Le Festival international du film de La Rochellequi s’est tenu du 1er au 10 juillet, rendait cette année hommage au réalisateur , qui fête cette année ses 75 ans. On lui doit notamment La Vallée, Barfly, Le mystère von Bülow, JF partagerait appartement, La vierge des tueurs, Amnésia et des documentaires Général Idi Amin Dada : Autoportrait et l’Avocat de la terreur (Jacques Vergès). Fondateur de la maison de production Les films du Losange, il fait parfois des apparitions comme acteur. On vous propose les meilleurs moments de la Masterclass animée par ce grand monsieur du cinéma, d’un abord un peu rugueux mais ô combien passionnant.

Barbet Schroeder producteur : Je suis surtout devenu producteur pour ne pas faire des films de suite ! Je pense qu’être metteur en scène est un art adulte qui a à voir avec une certaine maturité, une idée esthétique.

Barbet Schroeder acteur : Je travaille avec des amis, je n’ai pas de carrière d’acteur ! Un metteur en scène devrait faire l’acteur quelques jours chaque année, pour apprendre à parler aux acteurs, voir leurs réactions.

Réaliser un film : Il faut être impliqué, être sûr, avoir un bon scénario, chercher des acteurs… c’est une entreprise titanesque pour moi ! Pour Barfly, il m’a fallu sept ans pour trouver un financement à Los Angeles, je passais mon temps à préparer le film, à chercher des lieux avec Bukowski… J’ai dû faire tous les bars de LA. C’est comme ça qu’on a enfin pu trouver celui dans lequel on a tourné, un vrai tunnel. Et puis Mickey Rourke a mis un temps fou avant d’accepter de lire le scénario, puis de faire le film ! Pour La vierge des tueurs, j’ai mis des années à chercher un écrivain colombien, à lire ses œuvres, à me mettre d’accord avec lui sur le scénario !

Barbet Schroeder2 montage Barfly

Les tournages dans les différents pays: Pour Inju, La bête dans l’ombre que j’ai tourné au Japon avec des équipes entièrement japonaises, c’est certain que c’était d’une complexité extrême et un vrai challenge quand on ne connaît ni la langue, ni la culture ! Mais comme elles connaissaient la raison de chacun des plans dessinés, le résultat visuel est extraordinaire et tellement plus authentique que le film Geisha tourné au même moment par les Américains avec une actrice chinoise dans le rôle principal ! La Vierge des tueurs est 100 %  colombien, comme le café ! Ma plus grande fierté avec ce film, c’est d’être arrivé au bout du tournage et d’avoir connu un triomphe là-bas malgré le scandale du sujet, grâce à l’humour particulier colombien qui ressort.

La durée d’un film : La grande erreur faite par tous les cinéastes, surtout quand il s’agit du premier long métrage, c’est de faire des films trop longs : c’est très facile de faire 3 heures ! Rivette, Bertolucci, Wenders l’ont commises ! Une chose qu’on apprend avec l’expérience, c’est que de toute façon, on n’a presque pas le temps de raconter une histoire dans un film. Devenir cinéaste, c’est maîtriser le temps. Même quand on fait un documentaire, on raconte une histoire. Il faut trouver l’économie dans le récit et découvrir les trucs qui sont en trop.

« Barbet Schroeder: « Les deux clés du cinéma pour un cinéaste sont la maîtrise du temps et le point de vue sous lequel on décide de raconter une histoire. » »

Le monde d’Hollywood : Le mystère Von Bülow est un film fauché (7,5 millions de dollars sans les acteurs), et ça n’a pas été facile pour les acteurs de jouer dans le vide ! Mais les deux films pour lesquels j’avais pourtant un budget dix fois plus élevé, L’enjeu (Desperate Measures) ou Le poids du déshonneur (Before and after) n’ont pas rencontré le public américain, parce qu’ils ne disaient pas qui étaient les bons et qui étaient les méchants ! Ce qui m’intéressait, c’était d’examiner la cellule familiale, d’avoir un œil légèrement critique, de raconter les deux points de vue, de faire comprendre de l’intérieur. C’est pour moi l’une des clés du cinéma et la base de tout : le point de vue sous lequel on décide de raconter une histoire ! Mais ce public était moralement égaré, il est allergique à ce qui nous intéresse nous, les Français : la notion du bien et du mal ! Je suis sans doute arrivé trop tard dans le monde d’Hollywood !

La direction d’acteurs : Je n’ai pas de méthode de direction d’acteurs, sinon d’être à l’écoute et d’essayer de leur faire comprendre d’une manière simple ce que je veux. J’essaie de les encourager, ils ont aussi de bonnes idées qu’il s’agit de ne pas rater, mais que je peux aussi les refuser.

Affiches films Barbet Schroeder

Les documentaires sur Idi Amin Dada ou Jacques Vergès: je m’approche du mal, je m’intéresse à la complexité des personnages, sans apporter mon grain de sel ni dire ce que je pense. Mon but n’est pas de les juger mais de les laisser se révéler. Je reconnais que j’ai un peu piégé Amin Dada en lui faisant sentir que c’était lui qui décidait ce qu’on filmait. Je me suis amusé, mais en même temps c’était assez terrifiant car j’étais un peu menacé. Avec Vergès, qui était d’une intelligence extrême,  j’ai eu la même approche. Je ne voulais pas être présent quand il a vu le film, et il a failli tout annuler mais comme il avait signé des documents, il a finalement décidé de se faire de la publicité en venant à Cannes avec nous et vendre ses livres. Il a même dit « le film est un chef d’œuvre, à cause de moi » ! Je travaille en ce moment sur le troisième volet de cette trilogie sur le mal.

Le pouvoir: Je hais de manière viscérale le pouvoir, même si en tant que metteur en scène j’exerce du pouvoir ! Le choix des figurants me dégoûte profondément et dans les castings, je passe la moitié du temps à m’excuser, j’en fais trop, c’est ridicule et ça met tout le monde mal à l’aise, mais je n’y peux rien !

Le cinéma d’aujourd’hui : Mon centre d’intérêt s’est déplacé à Ibiza suite à la chute de ma mère dans sa maison, c’est comme cela que j’ai eu l’idée du projet d’Amnesia. Je n’ai pas le temps de voir des films, je travaille de plus en plus tout seul, avec mon computer, dans une économie extrême en raison des sujets que je veux traiter. Il me reste le temps de dormir !

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle