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SISTER, femmes d’argile – Critique

Le charme de SISTER opère dans l’attention portée aux très beaux personnages féminins. Le mensonge et l’argile sont les fils conducteurs de ce drame qui devient à certains moments un peu trop mélo, sauvé malgré tout par des idées puissantes.

Svetla Tsotsorkova ouvre son film avec une scène très forte : la jeune Rayna, postée devant son échoppe, droite et solide comme les figurines qu’elle vend, raconte son histoire à ses clients, une galerie de personnages au moins aussi fascinants que le mensonge qu’elle élabore phrase après phrase.

Ce diaporama de portraits, des plans fixes et courts rappelant une séance photographique, est ponctué du bruit de la rue, des voitures qui passent. Ce brouhaha incessant se poursuit jusque dans la maison de Rayna et sa famille, jusque dans la nuit. Peu à peu, il se fait oublier en étant toujours présent, comme pour les habitants de la maison. A la façon des petites figures d’argile vacillant à chaque passage de voiture sans tomber, la mère et ses deux filles laissent les éléments extérieurs les effleurer sans les affecter.

Si le film laisse à croire que son sujet se concentre autour des mensonges de Rayna, il quitte rapidement cette piste intéressante qui aurait pu prendre des proportions gigantesques pour livrer le portrait plus classique d’une famille de femmes et de leurs rapports entre elles. Si les personnages sont très beaux, on peut être presque déçu que ce qui développe l’intrigue et sème le chaos soit un personnage masculin.

A partir de l’installation d’une rivalité entre les sœurs, le film abandonne son personnage principal avec tout ce que recueillait de fantaisie son aptitude au mensonge pour devenir un mélodrame qui, sans être raté, n’enthousiasme pas tant que cette curiosité que l’on ressent dans la mise en scène. La puissance du hors-champ et de la construction des plans qui ne se regardent qu’au travers – de miroirs, de vitres – ou derrière – un mur, une cloison – donne envie justement de voir plus du futur de cette réalisatrice.

Une autre belle idée de SISTER est de faire de cette famille des sculptrices. Le travail de l’argile depuis la carrière jusqu’à la peinture des petites figures est évidemment un processus et une matière très sensuels qui se fond avec le rapport au corps des femmes, tour à tour chéri, meurtri, brisé.

Mélanie

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Titre original : Sestra
Réalisation : Svetla Tsotsorkova
Scénario : Svetoslav Ovtcharov, Svetla Tsotsorkova
Acteurs principaux : Monika Naydenova, Svetlana Yancheva, Elena Zamyarkova
Date de sortie : 07 Octobre 2020
Durée : 1h37min
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