La musique et le cinéma vont souvent de pair et depuis des décennies, la destinée des plus grands musiciens s’est transformée en source de fascination pour le grand public, curieux de mieux comprendre la personnalité qui se cache derrière la réussite d’un artiste. Cette fascination s’est traduite par la multiplication des biopics musicaux ces derniers temps (N.W.A Straigt Outta Compton, Bessie, Eden, Get On Up pour ne citer que les plus récents), chaque groupe connu ayant doit au sien.

Un biopic retrace la vie d’un artiste sous la forme d’une fiction, et prend souvent quelques libertés avec la réalité historique. C’est un genre bien distinct du documentaire musical qui utilise des images d’archives ou des extraits d’interview. Ce genre est lui aussi en plein boom ces dernières années avec des films comme Amy, 20,000 Days on Earth, Twenty Feets From Stardom ou encore Pulp : A Film about Life, Death & Supermarkets. Complémentaires dans leur approches, ils permettent souvent de découvrir des aspects différents d’un même personnage.

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(Cliquez sur l’affiche pour lire la critique du film)

AMADEUS, LIFE & MERCY et JERSEY BOYS abordent chacun, sous une facette différente, la destinée de trois hommes extrêmement talentueux mais surtout fragiles et confrontés à une vie personnelle délicate. Ils finiront par sombrer dans différentes addictions. C’est un véritable défi que se sont lancés Miloš Forman, Clint Eastoowd et Bill Pohlad d’adapter la vie de ces génies musicaux à l’écran.

Pour Clint Eastwood, ce n’est pas une première, il s’était déjà essayé au film musical avec Honkytonk Man en 1982, puis avait mis en image la vie de Charlie Parker dans Bird, avant de réaliser un documentaire sur Ray Charles intitulé Piano Blues. Pour les deux autres réalisateurs en revanche, c’était une première et le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne se voit absolument pas; la mise en scène et les décors sont au centre de la construction de ces trois biopics. Costumes d’époque, mœurs locales, véracité des évènements historiques, les trois réalisateurs ont effectué un travail d’orfèvre dans la reconstitution, sans pour autant que cela ne prenne le pas sur le scénario. Plus que la reconstitution minutieuse, c’est par l’empathie véhiculée que ces films parviennent à séduire un aussi large public. Les artistes étant souvent victimes de destins tragiques, il y a là un fort potentiel impeccablement exploité. Ainsi, malgré sa personnalité exubérante, voir arrogante, Mozart nous apparaît comme un jeune garçon attachant. Quant à Brian Wilson, qu’il soit montré en jeune homme aux traits poupons, ou en cinquantenaire dépressif manipulé par un entourage peu scrupuleux, il est l’incarnation du génie brimé. Le seul point négatif se situe au niveau des personnages secondaires, pas assez exploités à mon goût.

« AMADEUS, LOVE & MERCY et JERSEY BOYS abordent la destinée de trois hommes extrêmement talentueux, mais surtout fragiles et confrontés à une vie personnelle délicate. »

Les trois films ont aussi comme point commun de recréer des scènes d’enregistrement ou de composition musicale. Les trois réalisateurs s’essayent à un exercice périlleux, à savoir capter les ondes de la création musicale. Dans la majeure partie des biopics musicaux, cette tentative se solde souvent par un échec ou une réussite en demi-teinte, car représenté le processus de création d’un artiste s’avère extrêmement difficile. En effet, comment mettre un image un processus aussi personnel et intime, unique à chaque musicien. Un véritable casse-tête que les trois réalisateurs ont réussi à surmonter avec brio. De la folie ingénieuse de Brian Wilson, au génie pur de Mozart en passant par le timbre délicat de Frankie Valli, il y avait pourtant du travail.

LA SÉLECTION DE PAUL

AMADEUS, de Miloš Forman (1984)

AMADEUS est souvent considéré comme le biopic musical ultime et une oeuvre incontournable du septième art que tout cinéphile se doit d’avoir visionné.  Près de trente ans après sa sortie, le film du génial Miloš Forman continue de fasciner par son propos d’une rare intelligence et sa mise en scène magnifiquement aboutie. L’histoire n’est pas racontée du point de vue de Mozart lui-même mais de son plus féroce rival et paradoxalement admirateur Antonio Salieri (fantastique F. Murray Abraham justement auréolé de l’Oscar). Efficace et novateur, cette technique a été reprise par Giuseppe Tornatore dans son chef d’œuvre La Légende du Pianiste sur l’Océan avec le même succès. Salieri, malgré le travail de toute une vie et un dévouement absolu à la musique, ne possède pas un dixième du talent de Mozart. Fervent croyant, il est révolté que dieu est choisi Mozart, cet enfant gâté comme manifestation de son génie sur Terre. Il n’aura cesse de le poursuivre tout en ne cessant de l’admirer.

Outre le scénario admirablement bâti, le film regorge de scènes devenues cultes (Mozart faisant le pitre, la mine stupéfaite de Salieri la première fois qu’il entend un opéra dirigé par Mozart…) et d’une musique dantesque. Celle-ci est remarquablement mise en image dans des opéras d’époques, dirigés par un Tom Hulce de gala, qui campe avec le turbulent et joueur Mozart – son meilleur rôle. Sa femme, la ravissante mais enfantine Constance (interprétée par la surprenante Elizabet Berridge) permet de mieux comprendre l’instabilité chronique du couple. Se comportant comme deux adolescents, ils dépensent sans compter et se laissent aspirer par les plaisirs de la Cour, au point de s’endetter fortement. En faisant de Mozart un jeune homme talentueux mais impétueux et dépensier, Miloš Forman nous le rend sympathique. Et bien que la chute soit connue, le choix du réalisateur de romancer son œuvre afin de conserver l’intêret du spectateur pendant les trois heures s’avère payant. AMADEUS est bien plus qu’un simple biopic musical, c’est un drame d’époque dont chaque scènes nous conduit inexorablement vers un dénouement inévitable et d’autant plus émouvant. Après son inégalable Vol Au-dessus d’un Nid de Coucou, le réalisateur d’origine tchèque Miloš Forman signe une nouvelle pépite qui ne laisse pas indemne.

JERSEY BOYS, de Clint Eastwood (2014)

En 1951, dans la ville de Belleville située dans le New Jersey, deux jeunes adolescents d’origine italienne décident de former un groupe. Portés par la superbe voix de Frankie Valli (John Lloyd Young) et les magouilles d’Angelo DeCarlo (Christopher Walken), et bientôt rejoint par Tommy DeVito (Vincent Piazza) et Bob Gaudio (Erich Bergen), ils se heurtent à la dure réalité de l’industrie musicale avant de finalement parvenir à percer. Avec la parution de leur premier disque, ils connaissent une ascension fulgurante qui ne se fait pas sans dommages (tensions internes, dettes, vie de famille réduites à néant, addictions diverses…)

JERSEY BOYS est un biopic très académique basé sur une intrigue des plus classiques. On suit la progression d’italiens du New Jersey au début des années 50 qui n’ont guère d’autre perspective d’avenir que de devenir de petits mafieux. Le film se distingue par la prestation de ses acteurs, non pas comme des individualités, mais comme une entité collective où chaque action de l’un entraîne invariablement des répercussions sur les trois autres. Ce qui conduit bien souvent à devoir payer pour les erreurs des autres. La proximité des personnages et la puissance des liens qui les unit fait émerger un schéma émotionnel complexe et instable, et qui menace à tout moment de s’écrouler.

La mise en scène de Clint Eastwood nous plonge dans le New Jersey mafieux des années 1950 À l’inverse de Bird, son autre biopic consacré au saxophoniste Charlie Parker, le scénario est plus haletant et l’issue demeure incertaine. En détournant les codes traditionnels, à la limite de la parodie par certains moments du film de mafieux, le réalisateur américain s’amuse des conventions pour mieux faire avancer son intrigue. Alors même si la mise en scène et le scénario restent très convenus (galères du début, déclic, grandeur puis décadence), on sent que le réalisateur exploite au maximum le potentiel de son film.

© Warner Bros Pictures

LOVE & MERCY, de Bill Polhad (2015)

Love & Mercy est la découverte récente niveau biopic musical. Réussissant le tour de force de faire cohabiter deux parties de la vie de Brian Wilson, le leader du groupe californien des Beach Boys, il se démarque par une approche plus axée sur l’homme que sa musique. Le réalisateur entremêle l’histoire de Brian jeune mais déjà fragile (Paul Dano) et celle du Brian post-Beach Boys, schizophrénique et reclus (John Cusack). Une approche originale qui n’a pas sa pareille pour susciter une empathie profonde et une volonté de comprendre les raisons de cette déchéance.

D’emblée, on est saisi par l’esthétique du film. Le décor californien, reconnaissable entre mille, resplendit de couleurs chatoyantes, d’ondées rayonnantes. Big Eyes et Boogie Nights sont là pour nous le rappeler: plus que ses plages de sable blanc ou ces luxueuses demeures le long du Pacifique… c’est cette sensation de débauche sauvage et incontrôlable, de foisonnement continu qui font de la Californie un lieu qui prend aux tripes. Les sessions d’enregistrement constituent un moment fondateur du film, elles permettent une immersion en douceur à travers l’observation de Paul Dano qui se donne corps et âme dans le seul lieu où il parvient à exprimer les voix enfouies au fond de sa tête. Expérimentant sans cesse (l’épisode avec le cheval est savoureux), il est en perpétuelle recherche de nouveautés, insatiable, éternel insatisfait et pourtant tellement génial. Révélé tout jeune dans Little Miss SunshinePaul Dano est grandiose comme à son habitude. Après le fanatisme démoniaque qui le caractérisait dans There Will be Blood, le voir endosser le rôle d’un jeune artiste solitaire est une nouvelle preuve de son indéniable talent. Sa versatilité ne cesse d’étonner, tout comme son manque de reconnaissance international.

Déconstruite et morcelée entre sa vie de jeune adulte et les années de souffrance et d’abandon, cette biographie de Brian Wilson pourrait paraître bien vaine si Bill Pohlad n’était pas parvenu, dans la construction de son scénario et dans l’importance accordée aux émotions de ses personnages, à capturer l’essence d’un artiste perdu dans un monde qui n’est pas fait pour lui.

© ARP Selection

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INFORMATIONS

 
Titre original : Amadeus
Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Peter Schaffer
Acteurs principaux : F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Charles Kay

Pays d’origine : États-Unis
Sortie : 19 septembre 1984
Durée : 3h01 min
Distributeur : Orion Pictures
Synopsis : A Vienne, en novembre 1823. Au coeur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette étonnante confession : « Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin ! » Ce fantôme, c’est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur officiel de la Cour. Dès l’enfance, il s’était voué tout entier au service de Dieu, s’engageant à le célébrer par sa musique, au prix d’un incessant labeur. Pour prix de ses sacrifices innombrables, il réclamait la gloire éternelle. Son talent, reconnu par l’empereur mélomane Joseph II, valut durant quelques années à Salieri les plus hautes distinctions. Mais, en 1781, un jeune homme arrive à Vienne, précédé d’une flatteuse réputation. Wolfgang Amadeus Mozart est devenu le plus grand compositeur du siècle. Réalisant la menace que représente pour lui ce surdoué arrogant dont il admire le profond génie, Salieri tente de l’évincer.

Titre original : Jersey Boys
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Marshall Brickman et Rick Elice
Acteurs principaux : John Lloyd Young, Erich Bergen, Michael Lomenda, Vincent Piazza, Christopher Walken
Pays d’origine : États-Unis
Sortie : 18 juin 2014
Durée : 2h14 min
Distributeur : Warner Bros Pictures
Synopsis : Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale…

Titre original : Love & Mercy
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Michael Alan Lerner & Oren Moverman, basé sur le roman Heroes and Villains
 de Michael Alen Lerner
Acteurs principaux : Paul Dano, Jon Cusack, Elizabeth Banks, Paul Giametti
Pays d’origine : États-Unis
Sortie : 1er juillet 2015
Durée : 2h01 min
Distributeur : ARP Sélection
Synopsis : Derrière les mélodies irrésistibles des Beach Boys, il y a Brian Wilson, qu’une enfance compliquée a rendu schizophrène. Paul Dano ressuscite son génie musical, John Cusack ses années noires, et l’histoire d’amour qui le sauvera.

 

[BIOPICS] La musique au cinéma

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