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À l’approche de la sortie de Dunkerque (19 juillet 2017), nous avions envie de revenir sur les 9 films précédents de Christopher Nolan, pour d’autant mieux cerner ce qui nous rend ce réalisateur si passionnant.

Films de “petit malin”, scénarios géniaux, réalisations bancales, œuvres visionnaires, blockbusters intellos, divertissements extraordinaires (au sein d’une industrie étouffée sous les produits génériques), films d’auteur, paradoxales réflexions vis à vis du 7ème art, hold ups de l’inconscient collectif … Il existe de nombreuses façons de cataloguer le cinéma de Christopher Nolan.

Nous voyons quant à nous, chacun de ses films comme ambitieux et génial. Cet article nous permettra de classer, des moins aux plus fascinants, leurs enjeux et réussites – tous notables mais parfois radicalement opposés.

LE TOP 9 DES FILMS DE CHRISTOPHER NOLAN

Si l’on regarde cette trilogie Batman du point de vue de la métaphore du terrorisme post-11/09… Son troisième opus en est certainement le film le plus pertinent, le plus ambitieux, et quelque part aussi le plus positif;

Tout en s’inscrivant dans une continuité folle avec les deux autres films, Nolan s’éloigne de l’iconisation du Joker et propose avec son nouveau méchant, Bane, un antagoniste à la fois cérébral et physique, préparant patiemment et souterrainement son régime de terreur avant de l’appliquer par la force brute, sans laisser aucune échappatoire à personne. Ce que Bane veut, c’est emprisonner Gotham dans une situation de désespoir psychologique, pour d’autant mieux la détruire par les armes; sa radicalité forcera ainsi chacun, à (re)positionner son degré d’humanisme et de moralité par ses actions et décisions, la somme de celles-ci étant la seule chose capable de défaire l’emprise de Bane sur le monde. De son coté, le Batman reste animé par une certaine volonté jusqu’au bout-iste, de protéger et servir à tous prix. Il est un symbole ambivalent, d’espoir et d’inspiration autant que d’extrémisme, pouvant là encore être assimilé aux méthodes du gouvernement américain face au terrorisme.  In fine, la morale dans The Dark Knight Rises est que “l’héroïsme existe en chacun, à son échelle” ; l’effet pervers de cette morale étant cela dit, une sorte d’uniformisation de l’héroïsme à l’échelle du film, et par extension l’impression d’une oeuvre qui, malgré ses deux climax, son rythme crescendo et la qualité générale de l’interprétation et de l’écriture des personnages, paraît sans réels reliefs.

Un grand film… Mais qui, à l’instar d’un Kill Bill vol 2, s’apprécie difficilement sans contextualisation.

 

L’histoire d’un type qui un jour, pour tromper l’ennui, décide de suivre des gens. Jusqu’au jour ou l’un de ceux qu’il suit, un cambrioleur nommé Cobb, le repérera et décidera d’en faire son “apprenti”…

Following a tout du premier film de réalisateur en devenir. Des concepts de “petit malin” (explosion des codes de narration, manipulation du spectateur et de sa perception, scénario en poupées gigognes et rebondissements en chaîne), une personnalité forte s’exprimant à travers d’excellents dialogues, ainsi qu’une plongée progressive dans un monde cruel et désabusé, que n’aurait pas renié un Kubrick. L’égoïsme, l’individualisme et l’envie de manipuler son prochain sont des composantes clés de la psyche des personnages Nolan-iens, et Following repose presque intégralement sur l’exploration de ces caractères pour construire son scénario. Un film donc techniquement abouti (superbe N&B, rythme, montage, interprétation au top), mais également un peu antipathique.

Il y a par ailleurs, les prémices de la réflexion que Nolan développera plus tard dans le Prestige ou Inception, à propos des places du réalisateur et du spectateur vis à vis du Cinéma, de la création d’émotions. Ici il s’agit d’empathie avec la “victime” ou plutôt le public, dans le but de mieux le manipuler – à moins que cela ne soit l’inverse. Bref. Un premier film passionnant et déjà riche en pistes d’interprétations.

 

Avec Batman Begins, Christopher Nolan pervertit considérablement la formule du blockbuster super héroïque, misant habituellement sur les spectaculaires confrontations et interactions entre personnages aux pouvoirs extraordinaires. Le parti-pris est ainsi dément: ancrer Batman dans un monde extrêmement réaliste,  dénué de surnaturel. Nolan déconstruit alors toute la mythologie existant autour de l’homme chauve-souris pour l’appliquer à une réalité qui serait commune au spectateur ET aux personnages du film, où les règles seraient les mêmes que les nôtres – administrativement, économiquement, physiquement, moralement, et par conséquent humainement.

Photo de Batman Begins de Christopher Nolan

Que se passe t-il quand un milliardaire, ayant construit son identité à partir de ses traumas (comme tout le monde finalement), décide de devenir une icone de la justice ?

Un film ou l’héroïsme, le spectacle, viendrait des choix et des évolutions intérieures d’hommes et f lmmes normaux, et non de la mise en image de leurs actions. Nolan façonne ainsi son Batman comme un personnage fort mais sans but, qui grandira et deviendra mythique parce qu’il s’en trouvera: protéger et servir les habitants de sa ville, nettoyer la corruption qui la gangrène, devenir une source d’inspiration pour ses co-citoyens. Ce Batman Begins est également l’occasion de reprendre d’Insomnia la thématique du double destructeur, avec ces personnages cherchant tous à contrôler, à leur façon, soit eux mêmes, soit leur antagoniste.

Un vent de sérieux, de réalisme et d’anti-fun marque ce renouveau de la licence Batman, imposant ce Batman comme une toute nouvelle vision d’un personnage pourtant angulaire dans l’inconscient collectif. Mais en dépit de sa profondeur, Batman Begins rate malheureusement tout ce qui relève de l’iconisation, et même du divertissement pur et dur. C’est notre argument pour justifier sa place si “basse” dans ce top, notamment par rapport à d’autres pas forcément plus riches mais autrement plus jouissifs, comme le Dark Knight.

 

Après Following et Memento, Christopher Nolan “pose” sa caméra et réalise un film beaucoup plus conventionnel, certainement le plus simple de sa filmographie. Un pur polar, sans éclatement de la narration, une course contre la montre, une enquête relativement classique (mais très bien menée) d’un vieux flic aguerri pour trouver un serial killer. Un duel du “bien” contre le “mal”, en théorie.

Christopher Nolan développe cependant avec Insomnia, quelques éléments clés qui reviendront, transcendés, dans ses films suivants. La thématique de l’antagoniste total est donc centrale ici, avec un flic et un tueur présentés sur un pied d’égalité en termes de motivations, d’intelligence, de poids sur le destin des autres, de combat intérieur contre leur nature première. Ce dernier aspect, traité jusqu’à un certain extrême, les rend tous les deux d’autant plus ambivalents, et donc fascinants. Pour parvenir à donner vie à Dormer et Finch, il fallait du coup, plus que deux simples interprètes du “gentil” et du “méchant”. Il fallait des acteurs-monde comme Robin Williams ou Al Pacino, dont toute la filmographie nourrit notre perception de leurs personnages, et permettant ensuite au script retors de Nolan de manipuler notre empathie pour leurs actions et de nous emmener à leurs sujet sur les voies de l’introspection, de l’imprévisibilité et de l’anti-manichéisme. Les confrontations entre le Joker et le Batman, ou encore entre Angier et Borden sont déjà esquissées dans Insomnia.

Photo d'Insomnia de Christopher Nolan

Confrontation climactique entre deux acteurs-mondes, Al Pacino et Robin Williams

Insomnia est également l’occasion pour Christopher Nolan de réaliser ses premières vraies scènes d’action, sur un modèle qu’il reprendra souvent dans ses blockbusters à venir. Celui d’une mise en image sans inventivité (montages, cadrages, chorégraphies et rythme défaillants, à l’inverse de ce que l’on peut voir chez des cinéastes comme Spielberg, Cameron, Mann ou McTiernan), mais qui serait en outre exceptionnelle par leur théâtralité, d’idées propres au récit et à l’univers des films. Par exemple, dans The Dark Knight, l’explosion de l’hôpital sert surtout à exprimer par la démesure la folie comportementale du Joker; dans Inception, lorsque Arthur se bagarre en passant d’un mur à l’autre, cela explique par l’image comment une réalité peut en influencer une autre. Idem pour “la scène de la vague” dans Interstellar, servant d’illustration aux enjeux, à court/long terme, humainement et psychologiquement, de Cooper et son équipe envers le reste du monde. C’est donc pareil avec les deux excellentes courses-poursuites d’Insomnia, l’une dans un brouillard symbolisant le flou moral dans lequel évoluent les deux protagonistes, l’autre sur des rondins de bois en mouvement, métaphore de la stabilité défaillante – ou au contraire solide -, de leur psyche. Génial.

Enfin, comme son titre l’indique plus ou moins, Insomnia se pare d’une ambiance fascinante, presque Twin Peaks-ienne, de par sa localisation dans un Alaska sans nuits.

 

Christopher Nolan réalise avec son second long métrage – un récit monté à l’envers, racontant l’histoire d’un amnésique qui cherche le meurtrier de sa femme -, ce que l’on peut appeler un film de “petit malin”. Ce genre d’oeuvre orgueilleuse cherchant à prouver, au pied de biche, toute l’ambition que porte en lui un auteur à bouleverser les conventions cinématographiques.

Mais au delà du gimmick, il y a un exposé frontal et palpable sur la manipulation. Celle du protagoniste Leonard (par l’émotion, par les faits, par les mots) à laquelle s’ajoute celle du spectateur (par le montage, les cadrages et mouvements de caméra, la narration, la réalisation). Nolan nous prouve donc effectivement, en maintenant le suspense jusqu’à la toute dernière minute, qu’il est le maître du film, celui qui affirme haut et fort pouvoir emmener ses personnages – ou nous -, absolument où il veut.

Saurez-vous trouver qui est le personnage le plus manipulateur dans cet image ?

Memento peut ainsi se voir comme une réflexion sur la création de l’émotion, et donc permettre de faire un parallèle avec ce média dont c’est la fonction première, le Cinéma. Nolan en tant qu “auteur de cinéma”, cherche évidemment à faire naître l’émotion chez son spectateur… La différence est que le fondement même de ses films, c’est de comprendre comment y parvenir, et de traduire ce questionnement existentiel en œuvres de cinéma. Avec Memento, il s’agit de manipuler cette émotion pour mieux la générer. Le prestige plus tard, confrontera deux méthodes de création d’émotion, intellectualisée d’un coté, divertissante de l’autre. Le sujet d’Inception – film paradoxalement froid -, est de faire naître artificiellement l’émotion. Enfin, Interstellar, démontrera mathématiquement la puissance de l’émotion – pour mieux la créer.

C’est également sur ce terrain que l’on attend Dunkerke: un film exclusivement centré sur la génération du suspense, émotion puissante s’il en est, par la mise en scène d’hommes regardant en face leur absence d’échappatoires.

 

Le Joker.

Si vous avez vu le Dark Knight, second film de la trilogie Batman, vous savez alors pourquoi cette chronique commence par son nom; Christopher Nolan construit son film, son scénario, sa narration, ses rebondissements, autour du Joker. Un vrai méchant de cinéma et pourtant étonnamment réaliste, dont les actes ne seront JAMAIS justifiés ! Ni par l’avidité, un complexe d’infériorité, la vengeance, des traumas d’enfance ou quoi que ce soit d’autre… qu’une envie de répandre le chaos. Un personnage qui utilise ainsi son exceptionnelle intelligence dans cet unique but – répandre le chaos -, échafaudant des stratagèmes à court, moyen ou long termes (parfois même les 3 à la fois !), de destruction de l’humanité des héros. Plans que Christopher Nolan aura d’ailleurs le courage de tous mener à exécution, justifiant le statut d’antagoniste ultime du Joker. Un personnage qui a donc TOUJOURS une longueur d’avance sur tout; sur nous les spectateurs, sur les héros ou même autres villains, sur le film ou même la trilogie dans son ensemble… Bref: Nolan crée non seulement un personnage génial et novateur (qui plus est remarquablement interprété par feu Heath Ledger), mais de plus modifie drastiquement l’habituel schéma gentil > méchant , et donc notre perception même de ce que doit être un divertissement grand public.

Problème: le Joker est tellement charismatique et fascinant, et les (assez rares) scènes où il apparaît sont tellement climactiques, qu’il absorbe telle une matière noire, les efforts des autres personnages ou même du récit ET du film, pour exister par eux-mêmes. Il n’y a qu’à voir la trilogie dans son ensemble pour se rendre compte de son influence, sur les actions passées autant que sur celles à venir. Si ce que l’on apprécie le plus dans le cinéma de Christopher Nolan c’est sa façon de transposer des réflexions sur les places de l’auteur, du cinéma et du spectateur dans des scénarios obsédants et la création d’univers fascinants, The Dark Knight, est peut-être alors son film le moins riche, en cela qu’il met de coté ses habituelles obsessions au profit de l’iconisation totale d’un villain, et d’un “simple” bousculement des habitudes de consommation du divertissement chez le spectateur.

Un parti-pris cela dit assez fort qui suffit malgré tout, à en faire l’un des films les plus géniaux du XXIè siècle – devant même, objectivement, les 3 premiers de notre top.

 

Commençons par la faiblesse principale d’Inception; Nous en parlions à propos d’ Insomnia: la mise en scène de l’action n’a jamais été le point fort de Christopher Nolan et les rares fois où celle-ci devient remarquable chez l’auteur, c’est lorsqu’il filme des concepts au delà de l’action elle même. Hors, Inception EST en grande partie un film d’action, quelque part entre James Bond, Heat, Jason Bourne et Matrix; un film d’action sans idées de mise en scène et donc décevant de ce point de vue… À l’exception d’une scène – celle de “la voiture qui fait un tonneau”.

Ce qu’Inception possède en outre, c’est un scénario. Un scénario exceptionnel, à la fois allégorique et concret, appliquant tous les éléments d’un genre – le film de braquages -, à un univers onirique et mental, et donnant par ailleurs à chacun des aspects de la réalisation, y compris cette défaillante mise en scène de l’action, une importance, et une place au cœur de la narration. Christopher Nolan construit ainsi un film d’une logique implacable, où l’on présente l’univers en introduction, puis en simultané ses règles, les personnages, leurs spécificités et leurs enjeux, avant de démarrer le long et puissant climax – le braquage. Remplacez l’argent à voler par une idée à implanter, le coffre par une sorte de subconscient, et la banque par les rêves, et voilà les géniales bases d’Inception.

Mais si Inception devient bien plus qu’un film intelligemment construit, c’est parce qu’il s’inscrit dans cette réflexion tout à fait Nolan-ienne portant sur le cinéma – les places du spectateur, du divertissement, de l’auteur et de l’émotion qui servirait de liant entre ces notions. Tout comme l’ont fait Le Prestige et Memento avant lui, et comme le fera plus tard Interstellar, Inception et son scénario mettent tout cela en parallèle et transposent cette passionnante réflexion en un “film de cinéma”, et pas de n’importe quelle sorte: un blockbuster. Voyez: L’émotion est ce que le cinéma et parfois plus simplement un auteur, doit provoquer chez le spectateur. Pour cela, il met en scène de A à Z, un univers où s’additionnent tout un tas de caractéristiques plus ou moins techniques (mise en scène, scénario, effets spéciaux, décors, interprétation et direction d’acteurs, musique, montage, etc.) dans le seul but d’emmener philosophiquement le spectateur vers un état d’oubli de son quotidien; Et parfois encore, sans doute très rarement d’ailleurs, un auteur réussit à toucher profondément le spectateur jusqu’à modifier une part importante de lui même, et de sa conception du monde.

Inception, c’est ainsi également cela: une métaphore assez pure du Cinéma tel que le conçoit Christopher Nolan, tel qu’il souhaite le créer pour son spectateur. Paradoxalement, Inception n’est pourtant pas le hold up émotionnel qu’il raconte. Nous y reviendrons avec notre n°1.

 

Peu de choses peuvent être prises en défaut dans Le Prestige.

Son scénario est puissant (un duel tragique entre deux magiciens géniaux), ménageant l’empathie envers ses deux protagonistes tout autant que les quelques rebondissements qui redéfiniront à chaque fois notre perception d’eux; l’interprétation générale est solide, mais devient encore plus démentielle lorsque l’on perçoit en seconde vision, ces détails dans le jeu des acteurs qui renforcent la profondeur de leur personnages; la narration elle même participe de cela, du fait qu’elle déconstruit l’histoire via une chronologie émotionnelle plutôt que temporelle, rajoutant un degré de stimulation chez le spectateur; la dramaturgie du film, convoquant vengeance, jalousie, orgueil et mélancolie, se construit sur la spectaculaire escalade de la violence entre les deux protagonistes. Les personnages paraissent d’ailleurs tous assez iconiques, du fait d’une certaine théâtralité de leurs actions, et notamment lors de leurs différentes “sorties de scènes” (le Prestige est dans le film, le dernier acte d’une illusion et se doit d’être incroyable); la réalisation enfin, est incroyablement classieuse: musique, reconstitution, mise en scène (ou théâtralité plus précisément), montage, cadrages, Nolan réalise ici un quasi sans faute – bien aidé par le fait qu’aucune “scène d’action” ne vient parasiter l’ensemble. Bref. Un film absolument génial.

Mais comme pour Inception, c’est dans sa métaphore du cinéma que le film devient d’autant plus fascinant. Et encore plus dans le fait que les personnages et leur histoire constituent dans l’ensemble, un autoportrait de Christopher Nolan (et peut être même une psychanalyse de la relation que celui-ci entretient avec son frère Jonathan Nolan).

Angier, le “metteur en scène”, l’ “entertainer”, VS Borden le “scénariste”, “l’intellectuel”, le “créatif”. Les deux personnages représentent le travail de l’auteur, et leur combat symbolise toute la contradiction de Nolan – l’auteur de “blockbusters intellos”. Angier et Borden cherchent de plus à émerveiller le spectateur – l’un par l’illusion, l’autre par le concret. Un postulat symbolisant de nombreuses choses toutes très pertinentes (numérique VS argentique, images de synthèse VS effets spéciaux mécaniques, fantastique VS réel) que de nombreux films de Christopher Nolan mettent eux aussi en perspective. Dans Le Prestige, ce postulat évolue en tous cas vers une extraordinaire et terrible impasse, générée par un public demandant toujours plus à un auteur qui, en fonction de son orgueil, sera prêt ou non aux compromissions pour le satisfaire.

Comme vous avez maintenant du le comprendre, ce qui nous fascine le plus chez Christopher Nolan c’est sa capacité à transformer ses réflexions existentielles sur le cinéma en scénarios extraordinaires. Celui du Prestige est alors, de ce point de vue, absolument fantastique. Seul défaut: il s’agit encore une fois d’un film qui tient, paradoxalement, le spectateur à distance de l’émotion.

 


Nous avons déjà longuement parlé d’Interstellar… Déjà deux critiques consacrées à son caractère émotionnel ainsi qu’à sa maestria technique, il fut également consacré meilleur film de 2014, nous avons déjà repéré son influence sur d’autres longs métrages comme Doctor Strange ou Premier Contact, et enfin analysé l’une de ses premières scènes (la poursuite du drone) – magnifique sommaire du film lui-même, mais également manifeste du parcours de Nolan dans son ensemble.

Cet article ambitionne cela dit, de déterminer “succinctement” les diverses richesses de chacun des films de Christopher Nolan. Interstellar se pose alors comme film-somme de l’auteur, ce pourquoi nous l’avons placé tout en haut de ce top.

Christopher Nolan

Christopher Nolan a ainsi passé 16 ans et 8 longs-métrages à réfléchir le matériau cinématographique et à expérimenter, via l’impact de ses intelligents scénarios sur des personnages-marionnettes-avatars du réalisateur et du public, les raisons et moyens de faire naître l’émotion. Manipuler nos attentes et perceptions, stimuler par la complexité d’un script multipliant les pistes de lecture, rendre réaliste l’extraordinaire et garder le spectacle à hauteur humaine, réécrire l’inconscient collectif, bouleverser nos préconceptions en matière de récit ou de narration, époustoufler par la qualité d’une direction d’acteurs conjuguée à une écriture de personnages sans faille, transposer des problèmes de société en un spectacle défiant toute imagination… Son cinéma a ainsi toujours été affaire de démonstration mathématique, et de déconstruction/construction des émotions. Si ces extraordinaires ambitions ont déjà suffit à marquer durablement l’imaginaire (6 sur 9 des films de Christopher Nolan sont dans le top 100 IMDB), elles vont toutefois de pair avec une certaine froideur, justement due au coté calculé, trop intellectualisant, de ses œuvres.

Quasiment toutes les notions détaillés ci-dessus se retrouvent dans Interstellar; le film ancre son scénario d’apocalypse écologique et de solution extra-terrestre dans un réalisme scientifique qui ira jusqu’à expliciter le principe de relativité puis nous donnera une représentation d’un lieu ou cohabitent cinq dimensions (gravité, espace et temps) pour justifier sa boucle temporelle, et surtout crédibiliser cette aventure fantastique et par extension, son parcours émotionnel. Il s’agit après tout (ou avant tout ?) d’une histoire où un père aura eu besoin de voyager vers les confins de l’univers et de pénétrer les secrets de la physique quantique, pour accepter et comprendre ses propres sentiments; la réalisation de Christopher Nolan (conjugaison du scénario, de la mise en scène, du rythme, de la musique, de la direction artistique, de l’interprétation, de la technique) se met en tous cas totalement au service d’une inception toute simple: l’amour sert de liant entre cinéma et réalité. Interstellar

Interstellar est CE voyage vers l’extraordinaire que l’on attend du cinéma, celui qui nous fait retenir notre souffle d’émerveillement et de suspense, avant de faire couler nos larmes. Un voyage effectué par des personnages forts pour qui notre empathie est immense, une empathie qui donne une prégnance à leur quêtes et enjeux – sauver le monde, se retrouver; un récit se servant pleinement de la technique et de la technologie pour d’autant mieux créer sur l’écran, ces univers fantastiques (et intérieurs) que traverseront les protagonistes… Tout cela servant à démontrer, très pragmatiquement, très mathématiquement, l’importance de l’amour. Et mieux encore, à créer de l’émotion en nous. Christopher Nolan parvient enfin avec Interstellar, à conjuguer son légendaire pragmatisme, son intelligence d’écriture, et la création d’émotion. Bravo.

En dépit de ce classement, CHACUN des films de Christopher Nolan est pour nous marqué du sceau de l’excellence: Nolan est en effet un véritable auteur insufflant un nombre conséquent de motifs et de thématiques à ses films. Un véritable réalisateur parvenant à associer toutes les caractéristiques techniques, philosophiques, artistiques et créatrices qui peuvent composer un film, et tirer le meilleur de chaque composante. Sa spécificité toutefois, est peut-être de parvenir – à l’instar d’un certain Charlie Kaufman (voir notre rétro) -, à traduire des obsessions intimes et des interrogations sur le monde, en scénarios tortueux et en univers riches, complexes et attirants; la différence majeure toutefois, serait que le cinéma de Christopher Nolan, bien que parfois extrêmement personnel, soit paradoxalement accessible au plus grand nombre.

Georgeslechameau

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