Si ses œuvres sont reconnaissables au premier regard, la vie de Fernando Botero reste néanmoins peu connue du grand public… L’occasion de revenir sur cet artiste unique en son genre.

Si Fernando Botero est l’un des artistes les plus exposés au monde, il est certainement celui qui possède le style le plus identifiable puisque chez lui tout est gros. De ses premiers dessins de tauromachie à ses reproductions d’œuvres classiques, le peintre colombien a toujours eu la notion de volume à cœur au point d’être souvent rejeté pour sa vision anticonformiste. Fidèle à cette opinion, le propos du documentaire est donc clair dès le départ alors que la voix de l’artiste résonne : « on ne peut pas créer une œuvre de génie, sans susciter de controverses ». Pourtant, malgré ce style à contre-courant, les œuvres de Fernando Botero circulent aujourd’hui à travers des expositions sensationnelles de la Chine à Aix-en-Provence. À travers ce long-métrage, Don Millar revient sur la vie exceptionnelle de l’artiste afin de saisir la particularité de son art, auparavant décrié mais aujourd’hui recherché par tous…

Alors que s’enchaînent les images d’installation d’expositions et que Fernando Botero discute tranquillement avec sa famille dans un salon de l’hôtel Caumont d’Aix-en-Provence. un grand écart se crée avec les origines du peintre colombien. Il semble assez difficile de croire que cet artiste, exposé à travers le monde entier, a commencé par faire de la peinture par ennui, qu’il a été expulsé d’une de ses écoles après avoir écrit un article sur l’art européen ou qu’il a travaillé en tant que vendeur de pneus à la fin des années 1950. Mais BOTERO réussit avec brio à éclairer sous un angle nouveau l’œuvre de l’artiste en retraçant sa carrière et les étapes majeures de sa vie à travers des images d’archives mais également les témoignages de ses proches.

Photo du film BOTERO

Le documentaire de Don Millar nous ramène donc sur les traces du passé de l’artiste jusqu’en 1932 à Medellín, date de sa naissance, où rien ne le prédestinait à devenir l’un des artistes les plus connus au monde. Né dans une famille pauvre, il n’a que quatre ans lorsque son père décède, laissant sa mère seule avec trois enfants à charge. C’est à ce moment là que le peintre commence à dessiner. S’il est toujours intéressant d’essayer de comprendre l’homme derrière l’artiste, il s’agit parfois simplement de tenter de saisir ses sources d’inspiration. Et celles de Fernando Botero sont nombreuses, de la tauromachie à la religion en passant par la Renaissance… Malgré tout, le peintre ne s’est jamais réellement formé à l’art académique, toujours à contre courant d’un point de vue artistique, il a connu le succès à travers des représentations figuratives à une époque où régnait la dictature de l’art abstrait (pop art, expressionnisme…). C’est donc le désir de l’artiste de sortir des sentiers battus qui lui a permis de développer le potentiel de ses racines en se laissant guider par son amour des formes, des couleurs mais aussi de la satire. Ainsi, le documentaire progresse doucement vers la reconnaissance internationale de l’artiste qui arrive lorsqu’il gagne le premier prix du Salon des artistes colombiens en 1958.

« L’art n’a pas le pouvoir de produire des changements sociaux ou politiques. En revanche, il a le pouvoir de perpétuer dans le temps la mémoire d’un événement. Le monde se souvient du bombardement de Guernica pendant la guerre civile espagnole parce que Picasso l’a peint. La même chose s’est produite avec les exécutions du 2 mai, peintes par Goya. L’art est un témoignage qui dure dans le temps et dans la mémoire collective » Botero

En visionnant le long-métrage, le spectateur ne peut nier que Fernando Botero a réussi à faire mentir le déterminisme social auquel il était prédestiné tout en se créant un imaginaire unique. Engagé politiquement et socialement, l’artiste n’a jamais oublié ses origines colombiennes malgré sa trajectoire cosmopolite allant jusqu’à se surnommer lui-même « le plus colombien des artistes colombiens« . C’est la raison pour laquelle il est notamment très attaché à la représentation de l’actualité politique et sociale, y compris dans ses moments les plus dramatiques à l’instar des dictatures sud-américaines de la fin du siècle dernier. Même si l’artiste ne vit plus en Colombie depuis 1994, BOTERO souligne la place qu’a conservé le pays dans le cœur de l’artiste où il a ouvert deux musées, à Bogota ainsi qu’à Antioquia, auxquels il a fait don de ses propres créations ainsi que des œuvres d’autres peintres issues de sa collection privée (Picasso, Monet, Renoir, Matisse, Henry Moore…).

Photo du film BOTERO

À plus de 87 ans, Fernando Botero est l’un des rares artistes à avoir connu le succès de son vivant. À travers son œuvre, le peintre souhaitait rendre l’art accessible à tous, le pari semble réussi alors que sa famille persiste à protéger son héritage tout en continuant à vouloir exalter et revigorer le monde de l’art contemporain à chaque exposition. La vision unique du colombien ne semble donc pas prête à disparaître.

Sarah Cerange

Votre avis ?

BOTERO nous offre une plongée intimiste dans la vie de l'artiste - Critique
Titre original : Botero
Réalisation :Don Millar
Date de sortie : 29 janvier 2020
Durée : 82 min
3.0Passionnant
Avis des lecteurs 1 Avis

BOTERO nous offre une plongée intimiste dans la vie de l’artiste – Critique

1