© 2011 Columbia TriStar Marketing Group, Inc.

LE STRATÈGE, quelques larmes et un sourire aux lèvres – Critique

C’est l’histoire d’un homme qui décida que l’argent et le manque d’ouverture d’esprit ne dicteraient pas sa vie. Cet homme s’appelle William Lamar Beane, dit Billy, et il s’est trouvé, en la personne de Brad Pitt, un formidable acteur pour raconter sa non moins formidable histoire. Vraie, on le rappelle. Pour un film passionnant.

Avant le baseball, Michael Lewis, ancien journaliste, avait déjà prouvé qu’il pouvait s’attaquer avec beaucoup d’intelligence et d’humanité à des sujets complexes quand il raconta les dessous de la crise financière mondiale avec son The Big Short (adapté en film, aussi avec l’ami Brad), à savoir comment les financiers se comportèrent comme des irresponsables et ne comprenaient finalement pas grand chose à ce à quoi ils jouaient – leurs actions ayant pourtant des répercussions mondiales. En 2003, Lewis choisit donc de raconter comment Billy Beane, manager de l’équipe des Athletics d’Oakland, révolutionna le monde du baseball en mettant en place une toute autre façon de mettre sur pied une équipe, qui ne se baserait non plus sur le prix des joueurs (on pourrait bien sûr tout à fait en dire de même du football notamment), mais sur la complémentarité de ces derniers, Beane, n’ayant aussi plus qu’un budget très faible il est vrai, se tournant vers les joueurs négligés par les professionnels pour tout un tas de raison aussi peu valables les unes que les autres (on aura notamment le plaisir d’entendre de brillantes remarques sur la façon de lancer des joueurs ou le physique de leurs copines). En résulte un film brillant et surprenant, de ceux qui vous font pénétrer dans un univers en premier lieu complexe de manière intelligente et humaine, la trajectoire de Billy Beane se révélant absolument passionnante et émouvante, l’homme essayant, contre tout le système, de s’en tenir à ses valeurs.

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D’abord prévu pour être réalisé par Steven Soderbergh, le projet atterrit finalement entre les mains de l’acteur-producteur star, et fut entre autres réécrit par Steven Zaillian et Aaron Sorkin au terme de longues années de développement compliquées (Sorkin déclarant par exemple que Zaillian et lui écrivaient des scènes différentes de leurs côtés). Puis, c’est en fin de compte Bennett Miller, qui n’avait à l’époque réalisé qu’un documentaire et un long-métrage et qui réalisera plus tard Foxcatcher, qui donnera au film son style posé, proche de ses personnages, plein de silences et de moments où la caméra et le montage laissent ces instants se déployer devant nos yeux, la durée de 2h13 se prêtant parfaitement à cela.

Là où le long-métrage se montre aussi tout à fait pertinent et surprenant, c’est dans le choix de ses comédiens. Outre la performance absolument impeccable de Pitt, très impliqué depuis le début du projet, Miller fait aussi le choix de caster des acteurs qu’on attendrait pas ici. L’interprétation de Jonah Hill, bien loin de ses rôles de crétins, trouve ici une justesse absolument remarquable, quand Chris Pratt se montre très convaincant en joueur et père ayant perdu toute confiance en lui. Pour parfaire le tableau, Phillip Seymour Hoffman se chargera de dépeindre un manager général parfait en antagoniste, et la jeune Kerris Dorsey permettant d’explorer la partie la plus personnelle de Billy Beane, en jouant sa fille, la seule personne qui lui arrachera quelques larmes et lui rappellera qu’il faut savoir lâcher prise…

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Obsédé par sa quête (le personnage n’ayant aucune autre scène concernant autre chose, la seule étant une séquence où il dine avec une femme: elle sera finalement coupée au montage et de toute façon il ne parlait que de son boulot), il n’en demeure pas moins armé de vraies valeurs. Notamment grâce à l’impulsion de Peter Brand, le personnage de Hill (se nommant en réalité Paul DePodesta), qui est finalement le premier stratège du titre français. Beane s’acharnera à tirer le meilleur de ses joueurs et à leur faire comprendre l’importance du collectif, à l’image de ce plan-séquence durant lequel on le suit à travers tout le vestiaire. On n’en dira pas plus mais, sans spoiler, on pourra juste rappeler que finalement, toute l’intention du projet ne sera peut-être jamais aussi bien résumée que dans ce plan durant lequel Miller exécute un léger zoom sur le visage si juste et touchant de Pitt, quand celui-ci, regardant droit devant alors qu’il conduit, s’autorise enfin à verser quelques larmes. Juste avant de retrouver le sourire, et enfin un peu de légèreté…

Simon Beauchamps

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Titre original : Moneyball
Réalisation : Bennett Miller
Scénario : Steven Zaillian, Aaron Sorkin
Acteurs principaux : Brad Pitt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman
Date de sortie : 16 novembre 2011
Durée : 2h13min
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