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Photo du film MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE
Crédits : Netflix, Legendary

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE, autopsie du néant – Critique

Tronche de cuir est de retour sur Netflix. Fallait-il réellement le réveiller de ce si long sommeil pour proposer, une fois encore, un divertissement gore sans autre intérêt ? À la réflexion, peut-être aurait-on mieux fait de lui prescrire mélatonine et Xanax pour enfin arrêter le massacre.

Massacre à la tronçonneuse premier du nom était un film d’horreur à petit budget, un peu réac, mais surtout très fun. Un peu réac, parce qu’on s’y moque volontiers de cette jeunesse, encore imprégnée d’idéaux hippies, qui traverse les 50 états américains en mini-van. La même caricature que dans Scooby-Doo… À la différence près que, cette fois, Daphné, Sammy, Véra et Fred vont se heurter à de véritables monstres, et y laisser des plumes. Le film de Tobe Hooper n’offre pas pour autant le beau rôle aux bouseux texans. Non, ils sont, eux, franchement barbares, limités culturellement et visiblement bien crasseux.

La légende

Toutefois plus subtile qu’un Vendredi 13, Massacre à la tronçonneuse dépeint l’abyssal fossé entre deux générations. Celle des parents, fiers patriotes, qui ont vécu l’industrialisation et la gloire d’après-guerre, sans réellement parvenir à atteindre l’american dream… Et celle des enfants, qui prônent de nouvelles idéologies et rejettent le militarisme par l’entremise de la guerre du Viêt-Nam. C’est une vieille Amérique qui s’en prend à la nouvelle, dans un bain de sang proportionnel à son conflit interne. Quoi que… En réalité, le Massacre à la tronçonneuse de 1974 parvient à se rendre si oppressant, si glauque, qu’en vérité, très peu de sang n’a besoin d’y être versé.

Photo du film MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE 2
Crédit : D.R.

En 1986, Tobe Hooper rejoue intelligemment la même partition en opposant, cette fois, les hippies déçus d’hier aux jeunes yuppies d’aujourd’hui – ces riches entrepreneurs m’as-tu-vu des grandes métropoles, golden boys typiques des années 80. De l’écriture à la mise en scène, Hooper fait coller son film à l’époque, en optant pour des personnages outranciers, une héroïne sortie d’un clip glam-rock et des décors grandiloquents. Souvent décrié, il faudra compter des années de recul avant de voir Massacre à la tronçonneuse 2 réhabilité. Entre-temps, des suites tentèrent de reproduire la recette originale.

Ctrl C / Ctrl V

« Tentèrent », car elles s’affairèrent à singer le scénario du premier, au lieu d’en saisir l’essence : ce gap générationnel sur lequel repose toute la saveur des deux films de Tobe Hooper. La mouture 2022 de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE l’a bien compris. Malheureusement, elle s’efforce dans le même temps de reproduire la formule commerciale d’un autre film… Celle du requel d’Halloween, sorti en 2018. Ainsi, ce nouveau MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ignore les précédentes suites et voit réapparaître la survivante du premier volet. Problème : la légendaire Marilyn Burns nous a quittés en 2014. Et Olwen Fouéré, chargée de la remplacer, souffre grandement la comparaison avec Jamie Lee Curtis.

Photo du film MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE
Crédits : Netflix, Legendary

Au-delà de narrer la vie de Laurie Strode après la fameuse Nuit des masques, l’Halloween de 2018 s’appuie également sur la stature d’actrice de Curtis, et sur tout ce qu’elle brasse d’imaginaire collectif. Olwen Fouéré n’est pas Marilyn Burns, célèbre scream queen des années 70 à 80. Dès lors, toutes les tentatives pour rendre le personnage de Sally Hardesty iconique tombent lamentablement à plat et paraissent franchement ridicules. D’autant que le scénario ne lui accorde pas une place suffisante pour que le spectateur puisse lui attacher une quelconque importance. Elle n’incarne rien, si ce n’est un deus ex-machina bien inutile à la progression de l’intrigue.

Au secours, fuyons

Car ce MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE se distingue par une bêtise sans nom. On pourrait le lui pardonner, au regard de ce que la saga a pu nous offrir précédemment, et n’y voir qu’un divertissement gore de plus. Or, en tant que requel, il prétend par essence être plus intelligent. Avoir compris son héritage et lui rendre hommage. Malheureusement, il en est loin. En fait de critique sociale, le film se contente d’énumérer des problématiques : fusillade de masse, racisme ordinaire, réseaux sociaux, gentrification… Mais n’en fait jamais rien que des gags bas du front, qui n’amuseront que la part d’adolescents du public. Si ceux-là viennent à s’intéresser à l’œuvre de Tobe Hooper, au moins aura-t-il réussi quelque chose.

Photo du film MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE
Crédits : Netflix, Legendary

Par pure bonté d’âme, on retiendra quelques jolis plans, malheureusement peu signifiants. On déplore également la cruelle absence de personnages pour entourer Leatherface, qui devient ici un boogeyman sans âme, tuant aveuglément et uniquement par vengeance. Car, dans le cahier des charges, on a oublié de cocher la case « famille de cannibales symboles d’une ancienne Amérique ». Dans les faits, ce requel se vautre dans les mêmes travers que les suites qu’il prétend enterrer. Il n’a vu en MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE qu’un slasher gore et stupide. Ce qu’en réalité, le film de 1974 n’a jamais été.

Lily Nelson

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Titre original : The Texas Chainsaw Massacre
Réalisation : David Blue Garcia
Scénario : Chris Thomas Devlin, Kim Henkel
Acteurs principaux : Sarah Yarkin, Elsie Fisher, Mark Burnham, Olwen Fouéré
Date de sortie : 18 février 2022
Durée : 1h23min
1.5
Courrez

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