Se situer dans une zone hors temps, en étant dans un espace réduit et isolé du monde extérieur et des autres. Vivre ainsi de longs moments sans aucun contact… Cela peut faire penser au confinement que vivent les Français et tant d’autres en ce début d’année 2020…

Sauf que dans cette histoire, Jim Preston (interprété talentueusement par Chris Pratt) a la conscience de devoir vivre 90 ans dans un vaisseau spatial, le Starship Avalon, car par erreur, il s’est réveillé trop tôt de son sommeil artificiel censé durer 120 ans, et censé permettre d’atteindre Homestead II, la planète qui sera colonisée et où il devait commencer une nouvelle vie. La vie sur le vaisseau est confortable, la nourriture ne se fait pas rare. Il y a du sport et de la danse par jeux « virtuels » et même une grande piscine avec vue sur la galaxie.

Néanmoins, le point négatif est l’isolement et la solitude. En effet, le seul contact du personnage principal est un robot androïde qui est barman et serveur, Arthur, joué par Michael Sheen, crédible en robot cherchant son humanité. Cela est désespérant. Chris se laisse pousser les cheveux, la barbe, se met à boire, frôle la folie et même le suicide… Jusqu’au moment où…

PASSENGERS, film de 2016 réalisé par Morten Tyldum, et basé sur une nouvelle de Philip K. Dick (Le Voyage gelé), est un film à propos d’une histoire d’amour. Le personnage principal, Jim, tombe follement amoureux d’Aurora Lane (joué sublimement par Jennifer Lawrence), une jeune femme blonde, belle, pétillante, qui dort dans sa capsule d’hibernation dans une salle avec les autres 5 000 passagers et 258 membres d’équipage, en attendant de se réveiller 90 ans plus tard sur la nouvelle planète. Il l’aperçoit telle la Belle au Bois Dormant, vient la regarder de plus en plus souvent, visionnant des documents audiovisuels où elle se raconte. Il en devient passionné, développant une obsession. Elle est écrivaine et journaliste. Contrairement à la plupart des voyageurs qui « émigrent » vers Homestead II pour commencer une nouvelle vie, elle souhaite y aller uniquement pour un voyage lui permettant de documenter cette expérience avant de retourner sur la Terre. Son sourire est ravageur, ses yeux angéliques.

Chris, lui, prend une décision démoniaque. Il décide de sortir cette princesse moderne de son sommeil artificiel, même s’il n’a pas les moyens de l’y replonger pour les 90 ans restants. Il la réveille pour éviter lui-même de sombrer dans la folie, pour retrouver un « autre », un interlocuteur, voire plus si ses fantasmes secrets se réalisent. Mais en la sacrifiant. Le baiser du prince charmant est devenu mortifère.

À la différence des personnes confinées de 2020 qui n’ont pas tous de jardin, Jim et Aurora ont comme jardin l’espace interstellaire. Ils peuvent y faire des promenades, habillés d’un attirail de cosmonaute, véritable combinaison spatiale. Moments magiques du film où l’on « vole » sans aucune attache, dans un lieu fait d’infinitude, en reflet de la finitude de l’homme. L’espace-temps y est suspendu. Nous assistons à la beauté poétique de la science-fiction pacifique, sans violence et sans terreur.

Un jour, ils se mettent à s’aimer. Un amour simple, pur. Mais quand Aurora découvre que Jim a manipulé son destin, a joué aux dieux omnipotents, sa réaction de fureur ne se fait pas attendre. Arriveront-ils à s’aimer de nouveau, malgré l’ultime trahison de Jim ? Aurora pourra-t-elle pardonner à l’être aimé d’avoir créé pour elle une existence recluse sur un vaisseau spatial, et ce jusqu’à la fin de ses jours ?
N’oublions pas le personnage de Gus Mancuso, chef de quart qui se réveille également de son sommeil artificiel joué avec brio par Laurence Fishburne des Experts Miami et Experts Manhattan.

Conte philosophique, mise an abîme de notre histoire actuelle ? Quelle leçon en tirer ?
D’une part, le bonheur peut se trouver dans les choses simples, par exemple dans la contemplation de ce qui nous entoure, que cela soit l’univers tout entier ou les personnes et objets de notre appartement. Il peut aussi se trouver dans le fait de réussir à faire pousser un peu de végétation dans ce vaisseau spatial. Le vivant… ce qui nous ramène à l’être vivant.

L’être humain est un être social, comme nous le rappelle Emmanuel Levinas dans Autrement qu’être ou au-delà de l’essence (Livre de Poche, 1974) : « Être humain, cela signifie : vivre comme si l’on n’était pas un être parmi les êtres ». Que cela soit une vie confinée dans un vaisseau spatial dans le film PASSENGERS ou dans son pavillon à cause du Coronavirus. L’humain a un besoin impérieux de « contacts », du regard d’autrui, de son sourire, d’échanges langagiers aussi.

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Dans le confinement de 2020, nous avons le téléphone et les nouvelles technologies qui le permettent pour ceux qui sont seuls. L’humour et les nombreuses blagues partagées réveillent quotidiennement notre humanité. Nous avons besoin d’amour aussi. De toucher l’être aimé, de sentir sa peau, son souffle. Le plus difficile est d’être privé de certaines libertés, mais contrairement à Jim et Aurora, cette situation ne durera pas 90 ans !
Alors pensons à nos deux cowboys de l’espace et de l’amour et tentons si ce n’est de minimiser l’inconfort, de « positiver ». Et visionnons, une fois de plus, PASSENGERS pour un long voyage vers l’infini.

Lillian BOUKHORS-BOROCZ

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Voyageurs de l’espace dans PASSENGERS : une allégorie sur le confinement de 2020 ?

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