Photo du film MISS
Crédits : Julien Panié/Zazi Films/Chapka Films

MISS, gentille fable sur l’identité de genre – Critique

MISS raconte l’histoire d’un garçon qui, depuis l’enfance, rêve de devenir Miss France. S’il est certain que le film de Ruben Alves n’est pas un chef-d’œuvre, il n’en demeure pas moins un agréable divertissement, qui fait mouche là où il le devrait.

Qu’on se le dise, MISS n’est pas une grande œuvre de cinéma. Sa réalisation n’est ni mauvaise, ni particulièrement brillante. Son écriture, conventionnelle et sans heurts. Sa direction d’acteurs, loin d’être au ras des pâquerettes, mais pas pour autant exceptionnelle. Isabelle Nanty, en logeuse aigrie mais attachante, joue exactement comme Isabelle Nanty – yeux exorbités et crise d’hystérie de rigueur. Nonobstant, n’aimons-nous pas quand Isabelle Nanty joue exactement comme Isabelle Nanty ? Après tout, à juste dosage, cette actrice demeure des plus drôles et des plus talentueuses. Aussi, la comédie sociétale française, si elle manque parfois d’ambition, ne peut-elle pas constituer un agréable divertissement ? Eh bien, si.

Entre féminité et non-binarité

D’autant que le film de Ruben Alves recèle bel et bien nombre de qualités. Dans son propos, d’abord. En s’hasardant à raconter l’histoire de ce garçon qui exauce son souhait de devenir Miss France, le récit aurait pu tomber dans l’écueil de la revendication identitaire trans. Et ce, avec maladresse, quitte à frôler la transphobie. En réalité, il n’en est rien. En effet – et c’est tout à son honneur -, MISS va plus loin et ose plutôt s’intéresser à la non-binarité. À ce « troisième sexe » qu’évoquait déjà Indochine en 1985. Ainsi, Alex, l’héros.ïne de ce long-métrage, pose un questionnement intelligent sur l’identité de genre, en assurant être un garçon, mais « se sentir plus forte en femme ». Si le film évoque, bien sûr, le rejet et la haine, la question n’est pas tant de se faire accepter, mais d’apprécier d’être, tel qu’on est soi-même, pas nécessairement en lutte avec une norme établie.

Photo du film MISS
Crédits : Julien Panié/Zazi Films/Chapka Films

À travers le parcours d’Alex, MISS nourrit également une réflexion sur la définition de la féminité. Parmi les prostituées, les rejetées de la société, chez les familles issues de l’immigration ou encore, dans le célibat cinquantenaire des populations les plus pauvres. Cette féminité qui lutte pour s’en sortir, se débat et pleure en silence, tout en se devant de rester digne, car il en va ainsi. Une féminité en opposition à celle des Miss, aux manières irréprochables, au sourire facile et à l’élégance innée, pour qui tout semble facile. Ceci, alors qu’en réalité, elles – tout comme les autres – se battent pour répondre, elles aussi, à cet impératif de dignité. L’air de rien, MISS ouvre des pistes de réflexion intéressantes, malgré des péripéties sans grands enjeux et un happy end en tout point évident.

De jolies prestations

Il serait, par ailleurs, malhonnête de ne point saluer la performance d’Alexandre Wetter, sublime en vedette des podiums, touchant en orphelin paumé des bas-quartiers parisiens. Aussi, la remarquable prestation de Thibault de Montalembert qui parvient à rendre Lola, la prostituée du Bois de Boulogne – seul personnage secondaire notable -, aussi drôle et attachante que tragique. À la lumière de tous ces éléments, on ne peut considérer MISS comme un film fondamentalement mauvais. On pourrait lui reprocher, peut-être, un aspect purement marketing. Le long-métrage semble, en effet, avoir été produit pour plaire et émouvoir, sur une thématique dans l’air du temps, sans pour autant trop faire de vagues. La participation de la société Miss France, ainsi que de Sylvie Tellier, valide même son caractère inoffensif.

Photo du film MISS
Crédits : Julien Panié/Zazi Films/Chapka Films

Nonobstant, MISS n’en demeure pas moins un sympathique divertissement, mené avec les meilleures intentions, qui parvient à se hisser à la hauteur de ses ambitions. À savoir, conter une gentille fable sur l’identité de genre, toute douce, traversée d’une infinie bienveillance. Une bienveillance jamais mal placée, puisque le film se paie malgré tout le luxe de poser une réflexion légitime sur l’identité de genre, de manière moderne et plus approfondie qu’à l’accoutumé. Il est fort possible que, dans une dizaine d’années, on estime ce propos vieillot et simpliste – comme on l’a fait précédemment pour La Cage aux folles. Cependant, pour l’heure, il est vital que de tels messages commencent à parcourir les œuvres à destination du grand public. Aussi niais soient-ils.

Lily Nelson

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Titre original : Miss
Réalisation : Ruben Alves
Scénario : Elodie Namer, Ruben Alves
Acteurs principaux : Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty, Thibault de Montalembert
Date de reprise : 19 mai 2021
Durée : 1h47min
2.5
Mignon
Rédactrice
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