Il est regrettable que cette épopée engagée sur fond de guerre du Vietnam traîne en longueur et se perde dans de nombreux fils scénaristiques peu pertinents.

Inutile de le souligner : DA 5 BLOODS est à nouveau un brûlot politique et militant qui reflète tout l’engagement de son créateur. Les premières images donnent le ton et on se réjouit de voir Spike Lee défendre la cause des soldats afro-américains oubliés et dénigrés suite à l’insurrection du Vietnam : l’introduction laisse à penser que le film trouvera un point d’accroche viable entre l’activisme intrinsèque à son metteur en scène et l’épopée distrayante à travers la jungle. Il n’en sera malheureusement rien.

Le quatuor principal, les frères de sang du titre, dégage un potentiel sympathie dès les premières minutes et on se dit que la mécanique comique qu’ils introduisent pourra donner lieu à des situations exaltantes. Pourtant, le premier mouvement du film s’étire en longueur. De nombreuses histoires se superposent sans réel intérêt, et un faux rythme s’installe sans que l’on puisse cerner réellement les enjeux entourant ces figures de l’ombre. Le traumatisme de guerre se fait ressentir mais les objectifs de chacun des membres du groupe restent troubles. Si les intentions paraissent louables (retrouver un trésor caché dans la jungle vietnamienne / sculpter un héritage authentique à partir d’une mémoire commune endeuillée ), difficile pour les héros de susciter l’empathie quand le recours à une violence verbale et physique se fait délibérément dans leurs échanges.

DA 5 BLOODS Cr. DAVID LEE/NETFLIX © 2020

 

Pourtant, chacun des membres de ce quatuor est en mesure d’alimenter le récit et l’apologue élaboré par Lee. C’est d’ailleurs un véritable plaisir de revoir Clarke Peters (The Wire) à l’écran, endossant la casquette du « sage » du groupe. Le film trouve ses meilleurs moments au contact de la jungle et c’est lorsque les personnages s’y perdent que la narration atteint par instant les sommets escomptés. La folie de Paul et son monologue face caméra traduisent joliment toute l’ambiguïté du testament indigeste laissé par la guerre. Il devient alors paradoxal que les effets de mise en scène soient aussi lourds que le traumatisme post-Vietnam engendré chez ces personnages. D’un thème larmoyant se répétant inlassablement au prosélytisme de Spike Lee se traduisant par de multiples gros plans ou des effets tapageurs, l’ensemble sonne faux et le film ne s’élève jamais au-dessus de son statut de brûlot engagé.

DA 5 BLOODS . Cr. DAVID LEE /NETFLIX © 2020

Certaines idées se calquent habilement sur l’épopée centrale. Mélanie Thierry est crédible dans son rôle d’activiste œuvrant pour le déminage dans un pays laissé pour compte suite à la guerre. Le cinéma contemporain ne s’était pas encore réellement aventuré sur ce terrain chaotique. Loin du discours didactique consistant à mettre sur un piédestal Norman, décédé héroïquement au combat, c’est une tension surprenante qui s’instaure en lien avec cette thématique. La meilleure séquence du film est celle où le fils de Paul, debout sur une mine, ne sait comment s’en sortir. Les protagonistes l’entourant comprennent alors la nécessité de rester unis un court instant dans ce milieu hostile. Malheureusement, il ne s’agit que d’un coup d’éclat dans un ensemble trop hétéroclite et brouillon pour convaincre. Si le contexte politique actuel invite à exprimer son engagement, Spike Lee gagnerait à simplifier son discours pour le clarifier, en s’éloignant des codes démodés de la Blaxploitation. Le traitement ambigu de certains personnages empêche de remporter l’adhésion et on en vient à regretter la fluidité narrative de ses polars. A quand une suite pour Inside Man ?

Emeric

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DA 5 BLOODS, Voyage au bout de l'ennui - Critique
Titre original : Da 5 Bloods
Réalisation : Spike Lee
Scénario : Spike Lee, Danny Bilson, Michael Billingsly, Kevin Willmott
Acteurs principaux : Delroy Lindo, Norm Lewis, Clarke Peters, Chadwick Boseman
Date de sortie : 12 juin 2020
Durée :2h35min
2.0Décevant
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DA 5 BLOODS, Voyage au bout de l’ennui – Critique

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