© 2020 Condor Distribution

A CŒUR BATTANT, l’amour à distance – Critique

Une relation amoureuse à distance, deux époux entre Tel Aviv et Paris. De ce sujet presque banal, Keren Ben Rafael nous offre une œuvre singulière. A travers ce film haletant la réalisatrice Israélienne combine maîtrise, travail et sensibilité pour nous raconter la réalité poignante des relations amoureuses.

Un film qui ne triche pas autant que le cinéma veut bien le permettre. Pour son deuxième long métrage, Keren Ben Rafael entreprend de nous montrer l’amour à distance entre Julie et Yuval qui font leurs premiers pas dans la vie de parents.  Pari osé de raconter une simple relation entre deux êtres. Pourtant le film force l’admiration par son universalité, tant il confronte magnifiquement bien les embuches traditionnelles de l’amour aux limites des technologies modernes. Il nous raconte la relation amoureuse telle que la technologie nous permet de l’envisager aujourd’hui, par vidéos interposées. Créée pour simplifier les rapports, elle finit par nourrir le conflit. La finesse du script nous rappelle ainsi qu’un couple est avant tout formé de deux êtres uniques, vivants, qui ne peuvent pas constamment vibrer sur le même tempo. C’est d’ailleurs pourquoi on les comprend, on les accuse, on les excuse tous les deux, chacun dans leur pays.

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Pour nous plonger dans l’intimité de ce couple et étayer correctement son propos, la réalisatrice a su faire des choix.  La première scène, bluffante, annonce la couleur d’un film qui ne va cesser de mettre la forme au service du fond. La vidéoconférence devient un formidable instrument de réalisation et de mise en scène. Le spectateur se trouve prisonnier de ce cadre défini au même titre que les personnages. Il ne maitrise qu’une toute petite  partie du lieu et se déplace au gré de celui ou celle qui s’empare du cadre. L’effet fait son effet pour nous oppresser autant que nos amoureux.  Comme eux, nous voulons qu’ils se retrouvent dans le même cadre.  Comme eux, nous aimerions traverser l’écran. Comme eux, on se convainc que tous les problèmes trouveraient leur solution sans cette distance et ces écrans qui les séparent. Et bientôt on en veut à la technologie de ne pas faire mieux. L’impuissance de nos protagonistes nous gagne alors à son tour et nous rend tout autant vulnérable.  

La mise en scène souligne subtilement les caps franchis dans la relation. Pour meilleur exemple, l’honorable utilisation du petit Leny qui occupe une place centrale du film, au même titre qu’il occupe une place centrale pour le couple. C’est ainsi qu’avec de grandes contraintes, Keren Ben Rafael touche de grandes émotions. Parmi elles, la comédie trouve aisément sa place dans la narration. A l’image des scènes particulièrement bavardes entre Yuval et le babysitteur, la comédie est souvent présente là où on ne l’attend pas, elle émerge à travers des séquences tantôt gênantes, tantôt pathétiques, mais touchantes à coup sûr. On se surprend à rire là où on aurait pensé pleurer, là où la vie devient contradictoire, inattendue et décalée, là où les scènes deviennent grandioses.

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Cette performance, le film la doit en grande partie à celle de ses acteurs. Noémie Lvovsky nous montre à nouveau tout son talent en mère déroutée et déroutante. Coup de cœur pour Arieh Worthalter, habitué des comédies et des drames romantiques. Touchant par son accent, sa maladroite envie de bien faire et son regard qui raconte souvent mieux que les mots. Judith Chemla n’est pas en reste, d’une simplicité stupéfiante elle livre une performance sans prétention. Une réserve tout de même quand l’émotion atteint son paroxysme. L’imprécision de son jeu laisse entrevoir un manque de connexion avec son partenaire, l’empêchant de nous hisser à la hauteur du climax. Il en reste un petit regret de voir la tension plafonner alors que tout le film nous dispose si bien à recevoir ce moment.

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Quand elle quitte le point de vue de la webcam, la réalisatrice nous entraine dans l’instabilité de ses protagonistes avec une douceur réjouissante, grâce à un cadre aussi troublant que la passion amoureuse peut l’être. A CŒUR BATTANT nous prouve à quel point la contrainte est créatrice. Tous les ingrédients sont réunis pour passer un beau moment de cinéma. Un film audacieusement réussit.  Les cœurs battent assurément devant cette romance emprisonnée par des milliers de kilomètres, orchestrée d’une main de maître par la sensibilité de sa réalisatrice. Il y a fort à parier (et à espérer) que cette dernière parviendra à imposer sa poésie dans le paysage cinématographique.

François Haueter

Note lecteurs4 Notes
Titre original : À CŒUR BATTANT
Réalisation : Keren Ben Rafae, Elise Benroubi
Scénario : Keren Ben Rafael
Acteurs principaux :Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky
Date de sortie : 30 septembre 2020
Durée : 1h30min
3.5
touchant

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