À lire également, notre critique du film CHOCOLAT.

La dernière avant-première du film CHOCOLAT s’est déroulée à Bordeaux, sur la piste du Cirque Arlette Gruss, en présence du réalisateur et de . Cette présence avait une valeur hautement symbolique pour l’équipe du film car Rafaël Padilla, dit , est mort dans la misère à Bordeaux en 1917. Les deux hommes reviennent avec nous sur ce personnage, son histoire et la construction du film autour de lui.

Omar Sy, Roschdy Zem pour CHOCOLAT

© Sylvie-Noëlle, Le Blog Du Cinéma

 

Parlez-nous de ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire ?

Roschdy Zem : On manque pas mal d’inspiration en France, on fait des suites, mais on ne crée pas vraiment. Il y avait chez ce personnage emblématique, coqueluche de Paris et qui est mort dans l’oubli, tous les ingrédients pour raconter une histoire émouvante extraordinaire. Je voulais surtout éviter l’écueil du misérabilisme et de la victimisation. Il ne s’agissait pas de dénoncer, mais de raconter la vie d’un homme. Chocolat a un profil de jouisseur, exactement comme une Rock Star : il est flambeur, mégalo, il ne traite pas bien les femmes…
Je me suis alors attaché à raconter deux histoires d’amour : celle du duo comique et celle avec Marie. Je voulais montrer la vie de cirque, les coulisses, le vivre ensemble. C’était important de raconter le rapport dominant-dominé, qui a un aspect intime pour moi, jusqu’à l’émancipation de Chocolat dans cet empire colonial. Mais j’ai voulu aussi oublier sa couleur de peau. Je voulais que le film raconte l’histoire d’un homme et qu’on sente en toile de fond, en filigrane, la mise en lumière de son statut d’artiste. D’autant que c’était aussi un pionnier : il a été le premier à aller dans les hôpitaux faire rire les enfants ! 

Le cinéma est un moyen de transmettre, de déclencher une réflexion, un débat, d’ouvrir un dialogue. C’est un élément qui nous permet de nous tendre les mains.

 

Vous avez pris quelques libertés dans le scénario par rapport à la vie réelle de Chocolat, pour quelles raisons ?

R.Z : On prend souvent des libertés avec le scénario, même si on s’attache à la réalité. Mais c’est pour raconter plus de vérités. C’était compliqué de retrouver la trace de Chocolat, il est tellement tombé dans l’oubli. Alors nous avons, avec les scénaristes, comblé les vides de sa vie par notre imagination. Par exemple, il n’a jamais joué Othello, mais on sait qu’il a essayé de jouer Moïse et qu’il avait beaucoup de difficultés à jouer son texte.

 

Qu’avez-vous ressenti en incarnant ce personnage ?

Omar Sy : On ressent toujours une part de responsabilité à incarner un personnage qui a existé. J’ai éprouvé un sentiment d’injustice face à l’oubli de Chocolat, et j’avais envie de réparer cela. C’est un peu ce que l’on fait ici, en venant à Bordeaux. C’est difficile de parler de la haine raciale, mais accepter le rôle était un passage obligé pour en parler, pour faire ressentir les choses. C’est ma contribution.

R.Z : C’est très symbolique pour nous d’être ici à Bordeaux , il y a une grande émotion.

 

« J’ai éprouvé un sentiment d’injustice face à l’oubli de Chocolat et j’avais envie de réparer cela. »

 

En jouant ce duo avec Footit, avez-vous vu une résonance avec le duo que vous formiez avec Fred Testot ?

O.S : Oui je suis effectivement allé puiser dedans. Dans un duo, il y a une fraternité, de l’amour, de la complexité et de l’ego aussi.

 

Comment avez-vous travaillé les personnages des clowns ?

O.S : Ce n’est pas si inné de bouger comme un clown, ça demande beaucoup de travail. On n’a pas le droit d’être approximatif. Il y a des gestes précis. C’est une musique qu’on apprend. J’ai eu la chance de travailler avec James Thiérrée qui m’a inculqué le rythme (NDLR : Footit dans le film).

R.Z :  Au moment de la préparation du tournage, nous avons beaucoup regardé les cinq films réalisés par les frères Lumière. C’était important de voir Chocolat et Footit en mouvement. C’était très physique, très explosif même, mais c’était aussi très agréable et émouvant. James nous a aidé à moderniser les numéros de clowns. Il a accepté le rôle avec beaucoup de méfiance. Il a en effet une approche sacrée du cirque. Puis il s’est emparé de cette mission avec une belle énergie. J’ai assisté à quelque chose de formidable : la naissance d’un vrai duo. Omar et James ont répété pendant 4 semaines très intenses. C’était un peu pervers de ma part, mais j’ai réussi à avoir les rapports conflictuels, la pression, la tension que je voulais pour mes personnages.

 

En quoi ce rôle est-il un cap dans votre carrière et pensez-vous jouer au théâtre, pourquoi pas Shakespeare ?

O.S : C’est la première fois que je porte un grand film et que je suis présent autant en amont d’un projet, avant même l’écriture du scénario. C’est un drame qui me fait toucher à plein de choses, comme un condensé de plusieurs films. J’ai beaucoup appris à travailler aux côtés de Roschdy, et j’aborde aujourd’hui mon métier différemment.
Quant au théâtre, j’ai quand même chopé une sacrée peur en jouant Othello dans le film. Je me suis demandé si je serais à la hauteur, si je serais légitime, si j’avais le droit d’y toucher… je n’ai pas envie d’y retoucher tout de suite mais ce que je sais c’est que c’était un moment très intense et que cette intensité là m’intéresse.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

Affiche du film CHOCOLAT


+ Critique du film
+ Interview de Roschdy Zem et Omar Sy

Titre original : Chocolat
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Cyril Gely, d’après l’oeuvre de Gérard Noiriel, adaptation de Roschdy Zem, Olivier Gorce et Gérard Noiriel
Acteurs principaux : Omar Sy, James Thiérrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet
Pays d’origine : France
Sortie : 3 Février 2016
Durée : 1h50min
Distributeur : Gaumont
Synopsis : Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

BANDE-ANNONCE