas, là ou j’étais, il y avait pas grand-chose à faire. Alors quand on a rien, peu de chose à faire, soit on déprime, soit on développe son côté artistique et créatif. Et je n’ai pas déprimé, et je me suis lancé dans la musique avec mon frère, donc on a monté un groupe avec des musiciens de notre patelin et puis ça s’est monté comme ça, on a commencé a faire de petites scènes, on a commencé à tourner et puis, arrivé en France, on a décidé d’enregistrer un 45 tours que Yassine, donc mon frère, avait composé et ma sœur avait écrit les paroles.

Pourquoi le choix d’un wagon dans votre prochain film ?

L’histoire de Wagon 7, c’est assez particulier parce qu’au départ c’est véritablement une contrainte qui nous a fait écrire, explorer le huit-clos. Tout simplement on manquait de budget. Avec le scénariste Jean-Michel Delaloche on essayait de faire trois autres longs-métrages, pendant deux ans, où on s’est heurté un petit peu à des murs.

On n’avait pas forcément clôturé le casting. Je l’ai appelé : « Écoute là, on va tout simplement se focaliser sur une histoire à faible coût, un seul lieu, 7 personnages ». Quitte à se faire chier ( rire ), excusez moi l’expression, autant explorer un genre qui m’éclate donc le fantastique. Petite équipe, petit budget, même, quitte à le faire en vidéo, on le fera en vidéo. Et on a commencé à écrire comme ça, et de fil en aiguille, le scénario s’est affiné. Une version, deuxième version, troisième version, et petit à petit je me suis aperçu que Wagon 7 a été véritablement un projet ambitieux qui méritait un traitement plus poussé.

Et l’année dernière à Cannes, juste ici, pas loin du Majestic, j’ai pu croiser Jimmy Jean-Louis, donc le comédien de la série Heroes. Je savais qu’il parle français. Donc je l’ai tout simplement abordé, j’ai parlé du projet Wagon 7, il était un peu pressé ce qui est normal : c’est Cannes, l’effervescence, suivi de photographes, donc je lui en ai parlé très rapidement. Il m’a dit « Recontacte-moi après Cannes ». Il m’a laissé un mail, et puis je lui ai envoyé le scénario. Quelques jours après il m’a rappelé directement sur le portable en me disant : « Je fais le film, très très bonne histoire », le personnage donc d’Eric, qu’il interprètera, lui plait, la psychologie des personnages aussi, toute l’histoire. Et il a dit « Je fonce » et le déclic est parti de là.

On s’est dit : « On a peut-être quelque chose d’assez intéressant, on a véritablement un projet qui commence à devenir ambitieux ». Et j’ai envoyé en même temps le scénario à Cristiana Reali avec qui j’avais déjà travaillé, que j’ai eu la chance de diriger sur Art’n Acte Production, un de mes court-métrage et également Elodie Navarre qui avait déjà joué dans trois autres de mes productions. Elles ont très gentiment accepté de rejoindre l’aventure de Wagon 7, et j’en suis plutôt flatté.

L’écriture a véritablement été conditionnée par ce manque d’argent. Ce qui a été une faiblesse est devenu véritablement une force, puisqu’on a concentré toute l’histoire sur les personnages, sur ce huit-clos, et au fil des versions que l’on faisait, le wagon est devenu véritablement un personnage. Et les protagonistes ont véritablement une âme, véritablement une histoire, des choses à défendre, et c’est ça qui donne toute la puissance de Wagon 7.

Qu’est-ce qui motive votre choix de jouer aussi dans votre propre film ?

Avec Jean-Michel, qui est également comédien, c’est parti dès le départ : quitte à le faire ce film à petite équipe, on le fait nous même, on s’écrit des rôles. Je dois être honnête, Jean-Michel a écrit le personnage en suivant véritablement ce qu’on avait envie de défendre, idem pour lui. C’est pas très bien de dire ça, mais je ne me mets pas vraiment en danger en tant que comédien par rapport au rôle de Gabriel, c’est-à-dire que je connais mes limites, je connais justement les problématiques d’un tournage d’un premier long-métrage.

Parfois quand on est réalisateur et qu’on dirige des comédiens, on est parfois frustré. On vit les personnages quand on raconte une histoire, on est parfois frustré de voir que justement on n’est pas arrivé au bout de ce qu’on voulait véritablement explorer avec le comédien. Et nous on est là sur scène a véritablement raconter l’histoire, véritablement être le personnage, vivre le truc. Si je le vis comme ça sur un tournage pour mes précédents films, je pense que le rôle de Gabriel je peux le tenir sans problème, même si je sais aussi que c’est une volonté pour moi d’explorer autre chose et de me faire plaisir, parce que le cinéma c’est avant tout une « éclat’ », je me fais plaisir et puis voila. Quand j’arrêterai de me faire plaisir je passerai surement à autre chose.

Wagon 7 c’est une extraordinaire aventure, c’est compliqué, c’est beaucoup de travail, c’est beaucoup de sacrifices, mais j’y crois, c’est un bon projet, un bon film, une bonne équipe.

Le film semble tourner vers un public adolescent et adulte, pensez-vous qu’il connaitra des restrictions -10 ans ou -12 ans ?

J’espère pas, mais c’est pas du tout un film gore en fait, c’est pas un slasher movie. Est-ce que la tension n’est pas véritablement de ce qu’on ne connait pas, de ce qu’on ne voit pas ? C’est ça aussi qui est intéressant. Je pense que Wagon 7 explore aussi cette voie la, c’est-à-dire qu’on essaye d’aller justement aux tréfonds des personnalités, des personnages et de voir que peut-être le mal n’est pas forcément en l’autre, mais peut-être qu’il est en soit.

C’est pas un film où il y a forcément un monstre derrière, ou un tueur sanguinaire. J’en dis pas plus, mais c’est un film plutôt que j’aime bien qualifier comme un thriller fantastique. C’est une bonne histoire et ce qui est intéressant parce que derrière cet aspect Entertainment, vraiment de films de genre pop-corn, puisqu’ils s’adressent un petit peu à tous, il y a véritablement un fond philosophique et une question de problématique que tout le monde s’est posé au moins une fois dans sa vie. Voilà c’est créer le débat à la fin de la séance, c’est créer une réflexion, amener les gens, peut-être, à réfléchir.

Pour Wagon 7 avez-vous des inspirations particulières ?

Des inspirations ? Bien sur on en a toujours, des mentors ou des films références et tout. Wagon 7, il y a un moment, un passage du film avec une conversation entre les protagonistes où, je ne vais pas dire on se moque, mais on rend hommage. On rend hommage aux films qui nous ont plu, plus ou moins, dans le genre parce que ce qui est un petit peu compliqué dans le genre, c’est qu’on finit toujours par utiliser les mêmes recettes et on finit par connaître les grosses ficelles et à l’arrivée c’est la même chose, avec la même histoire, le même déroulement, le même dénouement, et c’est un peu dommage.

Il y a des choses sur Wagon 7 qu’on explore, je dis pas qu’on réinvente le cinéma, loin de là, ni qu’on sorte la plus grande histoire extraordinaire, je dis juste qu’il y a des références dont on fait état, qu’on mentionne même, tout en essayant d’être original dans le traitement du film mais surtout dans le déroulement de l’histoire, qu’on se dise, même si le postulat de départ ressemble à certains films déjà sortie mais qu’au fur et à mesure que le film se déroulera le spectateur soit emmené totalement dans l’histoire « voilà c’est quelque chose de totalement inédit » même s’ils font référence à des films.

Un projet en court après Wagon 7 ?

Oui j’ai déjà un projet de long-métrage qui est déjà écrit qui est toujours avec Jean-Michel Delaloche qui est un film de genre. Je ne sais pas si ce sera celui là le prochain, ben si ça doit être le prochain, il se passera aux États-Unis. Wait and see comme on dit, on va voir comment ça va se passer.

Avez-vous un réalisateur ou film fétiche ?

Oulà ! Films préférés j’en ai plusieurs et en plus de ça , ça dépend de mon humeur en fait. Il y a des films qui me scotchent, que j’adore et puis après je passe à autre chose. J’en vois un autre, après je deviens nostalgique, je me dis « je l’aimais bien celui-là ». Mais en règle générale celui qui m’a bien inspiré, c’est quand même Spielberg, la découverte d’un film, qui malheureusement pour moi, je n’ai pas vu au cinéma, que j’ai vu à la télévision parce que quand il était sorti au cinéma, je n’étais pas né, c’était Duel . Son premier téléfilm, c’est celui qui m’a véritablement scotché, et en regardant Duel je me suis dit comment avec peu de choses, on peut obtenir en haleine pendant 90 minutes un spectateur. Et pourtant c’est une voiture qui est poursuivit par un camion, franchement le pitch c’est pas grand-chose ( rire ), mais pourtant à l’arrivé on a un sacré beau film.

Mais c’est pas seulement Duel, il y en a d’autres qui m’ont plu, L’Empire Du Soleil de Spielberg , c’est radicalement autre chose, radicalement différent. Et puis je ne m’accroche pas forcément au fantastique en fait, j’aime beaucoup de films, je suis assez éclectique à ce niveau là. Il faut avant tout qu’il y est une émotion. Quand je vois un film faut que ça me parle.

Quels films en compétition vous ont marqué cette année ?

J’ai pas eu le temps de voir énormément de films. J’ai vu que deux films : le Johnnie To, enfin Vengeance, et Agora d’Aménabar. Agora, j’ai adoré. J’ai vraiment bien, bien, bien aimé. Je pensais voir un bon film, j’ai vu un très bon film, donc agréablement surpris. J’attends de voir Inglorious Basterds de Tarantino. Un film hors compétition que je ne veux absolument pas rater, c’est Sam Raimi ( ndlr : Jusqu’En Enfer ).

Pour conclure, que pensez-vous de l’ambiance du festival ?

Cette année, on a eu de la pluie au départ, il fait beau cette fois. C’est un festival assez calme cette année, par contre une très, très, bonne sélection avec de très grands réalisateurs, et donc c’est ça qui est assez particulier, ils disent que c’est la crise qui fait que justement on a pas autant de participants que d’habitude, mais pour moi, quand même, je sens que c’est plus calme cette année, qu’il y ait moins de prises de risques que d’habitude mais les gens sont plus accessibles bizarrement cette année. Alors je sais pas, c’est une ambiance assez mitigée mais j’ai encore la fin de la semaine pour carburer comme on dit, mais de toute façon je ne suis pas là pour m’amuser, je suis là pour bosser.

A noter qu’une partie de cette interview a fait l’objet d’un “day by day” vidéo lors du 62ème Festival de Cannes, vous pouvez donc retrouver Farid DMS Debah à cette adresse.