© Pretty Pictures

[critique] MADEMOISELLE JULIE

Mise en scène
7
Scénario
7
Casting
9
Photographie
5
Musique
6
Note lecteurs0 Note
0
6.8
A

près une carrière d’actrice transcendée par sa collaboration avec Ingmar Bergman, Liv Ullmann se tourne vers la mise en scène – quelques films (Sofie, Infidèle) mais surtout et avant tout du théâtre. Il n’est donc pas si étonnant que ça de la voir adapter la célèbre pièce d’August Strindberg, MADEMOISELLE JULIE, tragédie dans toute sa splendeur évoquant la lutte des classes – ici, l’action est déplacée de la Suède à l’Irlande, le casting est américano-irlando-britannique et pourtant l’ensemble est chapeauté par une équipe norvégienne. Un projet aux origines variées sans pour autant être incohérentes.

MADEMOISELLE JULIE n’est sans doute pas un film qui s’adresse à tout le monde : verbeux, bavard, sobre, le film de Liv Ullmann est très littéraire. Que ça soit dans ses dialogues (aucune place n’est laissée à l’improvisation du texte), dans sa construction millimétrée ou dans la longueur de chaque scène. Une approche qui laisse s’échapper un charme désuet, la direction d’acteurs et l’apparent minimalisme du cadre y sont pour beaucoup. Il ne s’agit cependant pas d’un film simple – la maîtrise d’ Ullmann étonne et impressionne, la réalisatrice parvient à instaurer un climat pesant d’isolement complet de ses personnages (le hors-champ a une place primordiale dans son œuvre, si bien qu’on ne voit apparaître en tout et pour tout seulement quatre acteurs à l’écran pendant toute la durée du film). Le thème de la contradiction constante est aussi très présent dans Mademoiselle Julie – par une disposition très précise des décors et des plans, Liv Ullmann oppose ses deux personnages, au travers de leurs classes sociales, leurs statuts d’homme et de femme, mais aussi par leurs ambitions propres.

© Pretty Pictures
© Pretty Pictures

L’élément le plus puissant et marquant de film restera l’interprétation saisissante de Jessica Chastain. Outre sa ressemblance frappante avec sa metteuse en scène, elle explose Mademoiselle Julie de son talent. Un personnage si brave mais pourtant si faible, si mature mais pourtant si niais – on en oublierait presque l’excellente performance de Colin Farrell, lui aussi très convaincant. Il y a dans la performance de Chastain une maîtrise de la dramaturgie qu’on ne retrouve que chez les plus grandes actrices – si certains en doutaient encore, il faut voir MADEMOISELLE JULIE  pour s’en convaincre.

Mais quelque chose empêche le film de Liv Ullmann de décoller – techniquement et même objectivement irréprochable, bien écrit, bien réalisé, bien interprété, tout semble parfait mais pourtant n’en demeure pas moins affreusement long et académique. MADEMOISELLE JULIE  c’est le cinéma de papy actualisé, sans réelle grâce (à part Jessica Chastain) et sans génie. Très théâtral, il plaira aux initiés. Les autres n’y verront qu’une réussite formelle, sans charme et sans folie, dont seulement de rares plans d’une beauté magnifique et un casting quatre étoiles sauvent du qualificatif de « soporifique ».

”Mademoiselle Julie c’est le cinéma de papy actualisé, sans réelle grâce et sans génie.”

Propre, abouti, mais lent et classique, on peut dire que cette nouvelle incursion de Liv Ullmann à la réalisation d’un film (la première fois depuis quinze ans) donne un bilan mitigé et pourtant prometteur. Il y a beaucoup de choses très intéressantes dans MADEMOISELLE JULIE , mais la première des priorités pour le spectateur lambda sera de lutter contre le sommeil. Car rien n’est là pour le prendre par la main, devant ce qui ressemble à une demi-douzaine de scènes de vingt-minutes mise bout à bout où deux acteurs géniaux discutent et s’engueulent au XIXème siècle.

CASTING
Titre original : Miss Julie
Réalisation : Liv Ullmann
Scénario : Liv Ullmann, d’après August Strindberg
Acteurs principaux : Jessica Chastain, Colin Farrell, Samantha Morton
Pays d’origine : Norvège, Royaume-Uni
Sortie : 10 septembre 2014
Durée : 2h13
Distributeur : Pretty Pictures
Synopsis : 1890, Irlande. Tandis que tout le monde célèbre la nuit des feux de la Saint Jean, Mademoiselle Julie et John, le valet de son père, se charment, se jaugent et se manipulent sous les yeux de Kathleen, la cuisinière du baron, jeune fiancée de John. Ce dernier convoite depuis de nombreuses années la comtesse voyant en elle un moyen de monter dans l’échelle sociale.
BANDE-ANNONCE

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.

Plus d'articles
BLACK IS KING, Beyoncé célèbre l’identité noire – Critique