Nelly Kaplan, Réalisatrice féministe de la Nouvelle Vague, est décédée

Cinéaste féministe de la Nouvelle Vague, amie des surréalistes et icône subversive, Nelly Kaplan est décédée jeudi matin de la COVID-19 à 89 ans.

D’abord actrice chez Abel Gance (La Tour de Nesle en 1955 puis Austerlitz en 1960), la réalisatrice se distingue dès 1969 avec La Fiancée du pirate, sélectionné à la Mostra de Venise. Pour son premier long-métrage, la cinéaste réalise mais également co-produit un film féministe emblématique au synopsis proche de l’avertissement : « Regardez dans La Fiancée du pirate, qui fut mon premier film de fiction, l’intrusion du Merveilleux dans la réalité de la France profonde. Marie est une sorcière qui, par la force de sa volonté, et de ses pouvoirs sans doute, finit par brûler les inquisiteurs au lieu de se faire brûler. » Si la figure de la sorcière a toujours été centrale dans le féminisme, Nelly Kaplan va l’immortaliser sur une pellicule à travers l’image de Bernadette Lafont qui incarne Marie, une femme dénonçant l’hypocrisie d’un village, microcosme d’une société française rance.

La moralité de ce premier long-métrage est complexe. Tant et si bien que la commission de contrôle des films le menace d’interdiction totale et suggère une autre fin, plus morale, à la place de l’apologie du vice suggérée par Nelly Kaplan. Néanmoins, la réalisatrice ne cède pas et le film est interdit aux moins de 18 ans. Cela ne l’empêchera pas de recevoir une standing ovation lors de sa projection à Venise et de devenir un film culte de la Nouvelle Vague. Dans ses réalisations suivantes, Nelly Kaplan continue de peindre des portraits de femmes insoumises : Papa les p’tits bateaux (1971) raconte l’histoire d’une héritière fortunée, enlevée par des gangsters amateurs, qui devient le chef de ses propres kidnappeurs. Puis avec Néa (1976) ou encore Plaisir d’amour (1991), la réalisatrice saupoudre son univers de sensualité, entre Éros et Thanathos.

Ainsi, dans un domaine encore sous monopole masculin dans les années 60, Nelly Kaplan a fait partie de cette génération de femmes qui se sont emparées de la caméra comme d’un instrument de lutte essentiel aux mouvements féministes.

Sarah

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