Caroline (Marie-Josée Croze) est une architecte française en déplacement à l’étranger pour affaire. Dans son hôtel de Vilnius (Lituanie) elle fait la rencontre de Jaakko (Mikko Nousiainen), un DJ finlandais réputé.

Problème, Caroline ne parle pas finlandais, ni même anglais. Malgré la barrière de la langue, les deux inconnus commencent à se lier, oubliant pour un instant leur vie d’à côté. Devant cette histoire d’amour et d’infidélité, on voyait déjà 2 NUITS JUSQU’AU MATIN proposer la rengaine habituelle, avec des personnages stéréotypés et une histoire vue et revue au cinéma, de laquelle on ne pourrait tirer beaucoup de surprises. Et pourtant, c’est justement en jouant sur les certitudes et habitudes du spectateur que le réalisateur Mikko Kuparinen parvient à nous surprendre avec une œuvre tout en finesse et d’une grande sensibilité.

Photo du film 2 NUITS JUSQU'AU MATIN

De prime abord, on ressent forcément un manque criant de crédibilité face à cette situation. Comment, aujourd’hui, peut-on être envoyé à l’étranger pour conclure une grosse affaire professionnelle sans être capable d’aligner deux phrases en anglais ? Se dit-on. Y voyant là une facilité scénaristique, notre première impression s’en voit influencée négativement. Mais la réalité est autre. Et tandis que le film avance et s’éclaircit, offrant les explications nécessaires à cette fameuse crédibilité, et que les rapports entre les personnages, eux, se complexifient, notre regard évolue.

Car avec 2 NUITS JUSQU’AU MATIN il est avant tout question d’apparences. Ayant réduit la communication entre ses personnages, le réalisateur reste, durant le premier acte, dans l’observation pudique de ses interprètes. Laissant se former naturellement leur duo, c’est par les regards que les protagonistes vont apprendre à se connaître, à se jauger et à se juger. Restant silencieux et dans l’observation, ne communiquant que par le corps, ils ne peuvent qu’imaginer le caractère de l’autre. Doucement, ces fameux préjugés du spectateur deviennent ceux des personnages eux même, pour former ainsi une complicité avec les protagonistes.

« Une rencontre éphémère, belle et parfois chaotique, filmée avec délicatesse. »

En effet, il est presque naturel (par l’influence du cinéma, sans doute) de prévoir le caractère de ces deux personnages. Hésitante face aux avances de Jaakko, Caroline doit certainement songer à son compagnon, son « chéri » comme on peut l’entendre dire au téléphone. Une relation compliquée, surement devenue monotone au fil du temps. Et Caroline doit avoir peur de franchir le pas de l’infidélité. De son côté, Jaakko est surement un habitué des coups d’un soir durant ses tournées, avec des filles à peine majeur.

Toutes ces suppositions qui sont les nôtres et celles des personnages, l’un envers l’autre, le réalisateur les efface au fur et à mesure. Offrant des révélations, certes simples, mais qui transforment alors entièrement le caractère imaginé des deux personnages. Mikko Kuparinen peut alors faire de cette rencontre éphémère, belle et parfois chaotique – dans la seconde partie où les deux personnages devront faire face à leurs sentiments -, filmée avec délicatesse, une histoire particulièrement prenante et attachante.

Mettant l’accent sur les silences et les regards dans une atmosphère brumeuse, le réalisateur sait jouer sur la tension sexuelle entre les deux inconnus. Sublimant les corps de Marie-Josée Croze (toujours d’une grande élégance) et de Mikko Nousiainen, dans un environnement pourtant froid. Ensemble, les interprètes se trouvent une complémentarité. Allant jusqu’à illuminer de leur aura un récit sobre mais maîtrisé.

Pierre Siclier

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